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mercredi 10 décembre 2014

AVERTISSEMENT SANS FRAIS À LA RUSSIE ET À L’IRAN



AVERTISSEMENT SANS FRAIS À LA RUSSIE ET À L’IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Michael Bogdanov

Le vice-ministre russe des affaires étrangères,  Michael Bogdanov, multiplie les visites au Liban pour prouver que la Russie reste une superpuissance dans la région. Mais il ne s’agit pas de discuter des problèmes internes du pays mais bien de la Syrie, de l’Iran et peu du conflit palestinien. En fait, les Russes courtisent le Hezbollah et ils tiennent à rendre compte à leurs interlocuteurs des difficultés dans les négociations sur le programme nucléaire iranien. L’accord a buté sur le souhait des Occidentaux de laisser un temps s’écouler entre la signature de l’accord et la levée des sanctions alors que les Iraniens exigeaient la simultanéité. Les autres détails litigieux, comme les proportions d’enrichissement, les quantités d’uranium autorisées et le nombre toléré de centrifugeuses, ont été totalement escamotés.


Dossier syrien

Bogdanov semble réservé sur la question palestinienne puisqu’il ne l’a pas abordée et il est clair qu’elle n’entre pas dans les considérations politiques de la Russie. La seule vraie question qui enflamme les Russes est bien le dossier syrien. Selon Bogdanov : «Notre but est d’aider les Syriens à réformer leur régime, alors que les autres voudraient renverser des gens pour les remplacer par d’autres qui sont leurs partisans, quand bien même le pouvoir qui le remplacerait serait pire que l’actuel». Il a fait allusion à la volonté de l’Arabie de renverser Assad : «Les Saoudiens sont venus nous voir pour demander de renverser le président Bachar al-Assad et rien d’autre. Ils ont dit franchement et clairement qu’ils n’ont aucun problème à ce qu’il soit remplacé par un autre alaouite, l’essentiel est qu’il parte. Nous avons rejeté cette logique».

Le diplomate russe ne s’est pas trop attardé sur le Liban et s’est contenté de messages de soutien devant ses hôtes officiels, dont le chef du parlement Nabih Berri, et le premier ministre Tamam Salam, le chef de l’armée le général Jean Kahwaji, le ministre des affaires étrangères Gebrane Bassil. Mais ce qui a marqué les esprits est le fait que curieusement sa rencontre avec la délégation du Hezbollah s’est faite en premier. Il s’est déplacé dans la banlieue sud pour rencontrer les dirigeants du Hezbollah, le responsables des relations internationale Ammar Moussaoui, en présence de deux députés Hassan Fadlallah et Nawwar Sahili et du chef du bloc parlementaire du Hezbollah Mohammad Raad.

L’ordre des visites permet de décrypter les messages que sous-entendait cette rencontre. Dans un arabe parfait, il s’est justifié : «Nous sommes toujours intéressés à écouter l’analyse de nos amis du Hezbollah sur ce qui se passe au Liban et dans la région, sachant que la situation est dangereuse, et très compliquée». Il est étonnant que la milice soit plus compétente à ses yeux que le gouvernement libanais pour juger de la situation au Liban.

Alliances locales

En fait la relation de la Russie avec le Hezbollah est fondamentale dans le cadre des alliances dans la région sachant que la milice libanaise soutient politiquement et militairement la Syrie. Signe supplémentaire de l’intérêt exclusif accordé au Hezbollah, ce n’est que le lendemain que Bogdanov a rencontré les autres chefs de files des autres partis libanais : l’ancien président et chef des Kataëb Amine Gemayel, le chef du Courant patriotique libre Michel Aoun, le chef des Maradas Sleiman Frangieh ainsi qu’une délégation du Parti syrien national social.

On ignore les raisons pour lesquelles le leader druze Walid Joumblatt ne figure pas parmi les chefs de partis qui ont rencontré Bogdanov. En revanche les observateurs ont noté que deux visites ont été consacrées au Hezbollah. Il l’a d’abord rencontré avec certains représentants parlementaires puis ensuite le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah était seul avec l’ambassadeur de la Russie au Liban, Alexandre Zaspikyne et le responsable du Bureau des relations internationales au Hezbollah Ammar Moussaoui.

La réponse d’Israël à la Russie ne s’est pas fait attendre puisqu’un raid israélien a frappé en Syrie des livraisons d’armes en route pour le Hezbollah. Les avions israéliens ont attaqué trois cibles à la périphérie de Damas, dont deux près de l'aéroport international et dans la ville de Dimas. L'armée syrienne a confirmé que des installations ont été endommagées. Les frappes aériennes d'Israël près de Damas, ont complètement détruit du matériel russe nouvellement arrivé, y compris des missiles qui ont été expédiés en toute hâte pour aider la Syrie et le Hezbollah à contrecarrer un projet américain de créer une zone d'exclusion pour l'aviation au nord de la Syrie.
Israël a toujours tenu à une certaine neutralité dans le conflit syrien mais avait prévenu qu’il ne resterait pas les bras croisés face au réarmement du Hezbollah. Il ne s’est pas dispensé de viser en Syrie les systèmes d'armes sophistiqués, y compris des missiles anti-aériens de fabrication russe et des missiles de fabrication iranienne. La frappe du 7 décembre, qui a occasionné dix explosions, a touché des entrepôts dont leur contenu n’a pas été précisé par les autorités syriennes. Déjà en mai 2013, des missiles Fateh-110 à destination du Hezbollah ont été détruits par Tsahal. 

