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lundi 6 avril 2015

IRAN : TROIS MOIS POUR INFLÉCHIR LES TERMES DE L’ACCORD



IRAN : TROIS MOIS POUR INFLÉCHIR LES TERMES DE L’ACCORD

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Les Iraniens à Lausanne

L’accord avec l’Iran n’est pas encore signé. Il ne s’agit que d’un projet devant se finaliser en juin. D’ici là, rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’il sera ratifié en l’état.  Benjamin Netanyahou dispose encore d’arguments pour infléchir, avec ses amis républicains du Congrès, certaines clauses critiques. Le problème est que jusqu’à présent aucun dialogue direct n’a été établi entre Obama et Netanyahou alors que le premier ministre a tout fait pour contourner le président. Il n’est pas certain qu’Obama, de son côté, cherche la confrontation avec le Congrès. 




Mais la liaison diplomatique avec Israël est rompue et elle devra être rétablie si l’on veut peser sur la négociation en cours pour finaliser l’accord nucléaire. Par ailleurs, Israël ne peut pas se permettre de se couper du seul allié véritable qui peut le défendre devant les instances internationales.


Politique intérieure israélienne

Le problème du nucléaire iranien influe sur la politique intérieure israélienne. La constitution de la coalition gouvernementale doit tenir compte de l’évolution de la situation si l’on veut renouer avec les États-Unis. Mais l’avenir diplomatique est sombre compte tenu des candidats éventuels au poste de ministre des affaires étrangères. Avigdor Lieberman s’est cramé à cette fonction et il restera toujours tricard dans les chancelleries occidentales. Pour faciliter les négociations du premier ministre, il pourrait bien accepter le ministère de la défense.
Bennett et Lieberman

Le sioniste religieux Naftali Bennett, né de parents d’origine américaine, qui lorgne sur un ministère prestigieux, est sur les rangs pour les affaires étrangères. Mais il n’est pas certain que les Américains engagent le dialogue avec un député qui veut annexer la zone-C, représentant 60% des territoires et où vivent près de 400.000 Israéliens, dans les implantations juives, sous contrôle militaire et civil israélien. Bennett est prêt à accorder à la population arabe, qui s’élève à 2,8 millions d’habitants, une autonomie limitée dans le reste des territoires : «Les Palestiniens auront leurs propres élections, une liberté de mouvement, de construire autant qu’ils le souhaitent, leur propre système d’éducation, et pourront payer leurs propres impôts. Je ne veux pas les gouverner». Il donnerait par faveur aux 100.000 Palestiniens annexés de la zone-C la citoyenneté israélienne. Il n’est pas certain que ce programme puisse emporter l’entente diplomatique face à la volonté affirmée de Bennett de doubler les constructions de logements dans les territoires.

Le ministre de la défense actuel, Moshé Yaalon est prêt à quitter son ministère pour les affaires étrangères pour laisser sa place à Lieberman. Mais il n’est pas en odeur de sainteté aux États-Unis depuis le jour où il a lancé une attaque personnelle virulente contre le secrétaire d’État John Kerry. Il avait d’ailleurs été forcé par la Maison Blanche de présenter des excuses publiques. Depuis  cet incident grave, ses relations avec la diplomatie américaine sont au froid. Le ministre de la Défense avait accusé John Kerry d'être «animé par une obsession incompréhensible et une sorte de messianisme. La seule chose susceptible de nous sauver est que John Kerry remporte le prix Nobel de la Paix et nous laisse tranquilles». Le département d’État avait jugé ces «remarques insultantes et inappropriées». La Maison Blanche avait réagi  avec force, considérant que l'attaque de Moshé Yaalon était «choquante et déplacée. Nous attendons du premier ministre qu'il règle cette affaire en exprimant publiquement son désaccord avec les propos visant le secrétaire Kerry». Ce n’est pas dans cette atmosphère tendue que Yaalon pourra rétablir les liens de confiance entre Israël et les États-Unis.

