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jeudi 31 octobre 2013

LA TROISIÈME INTIFADA N’AURA PAS LIEU




LA TROISIÈME INTIFADA N’AURA PAS LIEU


Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Libération de prisonniers palestiniens

On peut accuser Benjamin Netanyahou de tous les défauts mais certainement pas de brader la sécurité du pays ni d’être un piètre politique. Il vit la politique comme d’autres vivent leur passion. C’est peut-être un illusionniste capable de jouer avec les cartes politiques mais il prouve souvent qu’il sait être pragmatique quand l’intérêt du pays l’exige. 





Grogne des ministres et députés



Il a dû faire face à la grogne de certains membres de son gouvernement et de députés de son propre parti, le Likoud. Les avis étaient très partagés sur l’opportunité de la libération des 26 prisonniers palestiniens sans contrepartie immédiate et tangible. Certains jugements à son encontre étaient sans appel. 

Miri Regev
La députée Miri Regev, ancienne général de Tsahal et ancienne porte-parole de l’armée, estime que la libération de prisonniers était un «aveu de faiblesse» et qu’elle aurait plutôt préféré un gel de la construction dans les implantations. En écho, la députée Shuli Moalem de Habayit Hayehudi, le parti sioniste religieux de Naftali Bennett, est en revanche pessimiste sur l’avenir : «L'actuel processus mènera à rien mais à la terreur» car la libération de prisonniers risque d’entrainer une augmentation des attaques terroristes en Cisjordanie.
Shuli Moalem

            L’argumentation du gouvernement consiste à affirmer que les prisonniers libérés ont été emprisonnés en raison de crimes commis avant les accords d'Oslo de 1993 qui ont donné de nouvelles responsabilités aux dirigeants palestiniens et institué une collaboration étroite entre les deux services sécuritaires. Certains palestiniens étaient en prison depuis 1985, soit depuis 28 ans. Aucun prisonnier libéré n’a effectué moins de 19 ans d’emprisonnement. Sauf à instituer la peine de mort en Israël, le gouvernement estime qu’il est inconcevable, sur un plan de pure humanité et sans minimiser l’horreur des crimes de sang commis, de ne pas donner un infime espoir à ceux qui croupissent dans l’enfermement.



Double stratégie





            Mais le premier ministre israélien a surtout choisi une stratégie politique qui le protège doublement. D’une part vis-à-vis des Occidentaux, et des Américains en particulier, il démontre qu’il tient à poursuivre les négociations de paix et qu’il sait respecter ses engagements même lorsque certains incidents sont sciemment provoqués par ceux qui ont intérêt à saboter les relations israélo-palestiniennes. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si des roquettes ont été lancés depuis Gaza sur le sud d’Israël, quelques heures seulement après la publication du nom des prisonniers libérés. L’aviation israélienne a riposté en détruisant deux lance-roquettes dans le nord de Gaza mais la procédure de libération n’a pas été enrayée.

            En grand stratège, Benjamin Netanyahou a surtout voulu étouffer dans l’œuf toute velléité de reprise des manifestions palestiniennes contre l’armée qui auraient pu dégénérer en troisième Intifada. En procédant aux libérations par étapes, espacées de quelques mois, Israël retarde d’autant les hostilités en maintenant une épée de Damoclès sur les libérations planifiées pour les mois à venir. Même si de nombreux palestiniens déçus estiment, en ces jours commémorant la deuxième Intifada déclenchée en septembre 2000, que les accords d’Oslo ne sont qu’illusion, ils ne sont pas prêts à relancer les hostilités alors qu'ils subissent la pression des familles de prisonniers. 
Retour des prisonniers

Les quelques affrontements sporadiques entre l’armée et de jeunes Palestiniens soulignent certes l’absence de perspectives mais ne suffisent pas à convaincre les dirigeants à recourir à un soulèvement. Aucune Intifada ne peut être lancée alors que règne la division dans le camp adverse. Les Palestiniens ne sont pas unis et ne disposent d'aucun projet national, choisi par le peuple et non par ses dirigeants souvent discrédités. Par ailleurs l’absence de continuité géographique en Cisjordanie, volontairement entretenue par les Israéliens, s’oppose à une action concertée et réaliste.



Action non violente



            Pour ces raisons, il semble certain aujourd’hui que les Palestiniens n'envisagent plus d'affrontement militaire avec l’armée, ou avec les Israéliens des implantations, parce qu’ils sont conscients de leur état d’infériorité qui les conduirait à un suicide. Benjamin Netanyahou le sait et c’est pourquoi il ne veut pas abuser de sa situation de force et préfère offrir régulièrement des gages sous forme de libérations de prisonniers. Il ne reste aux Palestiniens que deux seules autres voies pour parvenir à un projet d’indépendance : Les négociations de paix ou la résistance non violente incluant le recours aux Nations-Unis. 

            Gaza et la Cisjordanie ne peuvent avoir de stratégie politique ou militaire commune. Le Hamas a des relations tendues avec le nouveau pouvoir militaire égyptien. Il devient prudent car l’ouverture du passage de Rafah est une nécessité tandis que la destruction des tunnels une menace vitale. Paradoxalement, l’approvisionnement lui vient d’Israël grâce aux 400 camions qui traversent la frontière tous les jours. Il ne peut pas se permettre d’ajouter la guerre à une situation dramatique d’une population en crise.

