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vendredi 3 avril 2015

IRAN : UN VENT MUNICHOIS SOUFFLE


IRAN : UN VENT MUNICHOIS SOUFFLE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



De report en report depuis 2009, on aura donné tout le temps à l’Iran de se jouer des Occidentaux et de leur chef suprême Obama. Le président Rohani sait qu’il peut tergiverser encore tant que la remontrance américaine reste limitée à de gros yeux. Il est vrai que les solutions raisonnables ne sont pas légion. La méthode forte semble exclue pour les Américains qui se cantonnent à voter de nouvelles sanctions sans portée dissuasive. Israël, quant à lui, ne peut intervenir seul sans le soutien diplomatique américain et sans l’aide massive logistique des États-Unis parce qu’il a besoin des avions ravitailleurs pour ses bombardiers et des bombes GBU-28 de 2,3 tonnes capables de transpercer six mètres de béton.



Action militaire d’envergure

En l’absence d’une solution militaire de grande envergure, Israël devra adopter une position défensive à plusieurs lieues de sa tactique offensive et préventive habituelle. La solution pour s’affranchir de l’aide américaine consiste à constituer une alliance avec les pays arabes inquiets de la prolifération nucléaire iranienne. Les frontières arabes communes avec l’Iran pourraient offrir un espace stratégique exceptionnel et des bases logistiques à toute épreuve pour une attaque massive des chasseurs israéliens. Cela reste du domaine du rêve parce qu’il faut au préalable que les pays arabes s’affranchissent  de la tutelle américaine.
Lavrov et Kerry

C’est pourquoi le scénario actuel, consistant à éviter à tout prix la manière forte et la guerre, ressemble aux négociations de Munich qui ont abouti à la guerre sans éviter les larmes et le sang.  Les puissances mondiales sont prêtes à prolonger indéfiniment les négociations avec l’espoir d’aboutir à un accord global hypothétique. Alors on se contente de déclarations inspirées de la méthode Coué. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a estimé que : «Les perspectives de cette ronde de négociations n’étaient pas mauvais, et je dirais même bonnes». 
- Quelle est votre réponse à Netanyahou    - Je ne peux pas entendre car les centrifugeuses tournent à plein rendement

L’aspect contesté du programme nucléaire est lié à l’enrichissement de l’uranium nécessaire pour fabriquer le noyau d'une ogive nucléaire. À force de faire traîner les négociations, le principe de l’enrichissement est à présent admis mais l’accord bute sur les restrictions à la recherche nucléaire militaire, sur le développement des centrifugeuses et sur le rythme de la levée des sanctions. L’Iran a fini par accepter de réduire de 12.000 à 6.000 le nombre de ses centrifugeuses ce qui reste encore élevé pour les Occidentaux. Téhéran veut faire croire que cet uranium est à usage civil pour développer l’énergie, la science, l’industrie et la médecine. Il a du mal à convaincre les sceptiques.

Questions précises
  
De report en report, le Congrès américain s’impatiente et, le 14 avril, il votera de nouvelles sanctions si aucun accord n’est signé. Il est échaudé et il pose à présent des questions précises et ne se contente plus de généralités visant à mettre un voile sur la réalité nucléaire iranienne. À questions précises, il réclame des réponses précises.
Usine d'Arak

Si le Congrès veut connaitre le nombre exact de centrifugeuses, il exige de savoir combien d’uranium elles contiennent et quelle quantité de plutonium est produite à Arak. En cas de levée des sanctions, le Congrès veut avoir le droit de les rétablir immédiatement si des violations de l’accord sont détectées alors que l’Iran estime que la levée doit être définitive. C’est dire si les négociations s’enfoncent de plus en plus vers la difficulté tandis que parallèlement les États-Unis font face aux velléités des puissances arabes à se doter elles-aussi de l’arme nucléaire.
Usine de Fordo

Les Américains veulent repousser les délais de fabrication de la bombe nucléaire à au moins un an. Les services de renseignement sont à présent certains que les Iraniens se préparent à  développer des centrifugeuses 20 fois plus rapides que celles d’aujourd’hui. Ils envisagent de les déployer au cours des 10 premières années que durera l’accord. Ces nouvelles centrifugeuses ont l’avantage d’être certes plus rapides mais surtout moins encombrantes, ce qui permettra de réduire la taille des usines d’enrichissement  et donc de mieux les camoufler. Ce risque est grand quand on sait que l’Iran a menti sur les sites de Natanz et Fordo qui n’ont été découverts que par les services de renseignements.