Union nationale


Les relations entre le gouvernement de Benjamin Netanyahu et l'administration Obama ont été marquées depuis 2008 par des désaccords à répétition, qu'il s'agisse du nucléaire iranien ou du processus de paix au Proche-Orient. La situation ne peut perdurer sans mettre en danger la sécurité d’Israël qui dépend essentiellement des soutiens politiques et matériels américains. C’est pourquoi des bruits de couloir, sous forme de ballons d’essai, circulent au sein de la Knesset. Devant les exigences ministérielles de Moshé Kahlon et la situation tendue avec les Américains, la seule solution s’ouvrant à Netanyahou est la création d’un gouvernement d’union nationale incluant les travaillistes. La majorité serait alors plus large et les assises d’un tel gouvernement plus stables.
Eitan Cabel

Dans cet ordre d’idée, on a effectivement remarqué les approches politiques étonnantes du député Eytan Cabel, président du groupe travailliste à la Knesset, pourtant farouche opposant au premier ministre. Il a appuyé ouvertement la position de Netanyahou et condamné l'accord négocié avec Téhéran : «Je refuse de rejoindre le chœur de ceux qui applaudissent l'accord nucléaire avec l'Iran. Cette fois-ci, ce n’est pas une question de gauche ou de droite. Les religieux radicaux du terrorisme obtiennent le droit d’avoir la bombe nucléaire, je suis très inquiet. Par conséquent, dans cette affaire je me tiens aux côtés de Benyamin Netanyahou au milieu de toutes les critiques concernant la façon dont il a géré la lutte entourant l'accord avant sa signature»
C’est une proposition ouverte de collaboration ferme et claire. Les travaillistes voient déjà Isaac Herzog en ministre des affaires étrangères compétent pour renouer les liens distendus. Il n’y aurait pas d’autre interlocuteur pour les Américains capable d’obtenir de nouvelles concessions sur l’accord final avec les Iraniens. Il lui resterait plus de deux mois pour agir et pour améliorer les intérêts sécuritaires d’Israël. Le litige avec les Américains est purement rhétorique entre les deux pays et il pourrait s’estomper par une meilleure compréhension. Il est vital pour Israël de sortir de son isolement diplomatique.

Liens sécuritaires américains

Usine de Dimona

Israël ne peut se permettre une rupture avec l’administration américaine qui fermerait les yeux sur des éventuelles résolutions internationales exigeant de mettre le réacteur nucléaire de Dimona sous le contrôle de l’AIEA sous peines de sanctions. Il s’agirait d’un parallèle  avec l’accord avec l’Iran qui prévoit la surveillance des sites de Natanz, Fordow et Arak. Obama reste le seul à pouvoir interdire une telle demande de la part de l’ONU.
Israël n’est pas indépendant militairement dès lors où il n’a pas de capacité importante de stockage de matériel militaire. On se souvient que, durant l’opération Bordure protectrice à Gaza, Israël était à court de munitions et que des kibboutzim avaient été rouverts en catastrophe pour fabriquer de l’armement au plus pressé. Seul un pont aérien quotidien avec les États-Unis a permis d’approvisionner Tsahal en campagne militaire.
Fronde de David

 Le pays développe sans cesse, avec la collaboration et le financement américain, de nouveaux matériels contre les missiles du Hezbollah, le dernier en date est la Fronde de David. Ce système militaire a été élaboré conjointement par la société israélienne Rafael et l’entreprise  américaine Raytheon pour intercepter les roquettes à longue portée et les missiles de croisière sur une distance de 40 à 300 km. Il est conçu pour intercepter la nouvelle génération de missiles balistiques tactiques, comme Iskander, utilisé par les Russes et les Syriens et certainement par les Iraniens. La Fronde de David  est prévue pour être déployée en 2015 à condition que le financement ne soit pas retardé par les Américains pour des raisons politiques ou de représailles. Israël attend par ailleurs la fourniture d’escadrons de chasseurs multi-rôles F-35 pour ses opérations de défense et d’attaque. 

Certes la solution de gouvernement d’union nationale risque de mener à un gouvernement d’inertie nationale car les deux leaders Herzog et Netanyahou se respectent certes, mais ne se font pas confiance. Mais une coalition de droite pure augmentera l’isolement d’Israël et l’affaiblira face à l’Iran. À moins que Netanyahou ne constitue une nouvelle alliance politique et militaire avec l’Égypte, la Jordanie, les pays du Golfe et l’Arabie saoudite pour bénéficier des moyens de l’armée arabe la plus équipée de la région. Mais cela reste du domaine de l’hypothèse et pour le moins à longue échéance. 

1 commentaire:

David YANA a dit…

Personne n'évoque le fait que les modérés sont confortés par cet accord et qu'il est possible que le régime ne survive pas à l' onde de choc libertaire induite par les accords - en jouant les trouble-fête sans aucun espoir on se demande si Bibi n'est pas payé pour faire avaliser les accords par les durs du régime