En Cisjordanie, le président Mahmoud Abbas joue le jeu, contraint et forcé, bien qu’il ne se fasse aucune illusion sur l’issue des négociations. Mais il n’est pas prêt à les saboter par une militarisation d’une Intifada. Alors de nombreux comités populaires d’activistes se forment pour s’opposer à Israël sous une forme non violente, à travers des actions pacifiques. 
Burnat et Davidi

Il en est ainsi de «Cinq caméras brisées» qui est, selon les critiques, non seulement un très beau film, nominé aux Oscars 2013, mais un véritable coup de fouet pour le spectateur qui s’immisce dans la réalité de la vie quotidienne palestinienne. Le film a été conjointement réalisé par  Emad Burnat, 41 ans, habitant du village de Bil’in en Cisjordanie et Guy Davidi, 34 ans,  cinéaste israélien né à Jaffa.

Mais les actions de ces comités sont diffuses, sans soutien officiel, sans soutien populaire large, et axées sur des projets qui s’opposent sur fond d’intérêts personnels et de réalisations opposées conçues sans concertation. Il n’existe par ailleurs aucune coordination entre eux parce qu’il n’y a pas de personnalité charismatique palestinienne à leur tête.

La division effective du peuple palestinien ne permet pas de déclencher une troisième Intifada car l’organisation de la révolte impose une réunification de toutes les forces en présence qui existait effectivement en 1987 et en 2000 à l’occasion des autres Intifada. Les Palestiniens avaient alors créé un Commandement Unifié de l'Intifada qui imposait les actions à entreprendre et qui les gérait avec efficacité. Aujourd’hui la résistance devient individuelle, avec un impact très limité.

C’est pourquoi la politique de Benjamin Netanyahou consiste à lâcher du lest de temps en temps pour éviter une réunification des forces palestiniennes sur le terrain, seule condition pour organiser un soulèvement. C’est ce que les jeunes loups politiques israéliens n’ont pas encore compris par manque d’expérience parce qu’il leur manque les quelques années de combat politique du premier ministre. 
Constructions dans les territoires

Il sait donner parfois pour recevoir plus sous une autre forme politique. Ainsi, selon la radio militaire, Israël va construire 1.500 logements dans le quartier de Ramat Shlomo à Jérusalem-Est. Cette annonce, survient juste après la libération par Israël des 26 prisonniers palestiniens. C'est du donnant donnant. 

4 commentaires:

kravi a dit…

" 5 Caméras brisées " un très beau film ? Je crains que vos espoirs de paix ne vous fasse quitter toute objectivité pour accepter les thèses propagandistes les plus éhontées.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@KRAVI

Je n'ai pas vu le film mais je me suis appuyé sur sa nomination aux Oscars 2013 et sur les critiques positives qui doivent s'expliquer par le fait que les deux réalisateurs sont israélien et palestinien.

Je suis sûr que les spectateurs se feront leur propre idée et nous communiqueront leurs impressions. Le site est toujours ouvert.

Jacques BENILLOUCHE a dit…


Sans préjuger du contenu, le film a été présenté à l'International Documentary Film Festival Amsterdam 2011, où il a reçu le Prix du public et le Prix spécial du jury, ainsi qu'au Festival de Sundance 2012, où il a remporté le Prix du meilleur réalisateur international.

Il est également nommé à l'Oscar du meilleur film documentaire en 2013.

kravi a dit…

Alors que ces jours-ci, le soir même, les autres chaînes de télévision françaises nous expliquent, à grand renfort de psychologues, politologues et autres spécialistes, que le terrorisme islamiste anti-juif est alimenté par le conflit israélo-palestinien, la chaîne France 5, à 20 heures 35, commet la diffusion d’un « documentaire » de propagande du plus bas niveau « 5 cameras brisées » serait un reportage filmé par un habitant de Bi’lin, un Palestinien de Cisjordanie.

Aucun film de propagande ne peut être plus habile, plus mensonger, plus dangereux.

L’angélisme dans la présentation, la voix douce et triste de l’auteur (de sa doublure en français), les symboles faciles tels ce petit garçon, fils de l’auteur, offrant un rameau d’olivier à un soldat israélien, les oliviers en flammes, sans que l’on sache qui a mis le feu, la violence à sens unique, et bien sûr, l’inévitable caution de quelques Israéliens d’ultra-gauche venus manifester, font de ce film une action de propagande extrêmement dangereuse.

Plus dangereux encore, le pseudo débat qui suivit. Le dictionnaire propose pour le terme débat :examen d’un problème entre personnes d’avis différents. Mais les avis n’étaient PAS différents. La « journaliste » Carole Gaessler semblait indignée contre Israël comme si elle découvrait à travers le film, un conflit de 64 ans, comme si elle gobait, pour le faire gober au public, la perversité des images et des mots, ne manquant pas de prononcer ces termes qui marquent la mémoire : « le mur de la honte », « les colons ». Les intervenants, grinçaient d’une même voix (Alexandre Adler expliquera sans doute son étrange silence), ils fustigeaient mais jamais n’expliquaient, c’était la vision infantile et ignorante du combat des « victimes » contre les « bourreaux ».

En un temps ou, plus que jamais, s’imposent des explications historiques, géopolitiques, qui seules permettraient la réflexion du téléspectateur, quel mépris du public ! Mais surtout quel danger, dans ces temps de haine contre la communauté juive, quelle responsabilité si demain un autre Mohamed Merah…..

Ces réflexions sont adressées ce jour à Madame Carole Gaessler, à Monsieur le Directeur de la chaîne France 5, à Monsieur Président-Directeur Général de France Télévisions.

Laurence Nguyen