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samedi 3 octobre 2015

OBJECTIFS DE L’INTERVENTION RUSSE EN SYRIE



OBJECTIFS DE L’INTERVENTION RUSSE EN SYRIE
Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps


   
Gouvernement russe
         Moscou a décidé d’agir après une décision bien mûrie, et surtout bien justifiée selon les autorités, en lançant officiellement, le 30 septembre, sa campagne militaire contre les terroristes de Syrie, quelques heures après le feu vert donné par le Parlement. L’aviation russe a pilonné les premiers objectifs situés dans la région de Homs mais aussi à Hama et à Lattaquié. Des informations d’origine russe précisent que les bombes ont été larguées sur des «équipements militaires et des stocks d'armes et de munitions» de l'État islamique.






Chefs pasdarans

Poutine s’est résolu à donner l’ordre d’attaque afin de combler les défaillances militaires du Hezbollah libanais et des Pasdarans iraniens. Mais il s’agit surtout pour lui d’installer une atmosphère favorable à une solution acceptée en Syrie. Téhéran et ses Gardiens de la révolution se sont montrés incapables de protéger le régime de Bachar Al-Assad sur le point de tomber sous les coups de Daesh. Le Hezbollah, qui avait reçu la responsabilité de sécuriser les environs du Golan, n’a pas été à la hauteur de la tâche qui lui a été confiée.

Ces frappes concrétisent l’entrée en force de la Russie sur la scène internationale du Moyen-Orient. Les Russes n’ont pas réellement l’intention de porter un coup fatal aux troupes de l’État islamique mais de consolider les troupes syriennes tout en s’interposant sur le terrain pour devenir des éventuels arbitres dans le cadre d’une solution négociée. Toute décision politique ne peut être envisagée que si Bachar Al Assad maintient sa position au sommet du pays. En fait, Poutine a manœuvré pour devenir le personnage clef capable d’imposer une paix aux couleurs russes. Il avait anticipé sa stratégie en ne prenant jamais de position ferme à l’égard de l’un ou l’autre camp et en agissant pour le rapprochement entre puissances régionales.
Poutine et le prince Bin Salman à Moscou

Il a certes défendu avec vigueur le régime de Damas mais il a parallèlement collaboré avec l’Arabie saoudite sur le problème du nucléaire iranien. Des responsables saoudiens, le prince Bin Salman en particulier, et russes se sont rencontrés régulièrement et les liens tissés ont d’ailleurs permis de planifier une visite du roi Salman à Moscou en fin d’année. L’Arabie saoudite y voit aussi son intérêt puisque l’entrée de la Russie dans l’éventuel processus de paix minimiserait en conséquence la participation de l’Iran à la table des négociations. Les Russes n'ont pas négligé de prendre langue avec des responsables de l’opposition syrienne pour tenter de les impliquer dans un processus de paix.
Poutine a la part belle dans cette affaire syrienne. Il surfe sur le refus des Occidentaux d’envoyer des troupes sur le terrain parce qu’ils gardent en mémoire le souvenir de l’échec irakien. Ils apprécient donc l’aide qu’apportent les Russes à combattre Daesh après avoir convaincu les pays arabes à participer à leurs actions, certes avec leurs moyens limités. Les Occidentaux trouvent un intérêt à la participation des Russes aux combats car ils limitent le rôle des troupes iraniennes dans la défense d’Assad et celui de la Turquie d’Erdogan.
F16 en action

La Russie a réussi à placer au second rang les rivalités entre Arabes et Iraniens ce qui est positif pour trouver une solution agréée par les deux bords. Poutine se place donc en parrain d’une reprise pacifique des relations entre l’Iran et l’Arabie. Mais il est prudent et il ne donne pas l’impression de vouloir en découdre avec l’État islamique. D’ailleurs, selon des informations occidentales, son aviation ménage Daesh en ciblant en particulier les rebelles syriens. Il veut éviter une implication militaire profonde de son armée pour ne pas compromettre son rôle de médiateur.


