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mardi 16 décembre 2014

RECOMPOSITION DU PAYSAGE POLITIQUE ISRAÉLIEN



RECOMPOSITION  DU PAYSAGE POLITIQUE ISRAÉLIEN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
Netanyahou à la Knesset

          La décision de Benjamin Netanyahou  de dissoudre la Knesset pour appeler les Israéliens à de nouvelles élections, le 17 mars 2015, a réveillé les appétits politiques, les passions et les ambitions personnelles. Les rivalités internes au sein des partis se révèlent dans une inconscience totale de l’efficacité. Une recomposition est en cours en Israël qui va totalement modifier l’offre politique. Le calme politique apparent de ces derniers mois, en raison du soutien national autour du gouvernement pendant la guerre de Gaza, a masqué la fermentation des esprits. 





Le Cabinet israélien

          Le monde politique a retrouvé ses mauvaises habitudes pour aller à la curée d’un régime qui s’étiole en raison des dissensions d’une coalition hétéroclite qui a vécu. À droite comme à gauche, chacun veut sa part du gâteau dans la chute probable d’une icône, vieillie par un quart de siècle de présence politique, qui mène peut-être son dernier combat et son round de trop. Tous les hommes politiques sont à présent convaincus que leur tour est arrivé d’aller à la soupe.

Éclatement à droite

            HaBayit Hayehudi, le Foyer juif, parti nationaliste sioniste religieux, classé à l'extrême droite du spectre politique israélien pour son néo-sionisme avait été formé en 2008 par la fusion du Parti national religieux, du Moledet et du Tekouma. Les méthodes de son leader Naftali Bennett ont été jugées trop autoritaires pour lui faire confiance dans la désignation des candidats de 2015. En effet dans la liste pour les élections de 2009, les cinq premières places avaient été réservées à d’ex-membres du Parti national religieux. Uri Ariel de Tekouma était la seule exception à la troisième place.
Uri Ariel

Mais Moledet et Tkuma, voyant leur espace se rétrécir ont décidé de rejoindre l'Union nationale, Ihoud Leumi,  alliance nationaliste d'extrême-droite qui milite en faveur du Grand Israël en prônant l'annexion des territoires de Cisjordanie. Ces deux micros-partis estiment qu’ils ont été pour beaucoup dans les sondages très prometteurs de HaBayit Hayehudi. Avec Uri Ariel, ils exigeaient donc six places éligibles sur la liste de 2015, sans rapport avec les primaires dans lesquelles les adhérents décident de l’ordre des candidats. La scission prévisible du parti aurait pour conséquence d’affaiblir la formation qui risque de pâtir de ces défections en entraînant une baisse dans les sondages qui lui attribuaient la troisième place avec 15 députés.   
Yoni Chetboun

Un malheur ne venant pas tout seul, le député Yoni Chetboun, s’estime relégué à une place jugée secondaire alors qu’il n’a cessé de travailler pour le parti en draguant les communautés francophones, orphelines d’un leader charismatique. Il craint d’être mal placé dans les nouvelles listes décidées par Bennett et il a préféré prendre les devants en créant sa propre formation politique. Il est certain d’amener à lui les immigrés originaires de France qui l’ont adoubé.  

Scission chez les orthodoxes
Elie Yshaï et Arie Dhery

Au parti ultra-orthodoxe séfarade Shass, les relations étaient très tendues entre les deux leaders, Arie Dhery et Elie Yshaï, depuis que le Guide suprême, feu Ovadia Yossef, avait exigé de donner les clefs du parti à Arie Dhery, à sa sortie de prison. Le feu couvait entre eux depuis plusieurs mois mais Elie Yshaï avait accepté la discipline du parti sauf que sa récente mise à l’écart dans la constitution de la liste des candidats l’a convaincu que sa place n’était plus au Shass. Il n’y faisait plus fonction que de figurant rejeté par les instances politiques et religieuses du parti. 
Limogé par Arie Dhery sous prétexte d’une décision du Conseil des Sages de la Torah, il a décidé de se joindre à Yoni Chetboun pour créer une nouvelle formation politico-religieuse dont on ignore à cet instant le nom et le programme mais qui se donne déjà une image séfarade. Comme l’a écrit l’ancien ambassadeur Arie Avidor : «L'orthodoxie antisioniste alliée au nationalisme annexionniste, tout un programme !»
Mais en dernière nouvelle, Elie Yshaï et Yoni Chetboun, qui mesurent le risque d’une échappée solitaire, envisagent à présent de rejoindre le ministre Ouri Ariel, président de Tekouma, qui a décidé de quitter le parti de Bennett. Cette nouvelle formation pourrait recueillir sept sièges à la Knesset en émiettant encore plus le spectre politique de l’assemblée.

