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mercredi 29 avril 2015

NOUVEAU GOUVERNEMENT : COMMEDIA DELL’ARTE


NOUVEAU GOUVERNEMENT : COMMEDIA DELL’ARTE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            


          Ce serait comique si la situation n’était pas sérieuse. Nous vivons vraiment dans un théâtre populaire italien où des acteurs, non masqués cependant, improvisent des comédies marquées par la naïveté, la ruse et l'ingéniosité. Nous avons à faire à des comédiens professionnels, des hommes politiques. Benjamin Netanyahou dispose d’un délai jusqu’au 7 mai pour présenter un nouveau gouvernement et il ne se passe pas une journée sans que nous ayons des informations sur la dramaturgie qui se déroule dans les alcôves de la résidence du premier ministre.


Le président mandate Netanyahou pour former le gouvernement

            Les élections du 17 mars avaient pourtant donné un résultat clair contrairement à celles de 2009 où les deux listes arrivées en tête n’étaient séparées que d’une voix. La droite israélienne a remporté une victoire écrasante. Le Likoud a obtenu 30 sièges tandis que l’Union sioniste 24. La liste arabe est arrivée en troisième position avec 13 députés. Sur le papier, Netanyahou pouvait aligner une coalition de 67 députés comprenant le Likoud (30), Koulanou (10), le Foyer juif (8), Shass (7), Israël Beiteinou (6) et Yaadouth Ha torah (6).
            Mais les choses faciles sont les plus compliquées car il faut tenir compte des appétits politiques des uns, des exclusives des autres, des exigences de certains et de la capacité de chantage des partis. Le jeu des chaises musicales entre ministres est complexe dans le pays du Talmud où l’on sait pourtant concilier les contradictions apparentes. La bataille est lancée sans concessions car les 120 députés veulent être ministres alors que le nombre de portefeuilles est limité à 18 sans compter les quelques secrétaires d’État.
Chaque ministre a droit à un cabinet, un bureau, une voiture, un chauffeur et des gardes du corps et cela attise les ambitions. L’attribution des ministères ne se fait pas en fonction des compétences mais les impétrants sont plutôt intéressés par les disponibilités financières. En réalité les directeurs des ministères gèrent tandis que le ministre cherche à durer, à se faire remarquer et à défendre le budget de son ministère. Cela lui permet de caser des fidèles de son parti dans des postes de direction. Plus le ministère est important et plus il y a de budget à distribuer pour remercier la fidélité. 
Par ailleurs, chaque premier ministre a tendance à placer ses adversaires les plus coriaces dans des postes où ils le gêneront le moins, une sorte de cadeau empoisonné dans un placard doré. Ce fut le cas du journaliste Yaïr Lapid nommé aux finances auxquelles il ne comprenait rien. En 1999, ce fut le cas du professeur d’histoire Shlomo Ben-Ami nommé au ministère de la Police, et de Yossi Beilin au ministère de la justice où ils échouèrent lamentablement. Mais Netanyahou doit tenir compte de l’équation difficile à résoudre car tous les ministres sont par ailleurs hauts dirigeants de partis.
Kahlon-Galant

            Moshé Kahlon avait posé ses conditions au cours de la campagne électorale. Il était prêt à rejoindre toute coalition de droite ou de gauche qui lui offrirait le ministère des finances pour lui, le ministère de la construction pour Yoav Galant et la présidence de la commission de la Knesset où tout se dessine et tout se décide souvent par opposition au projet du ministre. Contrairement à Yaïr Lapid qui n’a pas pu agir, Kahlon voulait avoir les mains libres pour appliquer son projet destiné aux classes moyennes et défavorisées. Il a eu partiellement satisfaction car la présidence de la commission lui a été refusée en échange du ministère de la protection de l’environnement qui devrait revenir à Elie Elalouf.
Bennett et Lieberman

            Le poste des affaires étrangères est très recherché car le ministre rencontre les Grands du monde, représente l’État dans ses déplacements et se fait connaître à l’étranger pour prétendre ensuite au poste de premier ministre. Avigdor Lieberman considère son poste comme un titre de propriété et, malgré le désaveu de ses électeurs, il exige d’être maintenu à des fonctions qui l’ont rendu tricard dans toutes les chancelleries occidentales alors qu’Israël doit sortir de sa situation d’isolement diplomatique. Il est acquis qu’il occupera à nouveau cette fonction car il est le seul à pouvoir obtenir satisfaction auprès de Poutine.
Bennett se rendant à l'école

