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mardi 26 février 2019

Sondages en Israël : une science inexacte



Israël élections avril 2019

SONDAGES EN ISRAËL : UNE SCIENCE INEXACTE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            

       Les sondages en Israël se sont toujours trompés sans exception. Des dirigeants élus sur le papier se retrouvent battus avec des écarts conséquents. Des méthodes scientifiques de plus en plus raffinées permettent pourtant des écarts d’erreur de l’ordre de 2%, à condition de les appliquer. Mais en Israël, les résultats finaux sont souvent inversés par rapport aux sondages. Il existe beaucoup d’explications à cette anomalie.



Sondage SMS avec liste tronquée

            Les contacts directs avec les électeurs se font de plus en plus rares. Des envois SMS se substituent au dialogue et au questionnaire papier ce qui constitue une avancée importante pour traiter les résultats dans des délais records. Mais l’anonymat n’est pas respecté puisque le numéro de téléphone peut remonter au titulaire de l’abonnement ce qui pousse certains sondés à modifier la réalité de leur vote pour ne pas être pistés politiquement. 
          Mais plus grave est le choix limité, presque imposé, sur une liste incomplète de candidats qui est proposée au sondé. Tous les leaders n’y figurent pas, même s’il est établi que certains d’entre eux ne dépasseront pas le seuil minimum de 3,25% des votants. Mais la démocratie est bafouée puisqu’on ne donne pas la même chance aux candidats. Cela fausse bien sûr les résultats puisque certaines listes ne sont pas prises en compte.
Ainsi dans les listes envoyées depuis plusieurs jours par SMS, les électeurs n’ont pas le choix de voter pour Orly Levy-Abecassis de Gesher, pour l’ex-général Gal Hirsch de Maguen Israël (Bouclier d’Israël), pour Adina Bar-Shalom de Ahi (Frère), pour Moshé Feiglin de Zehut (identité), et pour Elie Yishaï de Yahad (ensemble) et d’autres encore. Les résultats des sondages n'attribuent donc aucun député pour ces listes, et pour cause.  
On se demande si les sondages ne sont pas manipulés car Orly Levy était créditée de 6 à 8 sièges au début de l'année et par enchantement, parce qu'elle dérange, elle a disparu des sondages.
            Par ailleurs, de manière étonnante, certains sondages réactualisent leurs résultats en fonction du donneur d’ordre. Ainsi, le journal Israël Hayom, financé par un soutien indéfectible de Benjamin Netanyahou, donne des résultats toujours plus favorables pour le Likoud. Le journal a publié le 14 février 2019 un résultat qui créditait le Likoud de 32 députés contre 19 pour Benny Gantz. Un nouveau sondage fait en collaboration avec i24news a été publié le 25 février avec des résultats qui ne sont pas en concordance avec les autres sondeurs. Le candidat Netanyahou est présenté comme le grand vainqueur des élections.  Les candidats arabes sont réduits à 7 députés contre 12/13 dans toutes les autres législatures. Il n'y a eu aucun transfert entre les deux listes arabes L'extrême-droite fait un bond ainsi que les orthodoxes.  Les partis arabes ne peuvent plus bloquer une motion de censure en cas de gouvernement minoritaire Gantz. Il faut attendre les résultats des autres sondeurs pour confirmer cette tendance. Mais ces résultats peuvent avoir un effet mobilisateur pour les partisans de Gantz qui vont pousser au vote utile.


            Les instituts de sondages utilisent différentes techniques pour coller au mieux avec les éléments les plus représentatifs de la population. La méthode des quotas est la méthode la plus employée par les instituts de sondage occidentaux parce qu’elle ne contient pas d'élément aléatoire. Elle comporte un échantillonnage pour s’assurer de la représentativité d’un échantillon sur la base de plusieurs critères : sexe, âge, profession, région et agglomération. Lors d’une enquête téléphonique par quotas, un logiciel est utilisé pour décompter les individus déjà interrogés pour chaque catégorie de répondants. Des questions d’identification sont préalablement posées par les sondeurs pour savoir si l’individu peut être interrogé en fonction de l’état d’avancement de l’obtention des quotas. Mais par l’envoi de SMS, on ne sait rien sur le sondé ni sur la classification dans laquelle il doit être rangé. La méthode est aléatoire.
Aujourd’hui, Internet est de plus en plus utilisé. Il présente de nombreux avantages puisqu’il est peu onéreux, rapide et ne nécessite pas la participation de nombreux sondeurs. Cependant, sont exclus du sondage ceux qui n’ont pas accès à Internet ce qui fausse les résultats.
Herzog- Netanyahou