Recomposition du centre-droit
Kahlon et Netanyahou

L’ancien ministre Moshé Kahlon, transfuges du Likoud, vient de créer son parti Kulanu, nous tous, où il se donne les pleins pouvoirs pour deux cycles électoraux dans une démarche peu démocratique. Seul candidat au poste de premier ministre, il ne peut être remplacé à la tête du parti et il s’est accordé le pouvoir exclusif de définir la liste des candidats, de distribuer le cas échéant les postes ministériels et les nominations au sein du parti. Il veut  «créer un horizon diplomatique à la sécurité pour Israël à travers l'action sans compromis pour protéger la sécurité des citoyens d'Israël, tout en aspirant à parvenir à un accord de paix avec nos voisins». Il avait exprimé sa sensibilité de gauche au sein du Likoud. Il veut s'inspirer du programme de Menahem Begin, arrivé au pouvoir en 1977, grâce aux voix des défavorisés séfarades.

À gauche, une liste commune constituée par le travailliste Isaac Herzog et la centriste de Hatnoua, Tzipi Livni, pourrait conduire à la création de la plus grande entité politique à la Knesset 2015 avec 24 députés qui peuvent constituer une menace sérieuse pour Netanyahou. On croyait le parti travailliste mort et enterré mais il renaît de ses cendres  alors qu'on ne donnait pas cher pour l'avenir de son leader peu charismatique. Mais cette place de premier ne semble pas modifier la stratégie de Bennette et de Netanyahou. La député Ayelet Shaked du Foyer juif a démenti les affirmations selon lesquelles son parti aurait des plans pour faire une liste commune avec le Likoud.

La rupture est consommée entre Netanyahou et Lieberman qui n'a jamais caché son désir d'être premier ministre. Il pense qu’il peut détrôner Netanyahou et que les élections étaient à portée de main s’il se déplaçait vers le centre. Il sait qu’il peut représenter l'aile droite d'une coalition centriste et une caution sécuritaire pour la gauche. Il n’exclut pas la possibilité de se joindre, après les élections, à une coalition dirigée par Herzog-Livni. Il se justifie parce qu'il s’est dit «très déçu par les réactions hystériques du Likoud qui conviennent davantage à un parti comme HaBayit Hayehudi formé par des gens hystériques. Toute personne qui voudra travailler avec moi trouvera une oreille attentive».

Les manœuvres ne sont pas terminées et d’autres surprises peuvent intervenir dans le contexte TSN du Tous sauf Netanyahou. La recomposition du paysage politique israélien est en marche, certainement vers de nouvelles impasses si des petits partis viennent à émerger pour briser les deux blocs droite-gauche qui se profilaient. L’électeur, s’il peut choisir dans le calme et la sérénité, arbitrera en dernier ressort mais tout est ouvert car les dirigeants des partis sont des experts en retournement de situation.  



4 commentaires:

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

En arabe littéraire on dit "Oy a brokh"

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Votre article m'a remis en mémoire cette anecdote qui se situe dans les années 50 à la Faculté de Droit de Nice. Alors qu'un professeur essayait, sans y parvenir, de débroussailler une notion particulièrement compliquée, voilà - qu'à la stupeur générale - un étudiant se lève tout droit à sa place et scande d'un voix forte, en détachant les syllabes : "Le mer-dier !" et se rasseoit.

andre a dit…

Système electoral : proportionnelle intégrale !
Ce qui se passe est logique : chacun veut être élu, faire élire ceux qui le soutiennent, devenir incontournable pour un poste de ministre ou espérer devenir le prochain Premier ministre et conduire la coalition.
Cette fièvre, ces manœuvres sont, pour moi, le signe que la démocratie israelienne est vivante. Les électeurs feront le tri et enverront à la Knesset ceux qu'ils veulent voir diriger le pays.
Tout va bien, camarades!

AMMONRUSQ a dit…

Je trouve que ce bazar n'est pas mal et je comprend un peu les élections !