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vendredi 18 octobre 2013

A LA KNESSET NETANYAHOU ÉLUDE LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES



A LA KNESSET NETANYAHOU ÉLUDE LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps

Ouverture de la Knesset

La nouvelle session de la Knesset s’est ouverte le 14 octobre 2013 sur une impression de déjà vue. Le premier ministre Benjamin Netanyahou a récité son discours plat tandis que la chef de l’opposition, la travailliste Shelly Yacimovich,  a détaillé quelques critiques convenues. Mais tous les deux ont éludé les vrais problèmes économiques.




Problèmes économiques éludés


Rien de nouveau à l’horizon sur les négociations avec les palestiniens mais cela semble normal puisque les Américains ont imposé le secret absolu dans l’intérêt des deux parties. Ensuite la place a été faite au nucléaire iranien dans un discours convenu, déjà entendu à l’Assemblée de l’ONU, qui se situe à l’opposé de la stratégie américaine faite de dialogue et de renoncements. Soit. 

Mais deux problèmes de taille ont été presque passés sous silence alors qu’il était de la responsabilité de l’opposition de manifester sa grogne face aux licenciements prévus à Teva Pharmaceutical Industries et à la raffinerie de Bazan. 

Teva, entreprise pharmaceutique israélienne spécialisée dans les médicaments génériques et dans les composants actifs, est  l’une des 25 plus grandes entreprises pharmaceutiques au monde. Ces mesures sociales apportent un autre éclairage sur la santé économique du pays mais ces décisions économiques prouvent à l’évidence qu’Israël est devenu un pays comme les autres, ultra libéral. Le gouvernement, et surtout son ministre des finances, le centriste Yaïr Lapid,  n’ont plus leur mot à dire face à des dirigeants d’entreprises israéliennes qui n’ont plus de fibre nationaliste.

800 salariés de Teva sur 7.400 seront licenciés en Israël alors que la multinationale réalise d’énormes bénéfices tout en étant financée par des fonds publics. Le PDG Jeremy Levine ne semble pas perturbé outre mesure par des mesures qui touchent ses concitoyens alors qu’il aurait pu faire preuve d’exception en ne touchant pas aux salariés israéliens de son entreprise. Pourtant Teva est l’exemple même d’une entreprise qui a réussi. En effet, dans la jungle économique internationale, il est difficile d’ignorer les 14 milliards de dollars de bénéfices réalisés entre 2003 et 2012 pour sa seule activité en Israël. 


Aides économiques aux entreprises
Yaïr Lapid


Mais la colère des Israéliens est suscitée par l’aide fiscale consentie par l’État d’Israël à l’entreprise, entre 2006 et 2011, pour un montant de 3,4 milliards de dollars sans contrepartie sociale évidente. Le taux moyen israélien de perception de l’impôt sur les sociétés est de 25 % et il est prévu d’abaisser ce taux à 18% en 2016. Mais Teva ne paie pourtant, par dérogation, que 5,5% d’impôt sur les bénéfices, soit une économie de 2,7 milliards de dollars qui auraient pu servir, au moins, à maintenir les emplois locaux.

Ces avantages fiscaux ne sont normalement attribués que pour favoriser l’emploi en Israël mais la décision de la direction de l’entreprise semble sans appel alors qu’il était du devoir du ministre des finances, Yaïr Lapid, de frapper du poing sur la table et même de menacer l’entreprise de représailles. Il avait seriné dans tous ses discours de campagne électorale qu’il était pour la justice sociale et pour une meilleure répartition des profits du pays. Or ses actes ne semblent pas pour l’instant en accord avec ses convictions et la critique la plus courante qui lui est faite est d’être sorti des radars politiques des médias. 
Le premier ministre a certes éludé cette question économique mais la responsable travailliste s’est montrée peu pugnace face à un problème qui concerne en priorité ses électeurs. Elle a donné l’impression que seuls les problèmes de politique l’intéressaient.
Yossef Shapira

Le contrôleur de l’État, Yossef Shapira,  vient d’ailleurs de dénoncer dans son rapport la politique fiscale du gouvernement. Seul au gouvernement, le ministre Naftali Bennett prend le parti des entreprises en prônant d’offrir d’importants avantages fiscaux aux investisseurs étrangers pour les amener en Israël. Mais il laisse sous silence la contrepartie nécessaire pour justifier les cadeaux fiscaux : «il est bon pour Israël de donner d'importants avantages fiscaux aux grandes entreprises étrangères qui viennent en Israël. Même s’ils paient moins d'impôts  en opérant en Israël, les investisseurs étrangers continuent de créer des emplois pour les Israéliens et paient des impôts secondaires comme les taxes municipales et des biens». Le cas de Teva est flagrant comme exemple de cadeaux fiscaux sans retour. 



Raffinerie en danger
Raffinerie Bazan



L’autre problème d’actualité concerne la raffinerie Bazan, Oil Refineries Ltd. ORL, l'un des plus grands groupes énergétiques de raffinage du pétrole d'Israël et complexe pétrochimique basé à Haïfa au nord d’Israël,  est parmi les raffineries les plus importantes et les plus complexes de la région de la Méditerranée orientale. Le groupe est contrôlé par la famille Ofer.

