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dimanche 15 juillet 2018

La Croatie, Israël, les Juifs et leur rabbin



LA CROATIE, ISRAËL, LES JUIFS ET LEUR RABBIN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            
Entrée de la synagogue de Dubrovnik

          Le Mondial de football refait parler d’un pays peu connu, la Croatie réputée par sa ville touristique Dubrovnik qui représente une étape systématique dans les croisières dans l’Adriatique. Sa minuscule synagogue, située dans une petite rue, presque une impasse, à peine repérable par une inscription gravée sur la porte, est une curiosité pour les Juifs dont l’histoire  a été tragique, sinon occultée. Dans ces pays de l’Est très catholiques, il ne faut pas qu’elle soit trop visible de l’extérieur pour ne pas attirer l’attention. Les Juifs n’y ont jamais été les bienvenus. D’ailleurs, la Croatie a été le pays qui a anticipé la Shoah et qui l’a appliquée bien avant les Allemands.



Rue de la synagogue de Dubrovnik

Les Juifs étaient arrivés sur le littoral dalmate à l'époque romaine. Après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492, la communauté s'était enrichie de Juifs séfarades rejoints par la suite par une forte immigration ashkénaze. En 1526, la Croatie passa sous la domination des Habsbourg et les Juifs subirent une «lente ségrégation» avec la création de ghettos et l’instauration d'une taxe de tolérance.
Le 10 avril 1941, après l'invasion allemande, un gouvernement ultranationaliste dirigé par Ante Pavelic fut mis en place en Croatie et des lois antisémites furent promulguées. Les Juifs furent arrêtés à Zagreb en mai 1941 et ensuite internés dans des camps, Jasenovac en particulier. Les Oustachis, à leur arrivée au pouvoir, détruisirent la grande synagogue de Zagreb en octobre 1941 pour convertir son terrain en parking. Entre août 1942 et septembre 1943, les Juifs de la zone occupée par les Allemands furent déportés vers Auschwitz, soit environ 7.000 personnes. Dans la zone d'occupation italienne, les autorités refusèrent de livrer les Juifs ce qui permit à nombre d’entre eux d’y trouver refuge. Les autorités italiennes les ont ensuite regroupés dans le camp de l’île de Rab. Quand les Allemands occupèrent la zone italienne en septembre 1943, ce furent les partisans yougoslaves qui aidèrent les Juifs à leur échapper.


          Le camp de concentration de Jasenovac, surnommé l’«Auschwitz» croate, fut un camp de concentration et d'extermination créé par le régime des Oustachis dans l'État indépendant de Croatie pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fut le seul camp d'extermination non géré par les nazis, de sa construction jusqu'à sa destruction. Ce camp de Croatie fut le troisième camp de la mort le plus destructif, après ceux d'Auschwitz et de Treblinka. L'État indépendant de Croatie fut le premier pays à mettre en place la Solution finale. En effet, les Juifs de l'État indépendant de Croatie en furent les premières victimes. 
          Certes, des exterminations de Juifs avaient bien débuté en Union soviétique dans la même période, pendant l'été et l’automne 1941, mais elles n'avaient pas encore eu lieu dans des camps. À Jasenovac furent déportés des Serbes, des Juifs et des Tziganes ainsi que ceux qui résistaient aux nazis et aux Oustachis ; mais le camp ne possédait pas de chambres à gaz. Les prisonniers y étaient achevés par épuisement au travail, par manque de nourriture et aussi et surtout, avec des armes à feu et des armes blanches. Une partie des victimes fut enterrée alors qu'une autre fut brûlée dans des fours crématoires, aménagés dans une ancienne briqueterie.
général oustachi Vjekoslav Luburić




Le camp était dirigé par le général oustachi Vjekoslav Luburić. Le garde du camp Petar Brzica s'y illustra en coupant, en une nuit, la gorge de 1.360 Serbes et Juifs avec un couteau de boucher ce qui lui valut le titre de «roi des coupe-gorges». Daesh n’avait donc pas innové dans ce domaine. 
Pour marquer la particularité du camp de concentration croate, le président israélien Shimon Peres avait déclaré en juillet 2010 : «Ce camp se distingue des autres à plus d'un titre. Tout d'abord parce que les victimes n'étaient pas nécessairement uniquement juives. Et il se distingue aussi par la façon dont on y tuait les gens, à l'aide de marteaux, de couteaux, de pierres, autant de manifestations d'un pur sadisme».
Le nombre réel de victimes à Jasenovac fut de 85.000, dont 50.000 Serbes, 13.000 Juifs, 12.000 Croates et 10.000 Tsiganes. Avant-guerre, la communauté juive croate comptait 24.000 âmes. Elle s’est depuis réduite à 3.000 membres, dont la moitié vit dans la capitale Zagreb.
Stephan Mesic


