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mercredi 2 octobre 2013

GENEVE II : UNE OPPOSITION SYRIENNE AUX CONTOURS DOUTEUX



GENEVE II : UNE OPPOSITION SYRIENNE AUX CONTOURS DOUTEUX

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
             
Coalition nationale

          L’opposition syrienne regroupée dans une Coalition nationale se prépare à participer à mi-novembre à la future conférence internationale, dite Genève II, pour une transition politique en Syrie. Le président Bachar Al-Assad  dénie déjà tout rôle à l'Europe dans ce processus : «Franchement, la plupart des pays européens n'ont pas la capacité de jouer un rôle dans Genève II, car ils ne possèdent pas les atouts nécessaires pour réussir dans ce rôle». Cela lui a valu immédiatement quelques flèches acerbes de la part de Laurent Fabius : «Bachar al-Assad raconte ce qu'il veut. On doit l'entendre comme un criminel contre l'humanité, responsable de plus de 100.000 morts et qui a fait gazer 1.500 personnes de sa population».



Affaire russo-américaine
Première conférence de Genève


La conférence Genève II était à l’origine une affaire russo-américaine mais la France a tout fait pour s’y associer sous prétexte qu’elle est membre permanent du Conseil de sécurité. Laurent Fabius a d’entrée de jeu posé le principe d’une restriction en ce qui concerne les participants : «nous voulons trouver un accord entre des représentants du régime et l'opposition modérée pour que ce ne soient pas les terroristes, les extrémistes, al-Qaïda qui tirent les marrons du feu».  

Mais il est cependant difficile de voir le contour précis de cette opposition composée de multitudes de clans et de factions, ayant tous des intérêts divergents et des idéologies opposées. Il est difficile de considérer l’opposition syrienne comme une entité sérieuse  monolithique puisqu’elle se subdivise en plusieurs organisations.

Structures autonomes
L'ASL en 2012


            L’ASL (Armée Syrienne Libre) a été la première structure qui s’est opposée les armes à la main contre le régime syrien, mais elle a été vite débordée. Constituée de bric et de broc de déserteurs de l’armée, de musulmans, de chrétiens et d’alaouites, elle s’était donnée comme fondement le rétablissement de la démocratie et de la laïcité en Syrie. Le général Sélim Idriss, installé en Turquie, commande depuis sa création les 20.000 combattants de l’ASL.

Mais les différents groupes qui l’ont rejointe ont dénaturé son combat en créant le doute parmi ceux qui l’ont soutenue dès le départ à l’instar des Américains, des Européens et des Saoudiens. Mais l’ASL a succombé elle-aussi à la division puisqu’elle comprend à présent deux entités de 10.000 hommes, Ahfad al-Rassoul et Jabhat Ahrar Syria. Cette division l’a affaiblie sous les coups des djihadistes radicaux entrainant une hésitation des Européens à la financer et à l’armer de crainte que l’arsenal ne tombe entre des mains extrémistes.

            Par ailleurs, l’ASL n’a jamais réussi à s’imposer comme interlocuteur unique parce qu’elle a laissé se développer une multitude de comités locaux, agissant pour leur compte, trop peu armés pour participer aux combats et se contentant de régner localement en survivant grâce à un financement occulte distribué avec parcimonie.



Islamistes


Islamistes de Liwa Al-tawid


            L’erreur capitale de l’ASL est de n’avoir pas su prévoir que des islamistes de tous bords allaient polluer l’opposition avec pour seul objectif de faire tomber le régime de Damas pour y instaurer une république islamique. À Alep, le groupe Liwa al-Tawid, proche des Frères musulmans, aligne 10.000 hommes tandis qu’à Idlib, banlieue de Damas,  deux groupes  Liwa al-Islam et Suqqur al-Sham préparent l’avènement du califat.

            La région de Homs et de Rastan est gérée par la brigade Farouk, composée de milliers de salafistes dits «modérés» réunis au sein du FILS (Front islamique pour la libération de la Syrie). Ils sont financés par le Qatar  et en partie par la Turquie et désavouent la coalition nationale de l’opposition éliminant toute possibilité de négociations. 
Jabhat al-Nosra

            De leur côté, les djihadistes radicaux veulent revenir au califat omeyyade, qu’ils considèrent comme l’âge d’or de l’islam, en imposant la charia, seule loi acceptable à leurs yeux et en combattant à la fois les chrétiens et les chiites mis sur le même plan. Ils se sont réunis sous le FIS (Front islamique de Syrie) avec plus de 20.000 combattants constitués en plusieurs mouvances dispersées sur plusieurs régions : Ahrar al-Cham à Homs, Idlib, Lattaquié et Alep et le groupe Jabhat al-Nosra. Ils ont intégré de nombreux combattants étrangers venus d’Europe et du Maghreb, à l’exception des chiites et des alaouites. Ils sont financés par les pays du Golfe, les Koweïtiens et les Saoudiens.

