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mercredi 2 septembre 2015

GAZ ET RECOMPOSITION POLITIQUE AU MOYEN-ORIENT


GAZ ET RECOMPOSITION POLITIQUE AU MOYEN-ORIENT

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


           
          Après la découverte de gaz sur le site Léviathan, au large de Haïfa, avec une réserve évaluée à 238 milliards de mètres cubes de gaz naturel et celui de Tamar-2 qui atteint près de 180 milliards de m3, l’Égypte vient d’annoncer la découverte du «plus grand» gisement de gaz en Méditerranée de l’histoire qui renfermerait 850 milliards de m3. 


Malédiction de la richesse


Usine de liquéfaction en Norvège

La majorité des pays détenant des hydrocarbures souffrent de la malédiction de la richesse. Ceux qui n’en détenaient pas avaient compensé l’absence de richesses dans leurs sous-sols par la mise en place d’un modèle de démocratie tendant à privilégier le développement social. Il est un fait que la dictature sévit dans une grande majorité des pays exploitant le pétrole. Les revenus des hydrocarbures ont fait évoluer les bénéficiaires de manière différente selon qu’il s’agisse de démocraties ancrées dans l’Histoire ou alors de pays accédant à l’indépendance dans une instabilité liée à leur jeunesse politique.
Dans les années 1960, la Norvège et le Nigéria sont entrés simultanément dans le monde des détenteurs de pétrole et pourtant leurs évolutions ont été totalement contrastées. Le premier, qui disposait d’un gouvernement fort et centralisé, eut ainsi l’occasion de distribuer cette manne au profit de sa population grâce à des mesures sociales ayant contribué à consolider la démocratie. Les nouveaux revenus se sont répartis équitablement avec l’opposition afin de rendre la compétition plus ouverte et plus juste. Alors que le pétrole représentait 25% du P.I.B, le gouvernement n’abusa jamais de cette rente à des fins claniques et il l’utilisa en concertation avec l’opposition qui prit part à toutes les décisions économiques fondamentales.
Champ pétrolifère Nigéria

En revanche, la situation fut différente pour le Nigéria, probablement parce que les structures étatiques étaient faibles. Le gouvernement modifia la constitution pour s’octroyer plus de pouvoirs, créa des lois pour s’approprier les richesses pétrolifères et utilisa les ressources des hydrocarbures pour les distribuer, à sa discrétion, en oubliant au passage l’opposition et les gouvernements provinciaux. Les gouvernants nigérians développèrent des mécanismes antidémocratiques qui ne purent qu’attiser les rivalités ethniques, religieuses et régionales. À mesure que le pouvoir faisait main basse sur les revenus pétroliers, l’opposition devenait radicale et la spirale infernale contestation répression entraîna une déstabilisation politique qui ne se calma qu’en 2003. Entre-temps plusieurs années ont été gâchées et des centaines de  morts ont payé de leur vie la volonté de changer la répartition des profits.

Radicalisation des pays arabes


Réunion de l'OPEP

            La puissance économique des pays arabes producteurs de pétrole s’était accompagnée par une radicalisation traduite par une opposition systématique à Israël. Le passeport pour entrer dans le cercle fermé de l’OPEP passait par le déni d’existence de l’État Juif qui, dépourvu de ressources naturelles, n’avait pourtant aucun moyen d’inquiéter ces milliardaires en dollars.
            L’histoire a montré que les pays pétroliers se transformaient en États postcoloniaux caractérisés par l’absence de gouvernabilité empêchant la conversion de la richesse des sous-sols en développement. Il s’en est suivi l’émergence de pays censés être riches, mais incapables d’administrer leur territoire et de fournir des services à une population vouée à la pauvreté et à l’insécurité.
            Les récentes découvertes de gaz modifieront le paysage politique au Moyen-Orient. Les potentats pétroliers vont voir leur influence se réduire tandis que leurs richesses diminueront. En effet, le prix du baril est passé de 104$ en juin 2014 à 44$ le 31 août 2015. Il s’agit d’un véritable  contre-choc pétrolier qui n’est pas sans conséquences. Bien sûr, la France est la première bénéficiaire. L’allégement de sa facture pétrolière porte sur 15 à 20 milliards d’euros que se partagent les ménages d’un côté, les entreprises et les administrations de l’autre. Le déficit de la balance commerciale pourrait tomber pour la première fois autour de 40 milliards d’euros tandis que le PIB gagnerait 0,2 point de croissance.

Les cours du pétrole ne cessent de plonger. Plusieurs raisons à cette chute planifiée. Les États-Unis augmentent de jour en jour leur production de pétrole de schiste, l'Irak a repris ses exportations malgré la guerre, les Kurdes vendent leur pétrole en Europe via les Israéliens et la Chine importe moins car son économie est en crise. La chute des prix s’explique donc. Mais le bonheur des uns dramatise la situation des autres. Des pays dépendants du pétrole pour leurs recettes, en l’occurrence l’Iran, la Russie, le Venezuela et le Nigeria, risquent un désastre financier, accompagné de perspectives de croissance affaiblies.

