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jeudi 19 juillet 2018

Fatah et Hamas veulent renouer avec la Syrie




FATAH ET HAMAS VEULENT RENOUER AVEC LA SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps



Haniyeh et Assad

          Le 24 février 2012, les dirigeants du Hamas avaient décidé de se retourner publiquement contre leur allié de longue date, le président syrien Bachar al Assad, en prenant position en faveur des rebelles qui voulaient renverser son régime dynastique. Ce revirement politique avait privé Assad d’un rare partisan sunnite du monde arabe et avait accru son isolement international. La publicité pour cet événement de rupture n’avait pas été ménagée. L’annonce avait été faite par des discours publics lors des prières du vendredi au Caire et lors d'un rassemblement à Gaza. Le Hamas se justifiait alors car l'armée d'Assad, largement dirigée par des membres de la secte alaouite du président, avait écrasé des manifestants et des rebelles sunnites.




Alors que le Moyen-Orient était divisé entre l'islam chiite et l'islam sunnite, la rupture posait la question des futurs liens du Hamas avec son principal soutien iranien, allié de son allié Assad, ainsi qu'avec le Hezbollah au Liban. Ismail Haniyeh, en visite en Égypte à la mosquée al Azhar, le plus haut lieu du monde sunnite, avait fait une déclaration jugée imprudente aujourd’hui : «Je salue toutes les nations du Printemps arabe et je salue le peuple héroïque de Syrie qui lutte pour la liberté, la démocratie et la réforme. Nous marchons vers la Syrie, avec des millions de martyrs».


Haniyeh, Mechaal et  le président égyptien Morsi

La scission sunnite-chiite s’étant aggravée, le Hamas avait fait le choix des puissants islamistes sunnites Frères musulmans, basés en Égypte, en pleine ascension depuis les révoltes du Printemps arabe. Le Hezbollah chiite, qui soutient la famille Assad, s’était alors trouvé le dos au mur. L’embarras du Hamas fut profond. Un de ses dirigeants, Salah al-Bardawil, avait enfoncé le clou en s’adressant aux milliers de sympathisants lors d'un rassemblement dans le camp de réfugiés de Khan Younes : «Le cœur du peuple palestinien saigne avec chaque goutte de sang en Syrie. Aucune considération politique ne nous fera fermer les yeux sur ce qui se passe sur le sol syrien». C’était il est vrai l’époque ou le régime syrien était chancelant et où l’on n'imaginait pas la survie d’Assad.
Le divorce entre le Hamas et Damas durait depuis que le groupe palestinien avait refusé de tenir des rassemblements publics dans les camps de réfugiés palestiniens en Syrie pour soutenir le régime d’Assad. D’ailleurs le chef politique du Hamas de l’époque, Khaled Mechaal et ses collaborateurs, avaient quitté discrètement leur quartier général à Damas pour s’éloigner de la Syrie, dans une forme de condamnation du régime.
Les relations entre le Hamas et le Hezbollah ont été bonnes jusqu’à ce que le Hamas refuse d’attaquer Israël qui combattait la milice libanaise en 2006 ; dans une sorte de réplique politique, le Hezbollah n’avait pas appuyé le Hamas quand Israël avait lancé une offensive majeure contre Gaza durant l'hiver 2008-2009. A cela s'ajoutaient les nombreuses autres péripéties qui attestaient des divergences entre rivaux Hamas et Fatah qui se sont accrues.
Camp de Yarmouk

La situation a tellement évolué que le Fatah et le Hamas tentent de renouer à présent leurs liens avec la Syrie qui reste très rancunière et qui semble favoriser le Fatah de Mahmoud Abbas, moins mouillé par la révolution syrienne. Une délégation du comité exécutif de l’OLP, dirigée par Azzam Al Ahmad, et comprenant 14 factions palestiniennes, s’est rendue le 9 juillet à Damas pour discuter de la situation politique et du camp de réfugiés de Yarmouk où vivaient 160.000 Palestiniens avant  le déclenchement du conflit. Les Palestiniens ont tous fui le camp lorsqu’Assad s’était vengé de la position du Hamas prise contre lui et avait tenté d’éradiquer le camp palestinien qui n’abrite plus aujourd’hui que 6.000 Palestiniens.
Faisal al-Miqdad