Juste quelques jours après l'annonce du licenciement collectif de Teva, la raffinerie Bazan a annoncé le licenciement de 240 salariés sur 1.500 à la suite de lourdes pertes. La société a connu une période difficile récemment, après avoir perdu 167 millions de dollars en 2012 et  24,5 millions de dollars en 2011. Ces pertes sont dues à un retard de trois ans dans la production de gaz naturel à partir du forage israélien dans la mer Méditerranée. Les dettes financières ont atteint 2,1 milliards de dollars à fin juin 2013.  

Si certes la situation de Bazan ne peut être comparée à celle de Teva, il s’agit cependant d’une activité stratégique pour le pays puisque le raffinage permet à Israël une indépendance énergétique. Au nom de la sécurité d'Israël, la société doit être aidée au même titre que Teva. Mais les lois économiques ne peuvent pas s’encombrer de critères politiques.



Économie prospère

Gouvernement à la Knesset



Il est donc étonnant que pour son discours à la séance d’ouverture de la session de la Knesset, Benjamin Netanyahou n’ait pas abordé les questions sociales et économiques avec les députés, représentants de la nation. On en vient à regretter le temps où Tsipi Livni, leader de l’opposition, lançait sans cesse ses critiques acerbes contre le programme du gouvernement. 

L’opposition actuelle est atone et, elle-aussi, sans vision réaliste sur l’avenir. Une véritable erreur de casting a mis la journaliste Shelly Yacimovich à la tête des travaillistes. Mais il faut reconnaitre à son actif qu’elle a été la seule dirigeante politique à s’être engagée pour les 800 licenciés de Teva, dans l’indifférence totale de ses collègues et face au mépris du premier ministre.
Shelly Yacimovich

Netanyahou surfe donc sur la faiblesse d’une opposition dont l’une des deux composantes, le parti ultra-orthodoxe Shass, cherche à surmonter ses querelles internes après la mort de son Guide suprême, pour continuer à exister au-delà de ses primaires prévues le 14 novembre.

Mais le paradoxe de cette situation économique en Israël tient dans l’annonce par la Banque d’Israël que ses réserves en devises ont atteint le niveau record de 79,9 milliards de dollars. Pour le seul mois de septembre 2013, les réserves ont augmenté de 1,38 milliard. D’ailleurs la Banque d’Israël ne cesse d’acheter du dollar, tous les jours, pour maintenir le cours de la devise américaine et pour compenser les effets de la production de gaz naturel sur le taux de change. 

La devise du pays, le shekel, est forte, mais elle n’influe pas sur les décisions du gouvernement et sur son rôle à lutter contre le chômage même si celui-ci est faible, à 6,1%. C’est le propre des gouvernements libéraux qui alignent leur politique économique sur celle des États-Unis.


Pauvreté flagrante

SDF religieux à Jérusalem



Il ne faut pas se voiler la face devant la réussite insolente de l'économie d'Israël qui masque les réelles difficultés de populations dans la détresse qui vivent ailleurs que dans la bulle de Tel-Aviv, la prospère. L’OCDE a publié des chiffres alarmants précisant que 21% des Israéliens étaient pauvres, presque autant qu’en Grèce, en Espagne et en Irlande. Elle prévoit que 31% d'entre eux risquent de tomber dans la pauvreté dans l’année courante. Les deux groupes de populations les plus pauvres sont les juifs ultraorthodoxes et les Arabes israéliens. Ces chiffres ne sont pas surprenants. 

De nombreux rapports ont montré qu'Israël possède l'un des taux de pauvreté les plus élevés de l'OCDE. La qualification de pauvre est donnée aux ménages dont le revenu par personne est inférieur à 3.450 shekels (735 euros). Mais le plus grave concerne 40% des enfants en danger immédiat de tomber dans la pauvreté, comparativement à la moyenne OCDE qui s’établit à 20%. Ce n'est plus une question de positionnement politique de droite ou de gauche mais de bon sens, de réalité économique et de solidarité nationale. La pauvreté des enfants n'est ni de droite et ni de gauche.
Karnit Flug

 Et pendant ce temps, Netanyahou et Lapid ne parviennent pas s’entendre sur le nom du remplaçant de Stanley Fischer à la tête de la Banque d’Israël, quatre mois après son départ. Ils n’arrivent pas en fait à corriger la maladresse qu’ils ont commise en ne nommant pas au poste son adjointe,  Karnit Flug, qui le méritait mais surtout qui avait les compétences exigées sans les défauts des hommes politiques et qui a certainement été victime du machisme gouvernemental. Par dépit, elle a démissionné de son poste à la banque mais consciencieusement, elle a accepté d’assurer l’intérim jusqu’à l’arrivée du successeur. Il est certain qu’elle ne sera pas perdue pour tout le monde et que de nombreuses institutions financières privées sauront exploiter l’expérience qu’elle a acquise durant des dizaines d'années au sein de la Banque d’Israël. Ne s’improvise pas ministre des finances qui veut !

 

1 commentaire:

spira a dit…

La seule statistique valable serait d'avoir le taux de pauvreté ex Haredim et Arabes. Ceux-là n'étant soit pas formés, soit inintégrables dans une économie moderne, soit ne voulant rien faire d'autre qu'étudier n'ont pas vocation à être intégrés pour calculer un taux de pauvreté et en tirer des conclusions.