Les frappes russes ont pour but d’abord de sécuriser la base de Tartous tout en rassurant les minorités, en particulier alaouites, face à l’expansion des djihadistes de Daesh. Poutine veut profiter de la passivité occidentale pour forcer une solution à sa propre mesure, une solution consistant à découper la Syrie sur des bases communautaires, celles d’avant 1920, pour faire disparaître les frontières actuelles et pour mieux instiller son influence.
Une fois la situation sécurisée sur le terrain, sans toutefois éradiquer Daesh, Poutine proposerait alors son plan en deux étapes. Bachar al-Assad resterait à la présidence du pays mais une présidence honorifique, une présidence pour inaugurer les chrysanthèmes. Pendant six mois il se bornerait à remplir des fonctions protocolaires, non politiques, aux termes desquels des élections législatives et présidentielles seraient organisées par un gouvernement de transition. Bachar Al-Assad serait ainsi assuré de quitter le pouvoir la tête haute et surtout en vie.
Mais pour que son scénario fonctionne, Poutine doit s’assurer de la neutralité d’Israël. Lors de ses entretiens avec Netanyahou, il a réitéré sa volonté de garantir la sécurité d’Israël en échange d’un arrêt des frappes israéliennes contre l’armée syrienne car elles affaiblissent Al-Assad. En effet, Israël réagit violemment à toute action militaire provenant du coté syrien. Il en a été ainsi après le tir de deux roquettes tombées au Golan. La réaction immédiate de Tsahal a consisté à frapper le poste de commandement de l’artillerie de la 90ème brigade de l’armée syrienne. À cette occasion, Le ministre israélien de la défense a bien confirmé qu’Israël imposait une «tolérance zéro». Les services de renseignements confirment que ces tirs sont une provocation délibérée du général iranien des Gardiens de la révolution, Saeed Azadi, coordonnateur en Syrie des opérations contre Israël. Le général Azadi a remplacé le général Ali Allah Dadi, éliminé le 18 janvier par une frappe d’Israël alors qu’il se déplaçait près de Quneitra avec des chefs du Hezbollah. Le général Azadi veut ainsi prouver son indépendance vis-à-vis des Russes.
Général Dadi

Les frappes russes ouvrent une nouvelle ère dans la région. Paradoxalement, elles ont été critiquées par les États-Unis parce que la Russie impose sa présence militaire et politique dans la région alors que les gendarmes, jusqu’alors, étaient américains.  La Russie exige par ailleurs que les avions américains restent en dehors de ciel syrien ce qui est inacceptable pour Barack Obama qui juge les frappes «inutiles». Israël y voit de son côté une atteinte à sa liberté de lancer son aviation militaire à travers le Liban et la Syrie, si des zones d’exclusion aérienne sont instituées. Par ailleurs, il y a risque de télescopage des aviations américaine, russe et israélienne.
 Le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon a nié qu'Israël coordonnait ses opérations avec l'armée russe, soulignant que Tsahal avait toute liberté d’action en Syrie et continuera d'empêcher les livraisons d'armes aux organisations terroristes et au Hezbollah. Mais il n’a pas nié avoir été surpris par cette accumulation de moyens russes en Syrie. Il est certain qu’en se désengageant du Moyen-Orient, les Américains ont laissé une place libre qui a été vite comblée par les Russes.  

2 commentaires:

Avraham NATAF a dit…

L'Iran, s’étant arrangé avec les USA, se dégage de la Syrie; Assad , isolé demande et trouve le soutien de Poutine. C'est l'Orient

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Après la Pax Romana, la Pax Americana, verra-t-on une Pax Russiana ?
Quoi qu'il en soit, on ne peut nier que Poutine est le maître incontesté du jeu. Il reprend la main là où les Occidentaux n'ont réussi qu'à semer le plus grand désordre depuis des années. L'Afghanistan ne leur a pas servi de leçon pour l'Irak. L'Irak ne leur a pas servi de leçon pour la Libye, et la Libye ne leur a pas servi de leçon pour la Syrie.
Il était temps de mettre fin à cette course au désastre planétaire. Il faut souhaiter le succès des opérations qui se préparent et l'éradication de ce nouveau nazisme qu'est l'État islamique.

Très cordialement.