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lundi 25 février 2019

La question épineuse du retour des djihadistes de Syrie



LA QUESTION ÉPINEUSE DU RETOUR DES DJIHADISTES DE SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
       
Djihadistes emprisonnés

         Les Forces démocratiques syriennes (SDF en anglais) sont une coalition militaire formée le 10 octobre 2015 pendant la guerre civile syrienne. Actives dans le nord de la Syrie et largement dominées par les Kurdes, elles regroupent aussi des Arabes proches de l’ASL (armée syrienne libre), des tribus locales (armée Al-Sanadid) et des Chrétiens du Conseil militaire syriaque. La campagne dans la vallée de l’Euphrate des FDS contre Daesh est sur le point de se terminer et l’effondrement des djihadistes a entraîné la capture d’un nombre important de combattants dont le nombre est estimé à 1.500 personnes dont 850 étrangers originaires de plus de 40 pays, incluant la France. Des milliers de femmes et d’enfants, qui ont rejoint Daesh ou qui se sont mariées avec des combattants, sont sous le contrôle des FDS.


Soldats kurdes

            Les Etats-Unis exigent que ces prisonniers soient renvoyés dans leur pays d’origine dans le cadre d’un effort coordonné entre les agences de renseignement, les diplomates et les forces de l’ordre. Mais l’Europe voit dans ces retours une question épineuse parce que ces miliciens, qui ont subi un lavage de cerveau et qui ont acquis une expérience militaire, deviennent des agents de diffusion de l’idéologie salafiste-djihadiste. Ils pourraient réactiver des militants dormants pour coordonner des attaques en Europe, et en France en particulier.
            Cela justifie l’opposition des Européens au retour de ces djihadistes. L’Allemagne se distingue en affirmant que ses citoyens ont un droit fondamental de retour. Un millier d’Allemands ont rejoint Daesh tandis que 270 femmes et enfants d'origine allemande se trouvent toujours en Irak et en Syrie. Les Américains se sentent moins concernés en raison du faible nombre de djihadistes qui ont rejoint Daesh. Il s’agit donc de trouver des solutions qui entraînent le moins d’inconvénients.

Mustafa Bali

La première solution consiste à traduire en justice et emprisonner les captifs dans le territoire contrôlé par les Kurdes.  Cette alternative a été récemment évoquée par Mustafa Bali, responsable du centre de presse des SDF, qui prône la création d'un tribunal international et de prisons dans la zone contrôlée par les Kurdes au nord-est de la Syrie. Cette solution soulève toutefois l’absence de validité juridique internationale des tribunaux kurdes, l’absence de mécanisme approprié pour juger les captifs et l’absence de relations diplomatiques entre les Kurdes et les pays d’origine des combattants étrangers. En outre, il est douteux que les Kurdes aient la capacité logistique et opérationnelle de garder un grand nombre de membres de Daesh  dans des centres de rétention. En outre, leur emprisonnement de longue durée est susceptible d’encourager Daesh à attaquer les prisons pour libérer ses agents.
La seconde solution consiste à libérer les captifs et à les transférer dans des régions isolées de la Syrie et de l'Irak. Mais cela a l’inconvénient de renforcer les capacités militaires de Daesh avec le risque d’attaques terroristes et de guérilla. L’Irak et la Syrie s’opposeront au déplacement de membres de Daesh capturés sur leur territoire. Mais s’il n’y a pas d’accord, les SDF pourraient décider de manière unilatérale d’appliquer cette solution.
La troisième solution consiste à traduire en justice et à emprisonner les membres de Daesh en territoire irakien et syrien. Cette éventualité peut être appliquée aux membres irakiens capturés. Le Premier ministre irakien a déjà exprimé son accord de principe. Le transfert de membres syriens est moins probable car le régime syrien exige une solution globale doublée d'un soutien politique inacceptable pour les Occidentaux. Il serait aussi difficile de parvenir à un accord international et régional prévoyant le transfert des prisonniers étrangers vers la Syrie ou l’Irak.  