Israël et la Croatie ont établi des relations diplomatiques en 1997. La visite d'État du président croate en Israël, Stephan Mesic, qui s'était déroulée du 29 au 31 octobre 2001, fut une étape majeure sur le plan bilatéral. Ce fut l’occasion pour le président croate de mettre les choses au point en ce qui concerne les crimes oustachis. Il a déclaré qu'il saisissait «chaque occasion qui se présentait pour demander pardon à tous ceux à qui des Croates ont causé du tort, notamment aux Juifs, en rappelant que durant la Seconde Guerre mondiale, le régime collaborationniste installé au pouvoir en Croatie avait participé au crime de l'Holocauste. La Croatie actuelle et la Croatie antifasciste née pendant la guerre le condamnent».
La communauté juive de Croatie, complètement assimilée, doit beaucoup à un jeune rabbin d’origine marocaine de Casablanca, Kotel Dadon, né en Israël en 1967 après la guerre de Six-Jours. Après des études à la Yeshiva Ha Kotel de 1987 à 1991, puis à l’Université Bar Ilan de 1991 à 1995, il a poursuivi une formation rabbinique à Jérusalem. Il avait épousé une juive de descendance hongroise ce qui lui permit en 1995 de s’installer à Budapest, la ville natale de sa femme rencontrée en Israël. Il avait alors pour objectif de parfaire sa connaissance du droit européen pour devenir avocat en Israël. 
Kotel Dadon

Mais il fut repéré très vite. Contacté par l'organisation juive américaine Joint Distribution Committee, il accepta sur l’insistance de son rabbin de «dépanner» les Juifs de la Croatie voisine en dirigeant les grandes cérémonies des fêtes juives. À la demande des responsables locaux de la communauté, il accepta de devenir leur rabbin permanent en 1998 et le jeune polyglotte qui maîtrisait l'anglais, l'arabe et le hongrois, se mit à la langue croate. Il fut nommé grand rabbin de la Croatie en 1998.
Il occupa son poste jusqu’en 2006 en travaillant à la renaissance d’une communauté juive en voie d'extinction. La Seconde Guerre mondiale, suivie par quarante ans de communisme, avait porté un coup fatal à toute pratique religieuse juive en Croatie. Il dut tout créer et tout inventer car rien n’avait été fait depuis la Seconde Guerre mondiale.
Malgré un travail efficace de reconstruction de la communauté, la communauté juive de Zagreb, avec une ingratitude qui ne fut pas à son honneur, refusa de prolonger son contrat, lui préférant le rabbin ashkénaze Zvi Eliezer Alonie, né de parents survivants du camp de Bergen-Belsen. Un Marocain pouvait difficilement diriger des fidèles ashkénazes. Malgré cela, Dadon choisit de devenir citoyen croate. Après avoir obtenu en 2006 un doctorat de théologie juive, il enseigna à la faculté de philosophie de Zagreb et à l'Académie militaire croate. Il s’y sent toujours à l’aise, encore aujourd’hui.

Andrzej Plenkovic

La Croatie a renforcé ses liens avec Israël et représente un soutien d'Israël à l'ONU. Le 24 janvier 2017, Benjamin Netanyahou avait accueilli Andrzej Plenkovic son homologue croate, pour sa première visite à Jérusalem et l’avait remercié pour son «fort soutien dans les forums internationaux, européens et aux Nations unies, où la diplomatie croate s’est tenue fermement aux côtés de la vérité, c’est-à-dire d’Israël».
Cependant la communauté juive de Croatie reste très rancunière en raison des dizaines de milliers de victimes tuées par le régime croate pro-nazi. Ongjin Kraus, président de la coordination des associations juives de Croatie avait déclaré : «Les autorités relativisent les crimes commis par le régime oustachi». Les représentants des Serbes et des Juifs avaient boycotté en avril 2016 une cérémonie au camp d’extermination de Jasenovac, pour protester contre un réveil de la nostalgie pro-nazie. Ils n’avaient pas non plus apprécié l’inauguration en novembre dans la ville de Jasenovac d’une plaque à la mémoire des combattants croates morts pendant la guerre d’indépendance des années 1990, mais frappée d’un slogan du régime oustachi. Le Premier ministre Andrzej Plenkovic, s’est excusé auprès de ceux qui ont été blessés par cette plaque posée à Jasenovac, qui est d’ailleurs toujours en place.

Environ 75 % des quelque 40.000 juifs de Croatie ont été assassinés dans l’État indépendant croate qui a gouverné le pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Juifs représentent aujourd’hui moins d’1% de la population croate.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Ne pas oublier non plus, les Guerres de Yougoslavie 1991-2001, les plus meurtrières depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale où les pays de la Communauté européenne ont été incapables de s'entendre pour régler le conflit sans l'intervention des casques bleus de l'ONU et des forces de l'OTAN. Le bilan s'élève à
150 000 morts - viols, massacres et épuration ethnique - dont les deux tiers de civils, et 4 millions de personnes déplacées.

Très cordialement.

Unknown a dit…

Bonjour marianne, petite précision. Le Rwanda fut la guerre la plus meurtrière depuis la ww2.
Bien à vous .
Michael