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lundi 11 février 2019

Les Francophones israéliens à la peine



Israël élections avril 2019
LES FRANCOPHONES ISRAÉLIENS À LA PEINE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

      
Menahem Begin
          On se souvient que les Séfarades en Israël ont été marginalisés par les pionniers sionistes qui les ont été envoyés dans des zones arides de développement, dans des camps de transit du désert du Néguev. Ces nouveaux immigrants avaient été des instruments permettant de sécuriser les conquêtes militaires de 1948. David ben Gourion avait d’ailleurs déclaré en 1949 : «Nous avons conquis des territoires, mais ils n'ont pas, sans colonies, de valeur décisive ; telle est la conquête véritable ! L'avenir de l'État dépend de l'immigration».


Yerouham au Néguev


Ainsi, ils ont été utilisés volontairement comme main d’œuvre à bon marché, souvent parce que dans les nouveaux villages, Yerucham par exemple, on n’a pas créé de lycée afin de forcer les Marocains à entrer rapidement dans la vie active comme ouvriers. Cette discrimination sociale a été à l’origine du mouvement israélien des Black Panthers, créé en 1971, pour protester contre le statut inférieur des Juifs orientaux en général. Ses fondateurs Charlie Biton, Saadia Marciano et Réouven Abergel n’avaient pas réussi à concrétiser leur action et ont été marginalisés par le pouvoir travailliste sous l’accusation de terroristes.
Black panthers

Mais Menahem Begin, leader nationaliste du Hérout, qui représentait la principale alternative au parti travailliste dominant à la Knesset, avait le premier compris qu’il avait une carte à jouer. Son engagement a eu un écho particulier auprès des citoyens défavorisés et notamment des nouveaux immigrants d'origine séfarade, plutôt religieux dans leur ensemble, qui avaient fui les pays arabes en gardant une certaine rancune à leur égard. Ils étaient pleins de ressentiment envers l'élite israélienne ashkénaze hautaine, majoritairement athée et politiquement souvent proche du communisme soviétique. 
Cette base populaire accorda à Begin systématiquement ses voix aux élections pour le porter au pouvoir en mai 1977.  Il sut d'ailleurs se montrer reconnaissant et il nomma un marocain David Levy au poste de ministre des affaires étrangères et Yéhouda Lancry comme ambassadeur en France puis à l’Onu. De nombreux séfarades sortirent alors de l’ombre et occupèrent, enfin, de hautes fonctions.
David Levy

Le Likoud était donc devenu naturellement le parti des séfarades et les Francophones l’ont suivi, presque aveuglément. Mais il ne peut plus se taguer d'être le parti des Séfarades car aux élections primaires du 5 février 2019, ces derniers ont été, sinon oubliés des places éligibles, au moins relégués très loin dans la liste alors qu'ils étaient pour la plupart des inconditionnels de Netanyahou, le rempart contre les Arabes. À part Miri Regev à la sixième place, David Amsalem est 18° et David Bitan, ancien chef de la coalition, est 25°. On est loin du parti de Begin de 1977 qui avait fait la part belle aux Marocains.

Mais les Francophones en Israël ont toujours tout faux puisque c’est une réalité qui se vérifie à chaque élection locale ou législative. Ils sont à la pointe du combat nationaliste au point que la communauté française a basculé majoritairement à l’extrême-droite. Ils se démènent à la télévision, dans les radios, dans les réseaux sociaux pour répandre leur bonne parole du Likoud mais en revanche ils ne sont pas payés de retour. Ils restent de la piétaille. Ils n’ont pas le droit à une place réservée par le premier ministre aux immigrants d’Afrique du Nord. Aux élections locales toutes les listes ont bu un bouillon au point de n’avoir pas de représentant au conseil de certaines villes, Ashdod, Ra’ananna, Netanya et Tel-Aviv.
Lobby francophone

            Aux primaires du Likoud, ceux qui estiment représenter les Francophones ou le lobby francophone à la Knesset n’ont eu droit à aucun égard. Pire l’un d’entre eux de Tel-Aviv a lancé une véritable «fatwa» contre son «ami» de Jérusalem au point de le discréditer aux yeux des électeurs sans faire preuve d’aucune solidarité communautaire.  
            Mais le comble persiste car tous les candidats ont du culot, comme Yoav Galant qui avait fait les mêmes promesses chez Koulanou, en estimant dans sa profession de foi qu’il «a longuement travaillé à des solutions pour les olim francophones dont nous espérons voir la réalisation lors du prochain gouvernement».  Pendant quatre ans il a fait de la figuration tandis que le nombre d’immigrants francophones s’est réduit en peau de chagrin, à peine 2.600 personnes en 2018, et nous tairons le nombre de retours lui-aussi croissant par pure bonté israélienne.

            Le parti travailliste n’a pas encore finalisé sa liste définitive mais peu d’espoir anime le parti face à une poignée de candidats rescapés, s’il parvient d'ailleurs à dépasser le seuil électoral. Yaïr Lapid et Naftali Bennett usent du «fait du prince», l’acte arbitraire auquel les militants doivent se soumettre. Ils décident des bons élèves qui peuvent être députés. Enfin Benny Gantz peaufine sa liste qui, en raison d’accusation de gauchisme martelée par le Likoud, ne risque pas de compter des Francophones qui lorgnent tous à présent vers l’extrême-droite et les partis religieux. Le seul qui sauve l’honneur est le parti orthodoxe Shass, c’est sa vocation, à condition d’accepter l’anachronisme et de retourner au temps du Moyen-âge.

1 commentaire:

The Old Dreamer a dit…

Si je comprend votre équation: juif francophone = religieux = SHAAS.
N'êtes vs pas un peu sectaire?