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mercredi 11 juillet 2018

Libéralisme pur et dur en France et en Israël



LIBÉRALISME PUR ET DUR EN FRANCE ET EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps


Le bilan d’un an de présidence Macron conduit à la déception pour la majorité des Français ou à l’espoir pour les optimistes. Il existe une grande similitude sur les choix économiques en France et en Israël au point de se demander si les deux pays ne sont pas condamnés au libéralisme pur et dur qui s’attaque certes aux classes défavorisées mais aussi, et c’est nouveau, aux classes moyennes. Et pourtant dans les deux cas, il s’agit de pays riches dont l’économie n’est pas en difficulté.



En éliminant les partis traditionnels de droite et de gauche, Macron avait suscité un espoir de changement à travers le «macronisme» qui devait assainir la politique, s’attaquer à de lourds chantiers et réformer l’Europe. Au terme d’une année de pouvoir, la révolution Macron a accouché d’une souris car les résultats ne sont pas visibles. Certes il est trop tôt pour mesurer l’efficacité de sa gouvernance mais on ne voit pas la voie qui mène au bout du tunnel. En revanche, le gouvernement souffre des maux habituels, à savoir l’absence de marges de manœuvre, le manque de respect des promesses et l'application de réformes mal enclenchées. Rien n’a changé depuis des décennies sauf la sémantique qui se veut moderne, voire familière.
Emmanuel Macron ne veut pas être un «président normal» mais un vrai chef qui dirige le pays avec sa toute petite équipe, fidèle depuis son passage à Bercy. Sa culture politique est celle du pouvoir au sommet avec un parti majoritaire atone, un Parlement aux ordres, des syndicats écrasés et inefficaces et des media désemparés.
Netanyahou et ses successeurs putatifs

La situation est similaire en Israël où nul homme politique ne sort du lot pour envisager l’alternance. Alors la population est sonnée face aux inégalités mais disciplinée devant les périls sécuritaires. Mais elle en est à regretter le vrai socialisme qui permet de combattre la hausse des prix, la crise du logement et une meilleure répartition des bénéfices de l’État. Les deux parlements sont tétanisés par la personnalité envahissante du Président français et du premier ministre israélien. Aucune fronde ne s’exprime car les députés sont attachés à leurs privilèges. Ils évoluent dans un champ de ruines syndical et politique. L’opposition n’est pas structurée ni efficace. Bien sûr, les voyants économiques sont au vert mais rien n’est fait pour améliorer le sort des plus modestes qui ont du mal à boucler leurs fins de mois. Bien sûr la faim n’existe pas mais il manque un petit peu de bonheur pour épicer la vie.
Dans les rues de Jérusalem

En Israël, la pauvreté est devenue une constante et nul ne voit le bénéfice pour la population des découvertes de gaz dont la production a déjà commencé. L’argument des dépenses militaires indispensables ne tient pas car, sous le régime travailliste, l’effort de guerre était identique sinon supérieur puisque le pays a connu trois guerres. Et pourtant à l’époque, les nouveaux immigrants recevaient tous un appartement modeste mais ils pouvaient s’engager dans leur nouvelle vie avec plus d’assurance. Aujourd’hui, le coût des loyers ou des investissements immobiliers découragent ceux qui veulent tenter l’expérience du sionisme. Selon les rapports de l’OCDE, près de 2 millions d’Israéliens dont 842.000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté et la plupart sont à Jérusalem. La litanie consistant à dire que ces pauvres sont arabes ou religieux orthodoxes ne tient plus. La pauvreté s’est développée dans toutes les classes sociales.
Dans les deux pays, le libéralisme grignote de plus en plus les services publics et les dépenses sociales ainsi que les moyens convenables d’existence. Les deux sont adeptes du capitalisme libéral et peu démocratique du 19ème siècle avec l’obsession de l'équilibre budgétaire et la tolérance aux inégalités. Les plus grands économistes alertent le monde sur un niveau préoccupant des inégalités qui minent le tissu social et qui fait prospérer la rente financière. Ce n’est pas être gauchiste que de vouloir le bonheur des populations et de dénoncer le libéralisme doctrinaire qui se nourrit de certitudes.
Alors Macron et Netanyahou utilisent les mêmes ficelles : l’urgence et la montée des périls qui ne laissent plus la place au courage politique pour de vraies réformes et une meilleure redistribution. Face à la modernisation mondiale, les gouvernements assument mais aucun résultat s’en sort. Ils ne peuvent pas uniquement rêver à un peuple de milliardaires ou à une société d'incubateurs à startup.
Les systèmes éducatifs dans les deux pays souffrent, les statistiques mondiales le prouvent.  L’armée en Israël se substitue souvent au ministère de l’Éducation. Mais l’école et l’université ne forment plus les esprits pour réussir ou critiquer mais uniquement pour les besoins supposés du marché du travail. L’école lâche à midi dans la nature des enfants israéliens qui se trouvent abandonnés à eux-mêmes si les parents n’ont pas de quoi payer des activités complémentaires.  Ce n’est pas ainsi que l’on peut former de vrais cerveaux capables d’inventer des alternatives pour le nouveau monde.
Bien que les deux dirigeants pratiquent une politique pour les «riches» et soient moins favorables aux catégories populaires et aux classes moyennes, ils bénéficient cependant d’une grande indulgence car ils réussissent dans la politique étrangère, dans l'aide aux entreprises et dans  la lutte contre le terrorisme. Rendez-vous dans un an.

4 commentaires:

Yaakov NEEMAN a dit…

Belle analyse du réel. En ce qui concerne israël, le problème témoigne de l'oubli du précepte biblique "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", dont l'exclusivité à été confiée au peuple juif. Comment redécouvrir une nécessaire compassion ? Peut-être à l'occasion d'une crise grave, comme une guerre... ou un tremblement de terre -- que D. nous préserve de l'une comme de l'autre, et que nous sachions vite retrouver notre humanité.

Amellal Ibrahim a dit…

Bonjour,

On m'a toujours expliqué que l'enseignement universitaire israélien était d'excellente qualité. Pareil pour les "grandes écoles" en France.

Avraham NATAF a dit…

Nous avons vécu dans le sillage des idéaux qui ont suivi la 2 deuxième guerre mondiale avec les lois sociales, assurances sante, les HLM, les droits, protections, retraites et dignités des personnes.
Aujourd'hui il n'est question que de déficits, de dettes astronomiques, les lois n'existent que pour la forme, les drogues sont un phénomène social, la technologie remplace de plus en plus l'humain en attendant le tsunami de l’intelligence artificielle. Le monde est en déséquilibre.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Que ce soit en France ou en Israël - autant que je puisse en juger - les hommes politiques, qu'on les trouve "bons" ou "mauvais", ne représentent que les majorités du moment qui les ont portées au pouvoir.
Netanyahou et Macron n'échappent ni l'un, ni l'autre, à cette règle.

Il est tout à fait exact que le clivage droite-gauche a disparu, en France, au profit de nouveaux axes tels que bioconservateurs et transhumanistes, ou encore communautaristes et "lèpre" populiste... Chaque groupe défend sa propre "morale" qui, comme toute morale en politique, n'est que temporaire et dépend de la majorité qui la défend.
Or en régime démocratique, le pouvoir appartient à la majorité. Perdre la majorité et devenir minoritaire, implique de perdre le pouvoir.

C'est pourquoi le pouvoir politique, que ce soit en France ou en Israël, est si étroitement lié au problème démographique, car au nom de quoi imposer des "valeurs démocratiques" qui ne seraient pas majoritairement partagées ?

Très cordialement.