           Les djihadistes d’obédience internationale sont les terroristes affiliés officiellement à Al-Qaeda sous deux appellations : Jan (Jabhat al-Nosra) et EIIL (l’État islamique d’Irak et du Levant). Ils utilisent la Syrie comme base opérationnelle mondiale pour étendre le combat vers l’Occident et les monarchies du Golfe. Leurs techniques de combat à base d’attentats suicides et de voitures piégées sont connues. Ils excellent sur le terrain grâce à des combattants étrangers cruels, aguerris sur d’autres fronts, les Tchétchènes, les Irakiens, les Afghans et les Libyens. Ils sont financés par les pays du Golfe qui leur ont permis d’acquérir un arsenal important les mettant en première position de force dans l’opposition.
Combattantes kurdes en Syrie

            Enfin quelques combattants kurdes du PKK et du Pejak ont rejoint l’opposition syrienne mais ils roulent essentiellement pour eux. D’inspiration marxiste, ils s’engagent dans le combat pour obtenir une autonomie kurde au nord-ouest de la Syrie et pour verrouiller leur région afin d’interdire l’accès aux rebelles.



Nébuleuse de formations hétéroclites


Le porte-parole de la coalition nationale Khalid Saleh


            Cette nébuleuse de formations hétéroclites rebelles tend à démontrer que Genève II risque certainement l’échec. Il y a trop d’influence étrangère et d’intérêts claniques pour trouver un consensus entre des rebelles totalement opposés dans leurs soutiens, dans leur idéologie et dans leurs méthodes. L’Europe et les États-Unis n’ont pas saisi cette situation qui les a poussés à vouloir à tout prix une frappe militaire qui aurait ouvert le pouvoir à des radicaux uniquement intéressés par la déstabilisation du Proche-Orient.

On voit mal, par quel miracle, des combattants qui se détestent et s’entretuent vont pouvoir s’entendre sur le régime qui devra se substituer au régime de Bachar Al-Assad. Sauf à vouloir signer un protocole d’accord alibi, avec les seuls représentants de l’ASL, les décisions de Genève II deviendront vite obsolètes avant d'avoir été appliquées. Cela prouve que Bachar Al-Assad dispose encore devant lui de plusieurs années de dictature sanglante qui ramèneront la Syrie au temps du Moyen-âge ou des Omeyyades.   

4 commentaires:

Jean Smia a dit…

Depuis 1970, donc depuis 43 ans, la Syrie vit sous le régime du parti unique : Le Baas, dirigé par un Assad.
Aujourd'hui on entend des naïfs qui affirment qu'il suffit de dégager Assad pour voir s'y instaurer une démocratie.
Comme si la démocratie était une structure naturelle que Bachar empêcherait de fleurir. Alors que chaque homme politique sait parfaitement qu'en préalable à toute démocratie, il faut d'abord des structures, des assemblées élues et une constitution, on entend M. Fabius se joindre aux piaillements de ces bobos bornés.
Un pays qui est gouverné par une dictature depuis si longtemps ne peut être gouverné que par une dictature de transition, car il n'existe aucune autre structure ou système administratif qui permette de gérer autrement le pays.
C'est cette nouvelle dictature qui peut ordonner la création de structures démocratiques. Comme on le voit en Égypte où l'armée tente d'instaurer des structures démocratiques et une constitution, afin qu'une véritable démocratie puisse s'installer.
Dans tous les pays sans structures démocratiques, la transition entre dictature et démocratie ne peut se faire qu'à travers une nouvelle dictature.
Or, aujourd'hui, en Syrie, aucun des groupuscules belligérants ne porte l'espoir de démocratie pour les Syriens. Bien au contraire, Monsieur Fabius semble ignorer que la majorité des belligérants prônent l’avènement de la Charia.
Sauf à croire que la Charia protégera mieux les minorités Syriennes que ne l'ont fait les Assad depuis 40 ans, les prises de positions de monsieur Fabius sont bien aventureuses.
D'autre part, de quels moyens Monsieur Fabius dispose-t-il pour empêcher le génocide des civils Alaouites, une fois Bachar éliminé ? Ils ne sont que deux millions.

akoun a dit…

l'Europe est inexistante dans cette affaire. Seule la france essaie de s'imposeret d'interférer dans le face à face Us Russie qui fait la part belle à Assad et qui est dominé par Poutine

corto74 a dit…

l'ASL est-elle crédible et légitime aujourd'hui alors qu'elle vient d'imploser ? Même question pour le CNS ? Si je peux me permettre, en complément:

http://corto74.blogspot.fr/2013/09/syrie-lonu-est-ravie-bachar-el-assad.html

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Le 16 septembre dernier paraissait dans Le Figaro, un entretien avec Domenico Quirico, journaliste italien, envoyé spécial de La Stampa au Moyen-Orient et retenu en otage pendant cinq mois par les opposants à Bachar el-Assad.
A la question : " Q'avez-vous compris de la révolution syrienne ?", il répond : "Il n'y a plus de révolutionnaires mais seulement des milices féroces, en pleine débandade. La révolution a perdu son honneur. Sur le terrain l'ASL n'existe plus. Elle s'est évporée...seuls les djihadistes sont restés pour organiser la résistance. Ils se préparent à conquérir le pays quand Assad aura été éliminé, puis ils se lanceront à la conquête des pays voisins et du Maghreb. Leurs alliés du moment, en Syrie, ne sont que des hyènesqui, sous un vernis d'islamisme révolutionnaire, se livrent à mille trafics séquestrent, rançonnent, s'emparent des maisons et des vies..."
Avec de pareils partenaires je souhaite bien du plaisir aux participants de cette conférence.

Très cordialement.