Aux élections législatives du 17 mars 2015, les sondeurs s’étaient totalement trompés. Contrairement à ce qui était annoncé, Benjamin Netanyahou ne s’était pas incliné lors des élections législatives. Son parti était arrivé en tête avec 23,3% des voix et 29 sièges contre 18,7% et 24 sièges pour l’Union sioniste d'Issac Herzog. Or les sondages donnaient régulièrement une moyenne de 26/27 députés pour les travaillistes contre 20/22 pour le Likoud. Le résultat des sondages a ainsi été totalement inversé.
Lapid-Netanyahou

Aux élections du 22 janvier 2013, les sondeurs n’avaient pas prévu l’affaiblissement de la droite, l’échec de la gauche et la grande victoire du parti centriste Yesh Atid. Le Likoud, n'avait réussi qu’à obtenir 31 sièges alors qu’il disposait de 42 députés dans la Knesset sortante. Les sondeurs n’avaient pas prévu ce recul flagrant, ni la percée spectaculaire du parti Habayit Hayehudi qui était passé de 3 à 12 députés, ni la chute du parti travailliste et enfin ni la percée de Yesh Atid qui avait obtenu 19 députés à la surprise générale.
Alors certains partis, qui ont compris comment exploiter les sondages, publient des fake news en s’attribuant un nombre de députés incompatible avec leur réelle influence dans le pays. Les naïfs mordent à l’hameçon et se chargent de diffuser cette fausse information pour gonfler leur nombre de sympathisants.
Désormais omniprésents, les sondages et enquêtes d’opinion encadrent et influencent la vie politique israélienne. Ils s’auréolent de soi-disant méthodes scientifiques pour orienter en fait les prises de position et pour influer sur la stratégie électorale. Mais la plupart des sondages, pour les raisons qu’on vient de décrire, ne sont plus pertinents au point de mettre en doute leur fiabilité, ce qui représente un danger pour la démocratie.
Dans le cas de la méthode purement aléatoire, la marge d’erreur considérable (environ 6%), est en réalité une simple approximation qui permet d’apporter un certain crédit scientifique à une pratique qui ne l’est pas.
Cette analyse prouve que les instituts de sondage gagnent bien leur vie sur le dos des électeurs mais ne mettent pas en garde sur une nécessaire prudence. Alors comme ils se trompent souvent, ils se justifient en expliquant que l'électeur est volatil et qu'il change toujours d’avis devant l’urne. C'est considérer que les Israéliens sont instables politiquement. Les élections du 9 avril 2019 ne dérogeront pas à la règle. Jusqu’à la dernière minute tout est possible, même l’effondrement du favori. Les partis devraient donc peaufiner leurs programmes plutôt que d'avoir les yeux rivés sur la ligne d'horizon des sondages.

2 commentaires:

M.M a dit…

Excellent papier qui met en évidence le parti-pris et le caractère aléatoire des sondages.

Marianne ARNAUD a dit…


Cher monsieur Benillouche,

Lorsque monsieur Gallup a inventé les sondages en 1935, il avait bien prédit l'élection de Franklin Roosevelt en 1936. Mais en 1948, patatras ! Il avait prédit la défaite de Harry Truman ! Depuis lors, tout et son contraire a été écrit sur ces sondages politiques dont notre monde moderne ne peut plus se passer mais dans lesquels de plus en plus de personnes ne voient que de la vulgaire propagande.

Très cordialement.