Daesh à Raqqa
           
            Des prisonniers au nombre de 1.500 sont détenus aux mains des Kurdes, sans procès, et nombre d’entre eux ont du sang sur les mains. Plus de la moitié sont des combattants étrangers qui ont rejoint librement les rangs de Daesh. On compte parmi eux des Irakiens, des Égyptiens, des Russes, des Somaliens, des Philippins et des combattants de divers pays asiatiques et occidentaux.
En plus des membres de Daesh, des femmes et des enfants ont également été faits prisonniers. La plupart des femmes étaient mariées à des miliciens mais certaines ont combattu activement.  Selon Abd al Karim Omar, haut responsable kurde des relations extérieures, 700 femmes et 1.500 enfants étaient actuellement détenus dans des camps de personnes déplacées. 500 femmes étrangères ont été transférées ces derniers mois dans le camp de réfugiés d'al-Hawl, au cœur de la zone sous contrôle kurde. Les Américains les avaient rassemblées dans les régions libérées.
Les djihadistes français constituent le plus grand groupe de combattants étrangers européens. Le gouvernement français a exprimé son inquiétude quant à leur retour car parmi eux nombreux avaient perpétré les attentats meurtriers à Paris et à Bruxelles. Nicole Belloubet, ministre française de la Justice, a déclaré que «pour le moment, nous ne changeons pas notre politique et à ce stade, la France ne répond pas aux demandes de Trump». S'agissant de la question des femmes, la France n'a apparemment toujours pas pris de décision finale quant à l'opportunité d'autoriser le retour de celles qui avaient rejoint Daesh.

Peter Cherif, djihadistes français 

Mais pour la France, le retour des djihadistes, de leurs femmes et de leurs enfants est une menace pour la sécurité nationale. Certains préconisent une solution «finale» et locale pour les combattants français de Daesh. Il existe suffisamment de forces spéciales françaises en Syrie pour les neutraliser avant leur retour en France. L’exemple de l’élimination de Fabien Clain et de son frère illustre les préoccupations françaises. Bien sûr des problèmes de droit peuvent être soulevés mais que représentent-ils face aux atrocités commises dont plusieurs ont été filmées et diffusées.
Le retour des familles et des enfants est un autre problème. Emmanuel Macron préconise l’examen des dossiers au cas par cas : «Pour les femmes et les enfants, ce sera du cas par cas, en fonction des situations». Depuis, d’autres officiels ont fait connaître leur position, appelant à la vigilance et à la protection nationale. Mais parmi les femmes et les mineurs qui se sont rendus dans cette zone, certains ont été formés au maniement des armes alors que dans le même temps, les appels au djihad s'adressaient aussi aux femmes et aux mineurs. 
Quentin Le Brun et d’autres « réfugiés » de Daesh à 15 kilomètres de Baghouz, le 22 janvier.

Ces intégristes n’expriment aucun regret pour les actes qu’ils sont commis et sont plus déçus que repentis. La question du retour des enfants de djihadistes soulève des inquiétudes car ils représentent une menace future en raison des personnes avec lesquelles ils ont été en contact.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Merci d'avoir traité cette question du retour des djihadistes, parce qu'ici, où notre Président se bat contre le peuple des ronds-points et des places, elle est pratiquement passée sous silence.

Elle est extrêmement "épineuse", en effet , tout simplement parce que nos élites politico-médiatiques refusent d'admettre que LA FRANCE EST EN GUERRE. Pourtant le président Hollande l'avait déclaré solennellement au lendemain des attentats de 2015, mais hélas, sans se donner ni les moyens politiques, ni juridiques, que réclame l'état de guerre. Mieux : on a même fini par persuader les Français que les islamistes qui s'attaquaient à la France n'étaient que des "déséquilibrés" qui relevaient au pire, de la psychiatrie, mais avant tout, de la "déradicalisation" ! Et qu'importe si "l'ennemi" a déjà transformé avec l'aide des pouvoirs publics et de l'UOIF réunis, de nombreuses banlieues en véritables républiques islamiques soumises au régime de la charia !

Le retour des djihadistes va certainement diviser les Français entre eux, car comme le remarquait déjà Emmanuel Berl, cité par Éric Zemmour, "Un bon Français ne se regarde comme tel..., s'il n'a pas livré à l'inquisition, à la police, aux bourreaux, aux fossoyeurs, d'autres Français..."

Très cordialement.