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dimanche 4 octobre 2015

LA GABEGIE PALESTINIENNE


LA GABEGIE PALESTINIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

           
         
          Quand le président de l’Autorité palestinienne a prononcé son discours à l’ONU, il n'avait aucune arrière-pensée politique . Il voulait seulement secouer les consciences de son peuple pour masquer les extravagances de ses fonctionnaires qui créent, auprès de la population palestinienne, un désenchantement perceptible. Le problème de l'utilisation des fonds publics est une constante récurrente qui n'a jamais été résolue et qui hante les esprits. 




          Certaines dépenses relèvent de la pure fantaisie sinon de l’excès. En effet, le directeur de la chaîne de télévision palestinienne, lassé certainement d’inviter des dirigeants qui ont fait leur temps et qui persistent à s’accrocher à leur fauteuil malgré leur âge avancé, a eu l’idée de rajeunir les visages par un procédé artificiel, le maquillage à outrance. Ainsi, selon un site Web local, il a embauché un spécialiste prestigieux du camouflage, au salaire mensuel de 12.000$, pour instiller un peu de jouvence à ses participants. Ce cachet représente ce que gagne un Palestinien moyen en quatre ans.
Etudiants palestiniens au Venezuela

            Les sommes mal utilisées sont légions. En août, l’un des conseillers de Mahmoud Abbas avait envoyé une demande de subvention au ministre des affaires étrangères du Bahreïn pour obtenir une «aumône» de 4 millions de dollars pour la construction de logements à destination uniquement des cadres dirigeants palestiniens. Il est fort probable que la construction ne sera jamais engagée. 
          Sur un autre plan, le gouvernement vénézuélien avait attribué  en 2014 un millier de bourses à des étudiants en médecine. Les fonds ont disparu entre les mains du ministre de l’éducation, du ministre des Affaires étrangères, et de l’ambassade palestinienne au Venezuela. Quelques étudiants en ont profité mais ils n’avaient pas les qualifications pour suivre ce genre d’études. Ils ont été envoyés au titre d’une récompense politique du parti Fatah.
Depuis les accords d’Oslo portant création de l’Autorité palestinienne en 1994, il n’y a pas de jour sans accusation de détournements de fonds. Des auditeurs experts ont constaté que 40% du budget a été gaspillé, poussant le procureur général de l’Autorité à engager une action contre des fonctionnaires qui ont détourné 700 millions de dollars. Pire, il a été constaté que le secteur public distribuait des salaires à des «employés fantômes» tandis que les fonds étaient redirigés vers des ministres et des hauts cadres. Par ailleurs, l’Autorité a attribué un budget de 6 millions de dollars à une prétendue société italo-palestinienne chargée de construire une usine de tuyaux qui n’a jamais vu le jour.
Fayyed-Abbas

            Les Occidentaux sont conscients de ces débordements puisqu’à plusieurs reprises ils ont menacé de suspendre leur aide qui couvre le 1/6 du budget de l’Autorité. C’est pourquoi ils avaient exigé en 2007 la nomination de Salam Fayyad comme premier ministre et économiste respecté, ancien du FMI. Cependant il n'a fait qu'illusion face aux blocages de son administration. Durant son mandat, il avait pris des mesures contre la corruption ce qui lui a permis de récupérer plusieurs millions de dollars dans les caisses de l’Autorité. Mais ses méthodes ont déplu à la haute administration, privée de bakchich, qui a tout fait pour l’éjecter de son poste en 2013.
Mais cela ne fut pas perdu pour tout le monde. Mahmoud Abbas, devenu subitement exigeant en pureté, en a profité pour écarter des opposants sous prétexte qu’ils dirigeaient des ONG non «transparentes». Il s’agissait pour lui d’un bon moyen pour les museler en attaquant leurs sources de financement. D’ailleurs Salam Fayyad a été la première victime puisque son Institut de développement a perdu des fonds qui lui permettaient de fonctionner, sous des accusations de blanchiment d’argent.
Haniyeh, Abbas et Dahlan

            Mahmoud Abbas a ensuite utilisé l’argument financier pour s’attaquer à l’homme fort sécuritaire du Fatah, Mohamed Dahlan, qui cherche à le remplacer en organisant sa campagne depuis Abou Dhabi où il s’est exilé. Il est accusé d’avoir prélevé des millions de shekels des caisses de l’Autorité durant les années 1990. Un tribunal a pourtant rejeté ces accusations mais il reste dans le viseur de Mahmoud Abbas qui lui a interdit l’entrée en Cisjordanie sauf pour l’emprisonner.
            Ces affaires arrivées sur la place publique ont déconsidéré l’Autorité. Selon un sondage, les Palestiniens ont jugé que le plus grave problème pour eux était représenté par la corruption et non par l’occupation israélienne. Plus de la moitié d’entre eux estime que l’Autorité était «devenue un fardeau» qui impose sa dissolution. Ils espéraient une bonne annonce à l’ONU mais ils ont été déçus du résultat.
Dov Zerah

