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vendredi 30 octobre 2015

L'aventure militaire dans les gènes de l'Iran



L’AVENTURE MILITAIRE DANS LES GÈNES DE L’IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



La levée des sanctions financières contre l’Iran va redonner du souffle à l’économie iranienne exsangue. Si le pays respecte les clauses de l’accord signé concernant son programme nucléaire, alors il retrouvera sa place parmi les grandes nations. Les millions de dollars débloqués par les États-Unis seront couplés avec ceux qui entreront dans les caisses iraniennes grâce à l’exportation de plus de un million de barils de pétrole par jour. Deux voies s’offrent alors aux mollahs ; soit l’amélioration des conditions de vie de la population soit alors, plus grave  mais plus probable, le gaspillage économique dans l’aventure militaire.


            
Gardiens en Syrie
          Les Occidentaux seraient naïfs de croire que la levée des sanctions changerait la mentalité iranienne sur le plan de sa politique belliqueuse. Ali Khamenei a accepté du bout des lèvres l’accord sur le nucléaire parce que sa situation économique l’exigeait mais il n’a pas abandonné sa politique expansionniste chiite au Moyen-Orient et sa volonté d’en découdre avec les pays arabes sunnites. L’Iran n’envisage pas de se retirer de Syrie à présent que les Russes y ont pris place pour consolider le régime de Bachar Al Assad. Bien au contraire, il semble que face aux échecs militaires du Hezbollah libanais et de la progression des troupes de Daesh, Téhéran soit contraint de s’impliquer de manière croissante dans le conflit syrien.
Farshad Hasounizadeh

La mort récente de deux généraux sur  le champ de bataille,  le général de division Farshad Hasounizadeh et le brigadier-général Hamid Mokhtarband, en est la preuve. Ces morts interviennent après celle à Alep, la semaine précédente, du général Hossein Hamadani de l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution. Ces pertes sont la preuve des revers que subissent les Iraniens sur le champ de bataille.
Alaeddin Boroujerdi

            L’Iran ne se cache plus d’envoyer  des milliers de soldats  en Syrie qui combattent aux côtés de Bachar Al-Assad à Alep, après s’être assurés de l’appui de l’aviation russe. Une délégation de parlementaires iraniens s’était rendue en mission à Damas, conduite par le président de la Commission de sécurité nationale et des affaires étrangères du Parlement iranien, Alaeddin Boroujerdi. Ses déclarations optimistes étaient en priorité à usage interne, à destination de la population iranienne : «La coalition internationale menée par les États-Unis a échoué dans la lutte contre le terrorisme. La coopération entre la Syrie, l'Irak, l'Iran et la Russie a été positive et couronnée de succès».
         La situation de la coalition pro-syrienne s’est certes améliorée. Les frappes russes et les renforts massifs de l’Iran et du Hezbollah ont permis de stopper l’avance de Daesh dans le nord-ouest du pays et même de reprendre l’initiative de l’offensive pour tenter d’arracher aux rebelles les territoires perdus ces derniers mois. L’objectif primordial reste cependant de desserrer l’étau autour du réduit alaouite sur la Méditerranée pour maintenir un peu d’oxygène à Bachar Al-Assad.

            Mais une grande victoire militaire syrienne, malgré les moyens engagés, est exclue. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, en est convaincu puisqu’il travaille avec les Russes pour élaborer un plan de paix. De leur côté, les pays occidentaux, l’Arabie saoudite et la Turquie n’envisagent absolument pas le maintien au pouvoir de Bachar Al-Assad ce qui rend toute paix impossible.
            L’armée iranienne en Syrie n’est pas concernée par l’aspect politique du conflit et  reste à l’écart de ces négociations de paix. Elle aide sur le terrain la Russie, qui tient compte de ses conseils pour ajuster ses frappes. En effet, en déplacement en juillet à Moscou, le général Qassem Soleimani, commandant de la force d’élite Al-Qods, a expliqué sa stratégie pour retourner la situation en Syrie. Les Russes ont alors ordonné à leur aviation de lancer ses premières frappes en Syrie depuis sa base aérienne de Lattaquié. Parallèlement une offensive au sol des forces légales syriennes, appuyées par les Iraniens et du Hezbollah libanais, était déclenchée. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH)  a confirmé l’assaut terrestre des «forces du régime».
Le général Soleimani en Irak (à gauche)