De toute façon, pour des raisons sécuritaires et quel soit le destinataire, Israël ne peut se permettre de laisser un armement aussi sophistiqué tomber entre les mains du Hezbollah et a fortiori des djihadistes qui prennent progressivement le contrôle de certaines bases syriennes.

Objectifs d’Israël

Comme il se doit à l’occasion de frappes militaires, le ministre des Affaires stratégiques Youval Steinitz, s’est refusé de confirmer la participation d’Israël à ces raids aériens. Il a toutefois confié qu’Israël «était déterminé à empêcher tout transfert d’armes sensibles de la Syrie vers le Liban et les organisations terroristes». Israël poursuivaient deux objectifs. Il voulait d’une part rappeler à la Russie que le Hezbollah restait un ennemi privilégié des Israéliens et d’autre part mettre en garde l’Iran qui semble vouloir jouer avec le feu en réarmant le Hezbollah avec des missiles de longue portée capables d’atteindre Israël.
Yaalon au Golan

  L’Iran continue en effet à transférer dans des entrepôts de Syrie, proches de la frontière libanaise, des missiles et autres matériels sensibles destinés au Hezbollah. Les Israéliens détenaient des renseignements précis sur ces mouvements de matériels. Le ministre de la Défense Moshe Yaalon avait déjà pointé les trois lignes rouges à ne pas dépasser au front nord : le transfert d’armes au Hezbollah, l’utilisation d’armes chimiques et toute provocation contre la souveraineté israélienne.
Missiles Fateh-110

De nombreux responsables du Hezbollah et des hauts officiers de la Garde révolutionnaire iranienne ont été peu discrets en se vantant de l’acquisition de missiles sol-sol de pointe fournis par l’Iran. Ils faisaient allusion aux missiles Fateh-110. Il semble d’ores et déjà que certains missiles soient parvenus à la milice libanaise mais qu’il fallait tarir la source iranienne. Israël ne craint pas de réaction de la part de Bachar Al-Assad car, d’une part le Syrien tient à des relations pacifiques avec Israël dans la situation critique où il se trouve et d’autre part, parce qu’il sait qu’Israël ne le vise pas personnellement. Il n’a donc aucun intérêt à ouvrir un autre front. Le Hezbollah de son côté ne trouve aucune raison à réagir dès lors que l’attaque de Tsahal a eu lieu en territoire syrien, loin de ses bases.

Cependant un risque de représailles existe mais Tsahal a déjà pris des mesures sécuritaires au nord du pays et se prépare à un réchauffement du Golan à l’instigation des milices palestiniennes dévouées à l’Iran. Israël a hypothéqué ses relations avec la Russie mais les frappes aériennes représentent un avertissement. Il s’agit de faire comprendre à la Russie, qui a expédié par de gros avions de transport des systèmes de missiles sol-air SA-25 à la Syrie, que ce matériel ne doit en aucun cas parvenir à la milice libanaise et qu’Israël le détruirait avant qu’il ne parvienne à destination.
Un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que son gouvernement exige des explications d’Israël concernant l’attaque sur le territoire syrien. On voit mal comment Israël peut donner des explications à une attaque qu’il ne revendique pas : «Moscou est très préoccupé par cette évolution dangereuse et exige des explications». 
Mais la Russie ne semble pas vouloir envenimer la situation. Elle a d’ailleurs demandé l’aide des Américains et des Israéliens à la suite de l’invasion par les rebelles syriens de son plus grand centre de renseignements à Tel A-Hara. Cette base, située à la jonction des frontières de la Syrie, de Jordanie et d’Israël, était truffée de matériel très sophistiqué. Il semblerait que des systèmes de haute technologie soit tombés entre les mains des rebelles et aussitôt envoyés de Syrie vers Israël et les États-Unis pour analyse. Elle veut s’assurer que ce matériel n’est pas tombé entre les mains des Djihadistes.


2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Il est amusant - si on peut dire - de constater que la politique d'Israël vis-à-vis de la Russie et de l'Iran, est l'exact pendant de celle de Moscou vis-à-vis des Occidentaux que Poutine a fustigé la semaine dernière, les qualifiant d'"ennemis" et les assurant que la Russie possède une "armée moderne, redoutable, prête au combat", leur enlevant tout espoir d'acquérir une "suprématie militaire".

Avraham NATAF a dit…

L'Iran, ou son premier ministre joue le jeu pour faire sauter l’insupportable blocus économique. Cela n'a pas fonctionné et la prochaine date limite dira si l'Iran cherche la vrai négociation.