Mesures d’inspection

Les méthodes d’inspection de l’AIEA doivent donc être définies avec précision et étendues à toutes les installations pour ne pas que la méprise se renouvelle. Les Américains veulent donc imposer des mesures radicales d’inspection pour permettre à l’AIEA non seulement de vérifier les activités déclarées mais aussi celles qui pourraient être cachées et  entrant dans les possibles projets militaires. 
Mohsen Fakhrizadeh

Ainsi l’usine de Parchin, utilisée à tester les amorces explosives pour des bombes à uranium ou au plutonium, a été interdite de visite alors qu’y officie le physicien Mohsen Fakhrizadeh, officier de la Garde révolutionnaire qui est au cœur des recherches militaires nucléaires. L’Iran promet d’ouvrir toutes ses usines dès que l’accord sera signé mais son manque de coopération avec l’AIEA n’augure rien de bon.    
Le président Barack Obama et John Kerry ont promis aux Occidentaux d’être informés à temps en cas de rupture des promesses iraniennes. Cette garantie n’est pas fiable compte tenu du passé occulte de l’Iran. Si l’Iran garde 6.000 centrifugeuses pour enrichir l’uranium à 3%, et s’il garde un stock de 500 kilos sur les huit tonnes qu’il détient, cela lui suffira pour construire une bombe dans les huit mois.

Israël et ses services de renseignements ont révélé qu’il existe des installations secrètes qui produisent de l’uranium enrichi réduisant ainsi le délai à seulement quatre mois. La certitude vient des échantillons environnementaux qui ont été prélevés sur place pour analyse. Israël est à présent convaincu que le président Obama refuse l’utilisation de la force et qu’il est prêt à accepter tout accord, même bancal, pourvu qu’il soit signé. Son argumentation est limpide : ses prédécesseurs ont déjà permis à l’Inde, au Pakistan et à la Corée du Nord à se doter de l’arme nucléaire sans conséquence pour la sécurité américaine.

Munich 1939

Les négociations avec les Iraniens à Lausanne, en Suisse, ont toutes les caractéristiques des négociations de Munich. Il est vrai par analogie que la France, le Royaume-Uni et l'Italie n’étaient pas prêts à la guerre en 1939 et que la période était peu favorable à une opération militaire d'envergure. Les Alliés avaient alors accepté toutes les conditions imposées par Hitler croyant ainsi éviter définitivement le conflit. Ils devaient rapidement déchanter alors que Winston Churchill  l’avait prévu dès le 7 novembre 1938 : «Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre».
Chamberlin

La naïveté occidentale a encore frappé. Les Occidentaux savaient qu’Hitler n’avait jamais dit la vérité et qu’il avait assassiné des Juifs, des communistes et des homosexuels. Mais l’Europe avait fermé les yeux. Le carnage de la Première Guerre mondiale avait poussé les Européens à éviter toute nouvelle confrontation et la conséquence fut un bain de sang plus immense que celui de 1914.
Les Européens étaient tombés dans le piège laissant entendre que l’armée allemande était très forte face à des démocraties faibles. En fait de Gaulle avait raison ; les chars français et les Spitfire britanniques étaient en nombre plus importants et supérieurs à ceux des Allemands. La Tchécoslovaquie avait une industrie d’armement impressionnante permettant une défense appropriée pour arrêter Hitler. L’Europe n’y a pas cru et est tombée sur le bluff allemand. Alors par souci de paix, elle a signé un accord a minima qui a condamné des millions de Tchèques et de Polonais à tomber dans les bras du  Troisième Reich comme aujourd’hui l’Irak, la Syrie et demain le Yémen tomberont aux mains des Iraniens. Alors que Chamberlin était adulé en sauveur de la civilisation occidentale, le sceptique Winston Churchill avait été rejeté par les medias comme un vieux fauteur de guerre, à l’instar aujourd’hui de Benjamin Netanyahou.

Les Occidentaux ferment les yeux sur le parrainage iranien vis-à-vis des terroristes du Hezbollah et du Hamas  et sur la mainmise iranienne sur l'Irak, le Liban, la Syrie et le Yémen.  La puissance occidentale, militaire et économique, n’est pas comparable à celle de l’Iran qui dispose d’une armée obsolète, quoique forte en miliciens, et pourtant l’Iran fait peur comme naguère Hitler. L’Iran n’est pas un peuple uni, constitué de bric et de broc de multiples populations et le pays fait face à des contestations étouffées quand elles ne sont pas réprimées comme celle des manifestants de 2009. Si les États-Unis frappaient l'Iran, le pays se décomposerait et son armée montrerait ses vraies faiblesses à cause de clans opposés prêts à s’affronter pour ne pas s’opposer aux puissants États-Unis. Mais Obama ne s’est jamais intéressé à l’histoire européenne et il ne connaît pas Munich.



2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je suis heureux de constater qu'après le brouhaha des élections israéliennes, on reconnaisse enfin les qualités de lucidité de Netanyahou dans ses efforts, même désespérés pour limiter les tentations munichoises de Barak Obama.
Hag Saméyah

Jacques BENILLOUCHE a dit…

En ce qui me concerne je n’ai jamais mis en doute l’analyse de Netanyahou sur l’Iran. Mon analyse depuis 2010 rejoint la sienne, sur ce site ou sur Slate.fr.

En revanche durant la campagne, mon opposition à Netanyahou concernait :
1. la rupture avec nos seuls alliés Américains car cela nous enlevait un soutien de marque
2. et surtout sa politique économique qui laisse de côté un pan entier de la population juive du pays.