L’Autorité palestinienne gère mal les centaines de millions d’aide. D’ailleurs les pays arabes, qui ne sont pas dupes, refusent de verser les sommes promises. Seuls les Occidentaux continuent à alimenter les caisses palestiniennes. Cette manne financière, provenant de financements de nombreux projets par des gouvernements ou des agences internationales, pousse à la gabegie. Dov Zerah, ancien directeur général de l’Agence Française du Développement avait précisé en 2010 qu’il s’agissait «d’une zone où interviennent 84 bailleurs et 23 agences des Nations unies» sans compter bien sûr les États-Unis. Malgré cet afflux de fonds, «45.7% des Palestiniens de Cisjordanie et 79.4% dans la Bande de Gaza vivent au-dessous du seuil de pauvreté».
La corruption en Palestine est un système devenu autonome, faisant partie intégrante du corps politique palestinien mais qui est antérieure à la création de l’Autorité. Il semble d’ailleurs que l’amélioration due à la bonne gouvernance de l’ancien premier ministre Salam Fayyad soit un mythe. Il a eu peu d’effet sur la corruption qui ne doit pas être perçue comme de simples détournements de la part d’individus motivés par la cupidité et l’intérêt personnel. Les détournements de fonds publics, l’appropriation illicite de ressources et le népotisme sont le résultat d’une corruption ancienne qui gouverne le système politique palestinien. Ils ont été enracinés dans l’OLP bien avant les accords d’Oslo avec des causes politiques pourtant bien déterminées.

En Palestine, le clientélisme est enraciné dans les valeurs sociales de la parenté et de la famille ce qui permet à l’oligarchie au pouvoir de contrôler les électeurs et de redistribuer les ressources publiques dans le but d’acheter des loyautés politiques avec, à la clef, le maintien du statu quo et la mainmise sur les avoirs politiques et économiques. Le clientélisme favorise le climat de corruption face à un électorat politiquement loyal mais incompétent et suscite une émulation entre clients qui rivalisent pour démontrer leur loyauté à l’oligarchie régnante, prête à fermer les yeux sur les méfaits financiers.
Le somoud est cet enracinement à la terre, dont les paysans palestiniens ont fait le nom de code de leur résistance à Israël. Il consiste à la mise en place d’institutions sociales, économiques et culturelles telles que des comités locaux par quartiers et des secteurs d’activités. L’objectif étant d’instaurer une autogestion et une autosuffisance du peuple palestinien. Historiquement, pendant les années 1980, la direction de l’OLP s’est servie du Fonds Somoud [1] pour récompenser ses partisans et exclure les autres en encourageant les manipulations et les monopoles quitte à dupliquer les projets. Il fallait étendre les réseaux clientélistes pour servir les objectifs politiques du Fatah et des dirigeants jordaniens. L’OLP a dévoyé la mission déclarée du Fonds Somoud consistant à soutenir les secteurs de l’éducation, de l’agriculture, de la santé et du logement. L’OLP a redirigé les fonds vers les gros propriétaires fonciers de la vallée du Jourdain, les industriels et le service civil jordanien en Cisjordanie. Des catégories professionnelles ont ainsi reçu de généreux prêts au logement.

Après les Accords d’Oslo, l’OLP s’est délestée de ses responsabilités sur l’AP qui a hérité de ce régime. Au lieu d’encourager un système fondé sur le mérite, l’Autorité a elle-aussi favorisé le clientélisme devenu un attribut caractéristique de sa structure institutionnelle. Ce système a perduré et est devenu indissociable d’un style de gouvernance personnalisée depuis le président de l’OLP, Yasser Arafat.

Ainsi ceux qui accusent Israël et les accords d'Oslo de tous les maux pour avoir bridé l’Autorité se trompent. Israël n’est pour rien dans l’évolution de cette situation ancrée dans les gênes des dirigeants palestiniens, bien avant les accords d’Oslo. L’Autorité palestinienne a simplement trouvé une structure officielle pour récompenser ceux qui lui étaient serviles. Elle fait la pluie et le beau temps et il n’est pas question pour elle de renoncer à une manne financière, même s’il faut favoriser le statu quo et enterrer tout projet de création d’État palestinien. C’est pourquoi aucune initiative concrète de résolution du conflit israélo-palestinien n’a été proposée par les dirigeants palestiniens. La gabegie peut encore perdurer aussi longtemps que des dirigeants corrompus sont au pouvoir en Cisjordanie.

[1] The Steadfastness Aid Fund of the Jordanian-Palestinian Joint Committee, créé par le Sommet de la Ligue arabe à Bagdad en 1978.


2 commentaires:

Jeremy a dit…

monsieur Abbas n'est pas pressé à signer quoi que ce soit avec l’État hébreu. il est bien Abbas, il mange bien, dors bien et a des économies pour ces petits frais divers.
la corruption agace les Palestiniens depuis longtemps. elle les dégoute même de leurs représentants politiques. le processus de paix n' a pas l'air d’être une priorité chez les gouvernants Palestiniens. Abbas doit partir à la retraite, tout le monde peut le remercier de ses actions sans succès. cela favorisera un nouvel exécutif, qui sera moins préoccupé par ses rentes, mais par la défense de l’intérêt des Palestiniens.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Comment se fait-il que les occidentaux ne se préoccupent pas de la destination de l'argent apportée aux palestiniens.
La responsabilité des bailleurs de fonds n' est-elle pas engagée à partir du moment où chacun sait que ce sont les dirigeants qui détournent ces sommes. Pourquoi n'y a-t-il pas une haute instance ou une commission chargées de gérer la destination finale de ces apports afin de contrôler et éventuellement sévir face à la corruption.
En quelque sorte, à qui profite le crime.
Bien cordialement