            Qassem Soleimani, responsable des opérations extérieures des pasdaran, les Gardiens de la révolution islamique, reçoit ses ordres directement du guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei. Ce dernier signe d’une main l’accord sur le nucléaire et maintient de l’autre la pression militaire de ses troupes. Soleimani représente le bras armé  de la puissance chiite contre les pays de l’islam sunnite. C’est un expert des opérations au sol contre les insurgés après avoir coordonné les offensives menées par les milices chiites en Irak, à Tikrit, contre Daesh. Il a convaincu les Russes du danger que courait Tartous, la seule base navale de la Russie dans toute la Méditerranée.
Cette planification du soutien à Assad n’a pas été décidée en dernière minute. Elle a été préparée de longue date pendant que les Occidentaux croyaient entrevoir une certaine souplesse dans la position de Poutine. Il y a plusieurs mois, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait convenu avec l'ayatollah Khamenei d’un effort militaire accru et ils ont chargé Soleimani de venir discuter à Moscou des modalités des opérations. Cette information secrète avait fuité lorsque la chaîne américaine Fox News avait révélé que Soleimani était arrivé en Russie le 24 juillet, dix jours à peine après la conclusion de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien. L’Iran avait donc bien l’intention de poursuivre ses actions militaires. Soleimani, qui partage sa résidence entre Damas et Bagdad a obtenu des Russes des armes sophistiquées. Son but final est de contrôler la politique iranienne en Irak, en Syrie, au Liban, à Gaza et en Afghanistan.
Allahdadi

C’est pourquoi Israël suit sa trace en permanence et surtout la destination des armes pour empêcher qu’elles ne parviennent au Hezbollah, au Liban. Tsahal a prévenu les mollahs qu’il ne tolérera aucune troupe iranienne à ses frontières du Golan. Il avait mis ses menaces à exécution en janvier en lançant un raid sur le Golan syrien faisant six morts parmi les combattants et les forces de la Résistance islamique. Le général des gardiens de la révolution Mohammad Ali Allahdadi, avait trouvé la mort dans cette frappe des hélicoptères israéliens.
Funérailles le 28 octobre 2015 d'Amin Karimi un des chefs des Gardiens de la révolution


Cependant, pour la première fois depuis le début des frappes en Syrie, des avions russes ont attaqué des cibles de rebelles syriens près de Quneitra dans le Golan, à proximité de la frontière avec Israël. Les attaques russes se sont concentrées sur deux bastions stratégiques détenus par les rebelles, Tal al-Harra et Tal Antar. Il semble que l'aviation russe ait informé au préalable Tsahal de ses opérations afin d'éviter toute méprise.
L’aventure militaire reste dans les gènes de l’Iran. Tant qu’elle se concentre en Syrie, Israël ne se sent pas concerné. Mais il observe avec intérêt l’épuisement physique et moral de ses ennemis dans des combats qui les déciment ou les affaiblissent et qui détruisent le moral de leurs alliés.

1 commentaire:

David DORNBUSCH a dit…

Voilà bien un titre fort étrange car pour qui connait l'histoire de l'Iran ce pays était "le gentil pays que tout le monde envahit sans qu'il se défende", l'équivalent au Moyen Orient de la Tchécoslovaquie en Europe. D'ou la stupéfaction de l'arabe Saddam Hussein quand les iraniens commencèrent à se défendre alors que son attaque devait être une promenade de santé (et la stupéfaction presque aussi grande des iraniens de s'être défendus)