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mercredi 27 février 2019

Vote utile ou vote selon ses convictions



Israël élections avril 2019

VOTE UTILE OU VOTE SELON SES CONVICTIONS

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

       

          Les électeurs israéliens vont faire face à un dilemme. Ils peuvent voter selon leurs convictions et mettre un bulletin de vote d’une «petite» liste ou bien suivre le mouvement et voter «utile». La question est ouverte car des personnalités, qui n’ont pas démérité et qui ont décidé de faire seules leur chemin politique, risquent de se trouver pénalisées en étant exclues des élus. L’objectif unique est à présent d’empêcher l’une ou l’autre des "grandes" listes d’être en tête. Et pourtant le système à la proportionnelle a été conçu pour que toutes les sensibilités soient représentées à la Knesset dès lors où quatre députés sont élus. Plusieurs exemples existent de candidats qui risquent d’être éliminés sur le principe du vote utile.


Liste Gesher

            Orly Levy-Abecassis du parti Gesher est une forte personnalité qui se situe dans le camp de la droite sociale. Sa liste remplit tous les critères : parité homme-femme respectée, place importante donnée aux séfarades, candidats compétents dans leur domaine et enfin programme social développé. La Knesset perdrait beaucoup à ne pas la voir siéger dans ses rangs.

Liste Zehut

            Moshé Feiglin et son parti Zehut d’extrême-droite sans que cette qualification soit péjorative mais purement géographique. Ancien du Likoud il a quitté un parti qui n’est pas suffisamment à droite à ses yeux parce que Feiglin exige la souveraineté juive sur toutes les parties de la Terre d'Israël ce qui implique une annexion de la Cisjordanie. Il a placé en seconde position un transfuge du Shass, l’orthodoxe Haïm Amsalem, qui a des idées iconoclastes en prônant qu’une élite seulement d’étudiants talmudique ne travaille pas et que les autres fassent l’armée et s’intègrent dans la vie civile. 

Elie Yshaï

            Elie Yshaï de Yahad, orthodoxe séfarade ancien de Shass, a subi la vindicte de son concurrent Arie Dehry qui lui voue une haine féroce. Mais il s’est radicalisé au fur et à mesure qu’il était rejeté par plusieurs partis.
            D’autres listes mineures se présentent à l’instar de : Betah-Social Security, Brit Olam, Daam Workers Party, Justice for All, Ketz, Magen de l’ex-général Gal Hirsch, Pashut Ahava, Pirate Party et Yashar Party. Certes, certaines listes sont farfelues et feront de la figuration mais leurs voix seront perdues et ensuite réparties entre les partis qualifiés.
            Quand on constate que des orthodoxes religieux anachroniques, parfois antisionistes, arrivent à se faire une place à la Knesset, on ne peut que se confondre en regrets et en tristesse quand des personnalités  politiques méritantes sont exclues du système.
            Pour des raisons de panels, ces «petits» dirigeants sont ignorés des sondeurs et même pas proposés au choix des électeurs. Ils obtiennent donc rarement de voix et pour cause. Ils auraient pu certes s’insérer dans des listes existantes mais ils n’étaient pas prêts à se plier à leurs exigences politiques. Ils tenaient à faire preuve d’originalité dans leur programme et à choisir leurs partenaires électoraux. Pour eux, être député n’est pas une finalité en soit, encore moins une opportunité  de portefeuille ministériel. Innover et se distinguer politiquement restent leur credo. 

             Voter «utile», c’est voter pour une liste parce qu’on pense qu’elle peut gagner ou bien devancer une autre liste, sans forcément partager ses idées politiques. Cette théorie existe depuis longtemps mais chacun a sa propre définition du vote «utile» qui fait le bien de tous  plutôt que le bien pour vous. On pourrait presque le qualifier de vote tactique.
            Pour la première fois le vote utile débarque fort en Israël. Il s’agit soit de consolider la position de Benjamin Netanyahou, soit de le battre. En fait le vote utile consacre les sondages qui font ou défont les candidats. La loi des sondages, pour ne pas dire la dictature des sondages, s’applique plus que jamais. Et pourtant on les croyait plus discrédités que jamais tant ils se sont toujours trompés. Le sens du vote est dénaturé. Cela conduit de fait à une bipolarisation de la vie politique, la droite contre les autres, les partis arabes et leurs douze députés restant à l’écart du spectre politique national ce qui fait que la Knesset n’aligne concrètement que 108 sièges, avec une difficulté de réunir une majorité de 61 députés.
Les partis de gauche ou l'action judiciaire contre Netanyahou 

            En éliminant des candidats sérieux inscrits dans des «petites» listes, on dénature le débat qui se rétrécit à la notion faussée de concept politique de droite et de gauche. Le Likoud considère de gauche, voire d’extrême-gauche ceux qui ne votent pas pour lui. Comment un électeur censé peut-il s’y retrouver ? La campagne électorale est réduite à sa plus simple expression. 

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