Chute des cours

La chute du cours du pétrole donne de l'oxygène aux importateurs (Chine, Corée du Sud, pays occidentaux) avec une pression déflationniste. En revanche, les exportateurs n’équilibrent plus leur budget et frôlent la banqueroute. L'Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis sont moins menacés car leurs réserves pétrolières et financières sont gigantesques, leur endettement nul tandis que leurs actifs à l'étranger compensent largement les baisses de revenus. Ils devront seulement réajuster leur niveau de vie pour ne pas vivre au-dessus de leurs moyens.
Rouble

D’autres pays plus fragiles subissent un choc violent. En Russie, le rouble a cédé près de 35 % de sa valeur, permettant certes de maintenir les ressources budgétaires de Moscou tout en étranglant les entreprises et ménages russes souvent endettés en devises. L'Iran se trouve dans une situation intermédiaire ; il a du mal à équilibrer ses comptes rendant ainsi responsable l’Arabie saoudite de tremper dans le «complot» de la baisse des cours du pétrole. Il aura du mal à se lancer dans une aventure militaire et disposera de moins de fonds pour alimenter les organisations terroristes.
Al-Sissi et le Qatar

L’affaiblissement de Téhéran et de Moscou est une aubaine géostratégique pour Washington et Riyad. En revanche l’économie de l’Égypte, pays arabe le plus peuplé, et presque dépourvu de ressources énergétiques subira une amélioration notable. Un coup de fouet pour une économie fragile, frappée par la baisse du tourisme et par l’arrêt des investissements étrangers. La découverte de gaz la rendra autonome pour sa consommation durant des décennies et modifiera de manière historique son scénario énergétique à partir de 2020.
Cette réalité gazière renforcera certainement la puissance de l’Égypte qui avait vu son indépendance grignotée par une économie en berne.  L’inquiétude grandit cependant en Israël qui avait considéré l’Égypte comme son principal client et qui comptait sur le développement de ses échanges économiques pour consolider une paix signée en 1979. Il devra trouver de nouveaux débouchés auprès de l’Europe à condition d’aligner ses prix élevés au prix du marché  parce que l'UE voudrait réduire sa dépendance à l’égard du gaz russe.  

Les potentats tremblent alors que les rentes de situation s’effondrent. La recomposition politique du Moyen-Orient est en marche, face à l’arrivée de nouveaux producteurs de gaz dans la région.

3 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

Il y a fort à parier que le gouvernement israélien connaissait l'info égyptienne avant qu'elle ne soit rendue publique. On comprend un peu mieux son empressement de faire passer son "accord" scélérat, plus favorable aux oligarques qu'aux citoyens qui payent déjà fort cher, et dans tous les domaines, le privilège de vivre en Israel.
Article passionnant, on aurait cependant aimé quelques lignes sur l'aspect israelo-israelien de cette nouvelle donne régionale.

Pascale CHATELUS a dit…

L Iran ca recevoir des centaines de milliards de dollars.
Manquait plus que le BDS jette son dévolu sur le gaz israélien...
L Egypte va faire plutôt comme le Nigeria...

Anonyme a dit…

Excellent article et bons commentaires d'Elizabeth et Pascale qui ne se bercent pas apparemment d'illusions.
La démocratie israélienne, seule dans la région et toujours mise en avant, se trouve mise à l'épreuve de l'exploitation de la manne du gaz : les profits, de plus en plus minces pour les citoyens (surtout les plus nécessiteux) s'éloignent encore avec la concurrence égyptienne.
L'echec annoncé de Kahlon aggravera la déception des plus défavorisés.
Le problème Israélo-Palestiniens restant au point mort.
L'isolement d'Israël sur la scène internationale.
Le BDS et l'Iran.
L'opinion publique toujours plus divisée, et en perte d'Idéal (sauf pour l'argent vite gagné et la collusion entre les copains et les coquins)
L'impossibilité structurelle de dégager une majorité permettant de gouverner.
La baisse de la croissance.
Il ne reste plus que l'immobilier,(pourvu que ça dure) et le tourisme (jusqu'à quand? vu les prix d'une chambre d'hôtel)
Avec la montée des nationalistes ultra religieux.
"Israël est à la croisée des chemins".
Tout reste encore possible. Mais la prise de conscience citoyenne est urgente.
Il est temps de se réveiller si l'on ne veut pas connaitre des lendemains qui déchantent.
Il nous faut voir la poutre dans l'œil d'Israël avant la paille dans l'œil de la France.