            Parce que Yaalon est inamovible au ministère de la défense, il ne reste plus que le ministère de l’éducation pour Naftali Bennett qui représente l’aile droite de la coalition. Cela aurait pu être suffisant, si par suite de ses mauvais résultats, Bennett n’était pas contesté par ses militants. Alors qu’il espérait 15 députés au lieu des 8 obtenus, le parti HaBayit Hayehudi a été ramené au temps du parti National religieux. De profonds troubles s’affichent ouvertement et conduisent les déçus à des déclarations publiques intempestives réclamant même le remplacement du leader actuel. Bennett est accusé d’avoir trop fait confiance à ses conseillers qui l’ont embarqué dans des choix de campagne désastreux. 
Ayelet Shaked

          Le Foyer juif devrait donc se contenter du ministère de l’agriculture pour Uri Ariel et du ministère des personnes âgées ou de la culture et des sports pour la Dame de Fer Ayelet Shaked qui avait d’autres ambitions. Deux vrais lots de consolation qui risquent de faire éclater en dernière minute la signature de l’accord de coalition.
            La grogne se fait aussi entendre du côté du Likoud où, en paraphrasant la déclaration d’un ministre français, les militants souhaitent bien l’ouverture à condition qu’elle aille jusqu’aux membres de Likoud. Les dernières rumeurs donnent au parti du premier ministre au moins la défense, la justice, la sécurité publique, les transports et la protection sociale.
Dhery

Le président des orthodoxes séfarades du Shass, Arie Dhery a été débouté de sa demande d’obtenir le ministère de l’intérieur et les affaires religieuses qui disposent d’un budget conséquent à distribuer aux fidèles. Il pourrait être relégué au ministère de l’agriculture où il aura peu de rabbins à placer.
Sentant la position de Netanyahou fragile, chacun des partis y va de ses exigences, pour ne pas dire de son chantage en menaçant de quitter la coalition. Ainsi le Shass avec ses 7 députés menace de se tourner vers l’Union sioniste à gauche. Tout est bon pour imposer ses exigences avant la signature d’un accord. En plus de ses ministères, Kahlon exige de son côté que lui et son adjoint, l'ancien commandant de Tsahal Yoav Galant, entrent au saint des saints, le cabinet de sécurité où toutes les décisions du gouvernement sont réellement prises. Une seule place lui a été proposée. Le parti ultra-orthodoxe Judaïsme unifié de la Torah (UTJ) est prêt à signer son accord pour le ministère de la santé où il est totalement incompétent mais à la dernière minute il exige l’annulation de la réduction des budgets pour les écoles talmudiques votées par le précédent gouvernement de coalition ainsi que le gel de la  loi controversée sur les conversions.
À l’heure où ces lignes sont écrites, tout est encore en discussion. Habile politique, Benjamin Netanyahou joue le froid et le chaud en distillant des rumeurs infondées de négociations en cours avec l’Union sioniste à gauche qui lui apporterait ses 20 députés dans un gouvernement d’union nationale excluant l’extrême-droite.
Ayman Odeh

Rien n’étant impossible, la rumeur va jusqu’à courir que Netanyahou, lassé par les exigences sans fins des partis juifs, a invité le président de la Liste arabe unifiée, Ayman Odeh, à venir le rencontrer dans sa résidence pour proposer un poste de ministre à un arabe modéré. Le chef arabe se serait justement rendu à Ramallah pour rencontrer le leader de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas et obtenir de sa part son imprimatur. Le premier ministre compte sur cet électrochoc pour convaincre les partis à accepter ses conditions avant le 7 mai. 
C’est un véritable théâtre de marionnettes qui se joue face aux Israéliens habitués depuis longtemps à assister à une dramaturgie réglée comme du papier à musique par un chef d’orchestre rompu aux négociations depuis près de vingt années de pouvoir. Gageons qu’autour du 5 mai, les acteurs auront trouvé une fin heureuse au mélodrame de la formation de la coalition.


3 commentaires:

Véronique ALLOUCHE a dit…

J'espère que l'ambition des futurs ministres va au-delà du cabinet, du bureau, de la voiture avec chauffeur et des gardes du corps car alors Israël serait en bien mauvaise posture et ferait face à un avenir tout à fait incertain.
C'est justement parce que Netanyahou a une grande d'expérience politique qu'il fera les bons choix.
Cordialement
Véronique Allouche

Line MELLER a dit…

Merci Jacques, de tenir un rôle de vigie !
Line Meller

andre a dit…

Excellent article sur cette coalition en gestation d'un gouvernement !
L'essentiel est que les affaires étrangères et La Défense soient entre des mains expérimentées : Liberman et Ayalon .
Kahlon à l' Économie et Netanyahu à son poste , cela fait un carré d'as et tous les autres n'ont pas grande importance.
Les israéliens ont bien voté et ils seront bien servis.
André Mamou TJ