Le 10 juillet la délégation a été reçue par le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal al-Miqdad, qui a confirmé le soutien de la Syrie à la cause palestinienne. Le 11 juillet, la délégation a rencontré le Premier ministre syrien Imad Khamis à Damas pour discuter des événements régionaux et de la guerre contre le terrorisme. 
Le même jour, le chef de la délégation de l’OLP, Ahmad, a rencontré d’autres factions palestiniennes, le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) et le FDPLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine), à l'ambassade de la Palestine à Damas pour discuter de l'état de la cause palestinienne.
Tombes de Yarmouk

Déjà en juin 2018, une autre délégation conduite par Samir Rifai avait visité les tombes des victimes palestiniennes dans le camp de Yarmouk à Damas. Tous les leaders des factions palestiniennes étaient présents, à l'exception du Hamas. Il s’agissait d’envisager la reconstruction du camp de Yarmouk, en grande partie détruit par les combats avec l’armée syrienne.
De son côté le Hamas ne veut pas laisser le champ libre au Fatah, son concurrent, sinon son adversaire. Il veut reprendre les liens avec Assad. Le 11 juin, Ismail Haniyeh, chef du bureau politique, a falsifié l’Histoire de son parti : «Le Hamas n’a pas rompu les relations avec la Syrie, mais les circonstances ont conduit à la situation actuelle. Nous considérons qu'il s'agit d'un État frère, dont le peuple et le régime ont défendu les droits des Palestiniens. Nous espérons que la paix civile reviendra en Syrie». Khaled Mechaal a oublié lui aussi sa fuite de Damas : «notre mouvement s'était rangé du côté du peuple syrien mais n'a jamais oublié ce que le régime syrien avait fait pour lui et a préféré rester neutre».
Le 21 mai, Yahia Sinwar n’a pas voulu être en reste : «le Hamas rejette toute agression israélienne contre la Syrie». Enfin un autre dirigeant du Hamas Mahmoud Mardawi, a déclaré : «Le Hamas regarde la Syrie d'un point de vue géostratégique. La Syrie est importante pour le mouvement pour développer son soutien militaire. Nous ne pouvons pas nier ce que la Syrie a fait pour nous et cela mérite nos remerciements pour le soutien qu'elle a apporté à la cause palestinienne. L'Iran et le Hezbollah pensent que la reconstruction de nos liens avec la Syrie est d'une grande importance opérationnelle. Pourtant, une visite en Syrie doit encore faire partie de l'agenda du leadership du Hamas».
Que d'éloges pour un pays qu'ils avaient rejeté sans ménagement ! Ils ont ainsi tous fait marche arrière et brûlé leur mémoire. Mais Bachar al Assad n’est pas dupe et sa mémoire n’a pas flanché ; il a déclaré le 13 juin en faisant référence au Hamas : «des groupes de la résistance palestinienne exploitaient la résistance pour atteindre des objectifs politiques au nom de la religion». 
En fait, la Syrie a toujours été irritée par l’attitude du Hamas parce qu’il n’a jamais pris une position franche et claire. En revanche, le Fatah a toujours soutenu Bachar Al Assad qui se sent d'ailleurs très proche de ce parti laïc. Le Hamas a eu le tort d’être imprévoyant et de ne pas ménager l’avenir. Il en paie aujourd’hui les conséquences, même s’il va pouvoir se rabattre sur l'amitié avec l’Iran. D'ailleurs le réchauffement de la frontière avec Gaza est un gage offert aux Iraniens pour prouver la bonne volonté du Hamas et surtout un avertissement à Mahmoud Abbas que rien ne se fera sans l'approbation des islamistes de Gaza même s'il renoue avec la Syrie.
Israël se satisfait des rivalités entre les deux clans car cela repousse aux calendes grecques la création un Etat palestinien englobant la Cisjordanie et Gaza.  

1 commentaire:

denis sabrié a dit…

Chalom, c'est un très bon article qui nous dévoile une foi encore, toute l'hypocrisie habituelle de ces gens là ! Quel travail d'écoute de la part des services du Mossad et des annexes de la C.I.A..heureusement qu'ils sont là pour la sécurité d'ISRAEL, car cette région est un véritable sac de noeuds...