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mercredi 29 avril 2015

LES RÉTICENCES OCCIDENTALES À LA CRÉATION DE L’ÉTAT D’ISRAËL


LES RÉTICENCES OCCIDENTALES À LA CRÉATION DE L’ÉTAT D’ISRAËL

Yom Haatsmaout : jour de l’indépendance

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
         

         
Déclaration d'indépendance le 14 mai 1948
          La mémoire est courte, volontairement courte, pour épouser l’évolution politique du moment. Au bout de 67 années d’existence, l’État d’Israël ne semble plus vouloir se souvenir des réticences occidentales à sa création. Il doit pourtant son indépendance à la bonne volonté des pays de l’Est qui avaient réussi à imposer leurs vues dans l'indifférence de l'Occident. Pour des raisons contradictoires, chacun des pays ne voyait pas d’un bon œil l’émergence d’un intrus au sein du monde arabe, avec le risque de chambouler l’ordre précaire déjà établi. Alors les pays occidentaux ont abandonné Israël aux mains de l'ONU, la laissant décider pour eux. Pour cela, la France a connu des turbulences dans ses relations avec l’État juif, de la haine à l’indifférence, de la réconciliation au divorce, et de la passion à la querelle.      

      
Capitaine Dreyfus

           Il est vrai que la situation française était un cas spécifique. Le judaïsme français du début du 19° siècle ne ressemblait pas au judaïsme d’aujourd’hui. Il était discret parce que les 90.000 Juifs qui y vivaient étaient peu pratiquants et très assimilés, ce qu'on appelle les Juifs du Kippour. Cela n'a pas empêché la France de devenir une terre d’asile pour les Juifs de l’Est qui, paradoxalement, quittaient l’antisémitisme dans leurs pays pour faire face à une vague d’antisémitisme sans précédent en France. Cette vague connaîtra son paroxysme avec l’affaire Dreyfus. L’officier français Alfred Dreyfus fut victime, en 1894, d'une erreur judiciaire qui a été à l'origine d'une crise politique majeure des débuts de la IIIe République. Mais un mal a généré un bien car Israël doit, en partie, sa création à cette affaire qui joua le rôle de déclic salutaire pour les Juifs.
L’éveil juif  a pris naissance avec l’affaire Dreyfus qui donna l’occasion au journaliste autrichien Theodor Herzl, sensibilisé et révolté par la fausse accusation contre le capitaine, d’exposer son rêve.  L’Histoire ne dit pas si ce rêve aurait été réalisé sans la révélation de cette affaire qui devait polluer l’atmosphère politique de la France pendant une décennie.

Dès la fin du 19ème siècle, alors que les États européens connaissaient la montée du nationalisme et parallèlement de l'antisémitisme, le mouvement sioniste apparut dans les communautés juives d'Europe : il s'agissait de créer un État des Juifs. Lors du 7ème Congrès international sioniste tenu en 1905, la Palestine est définitivement choisie comme lieu d’établissement de l’État juif. Le mouvement sioniste, au départ minoritaire parmi les communautés juives et combattu par les orthodoxes qui ne comptaient que sur l'intervention du Messie, acheta des terres aux Arabes et négocia avec le Royaume-Uni qui administrait la Palestine à partir de 1922.
Indépendance 2015

Le rêve sioniste, imaginé avec beaucoup d’anticipation par Theodor Herzl, a été concrétisé par David Ben Gourion le 14 mai 1948. Mais les pays occidentaux, la France en particulier, avaient apporté leur contribution minimum à la création de cet État. En ce temps-là, l’allié principal était l’URSS qui offrit son soutien matériel et moral, ses dogmes et son idéologie aux pionniers sionistes. Les pays satellites de l’Est avaient reçu la mission de fournir le soutien militaire en livrant des armes et des munitions aux Juifs. L’URSS était alors impressionnée par la vivacité du socialisme israélien, inspiré du communisme, dont l’application sur le terrain avait recueilli un succès réel. Mais l'URSS s’était fourvoyée en croyant appuyer la création d’un nouvel État communiste. Ils s’appuyaient sur le fait que les Juifs avaient créé, avec des méthodes collectivistes soviétiques, des kibboutzim semblables aux kolkhozes russes où tout est mis en commun au service de la communauté.
Andreï Gromyko

       Ce soutien s’était traduit par un fervent discours d’Andreï Gromyko, en 1948, à la tribune de l’ONU avec un magnifique vibrato. Sa déclaration n’a pris aucune ride et pourrait encore s’appliquer : «Pour ce qui concerne l’État juif, son existence est un fait, que cela plaise ou non. La délégation soviétique ne peut s’empêcher d’exprimer son étonnement devant la mise en avant par les États arabes de la question palestinienne. Nous sommes particulièrement surpris de voir que ces États, ou tout au moins certains d’entre eux, ont décidé de prendre des mesures d’intervention armée dans le but d’anéantir le mouvement de libération juif. Nous ne pouvons pas considérer que les intérêts vitaux du Proche-Orient se confondent avec les explications de certains politiciens arabes et de gouvernements arabes auxquelles nous assistons aujourd’hui». On n’imagine pas un discours pareil aujourd’hui à la tribune de l'ONU.
Plan de partage 1947

Suite au Plan de partage de la Palestine voté à l'ONU le 29 novembre 1947, les dirigeants sionistes déclarèrent, unilatéralement le 14 mai 1948, l’existence de l’État d’Israël, citant la résolution 181 comme constituant une «reconnaissance par les Nations-Unies du droit du peuple juif à établir son État». Comme prévu, il s’en est suivi la guerre.
Le Royaume-Uni, en tant que Puissance mandataire pour la Palestine, avait accepté d’emblée les recommandations de l’Assemblée générale de l’ONU s’attendant en fait à l’échec de la demande sioniste. Il avait certes cherché d’urgence à s’extraire du conflit qui avait surgi en Palestine entre Juifs et Arabes mais, au fond de lui-même, il souhaitait cette guerre qui devait mettre fin aux prétentions juives. Il avait même tout fait pour bloquer l'arrivée des immigrants qui, pour un grand nombre, ont été à nouveau parqués dans des camps à Chypre.  Mais c'était sans compter sur les pays de l'Est. Les États-Unis et l’URSS ont reconnu le nouvel État, le 15 mai 1948, dès le lendemain de la résolution sioniste. Le président Truman avait signé lui-même cette reconnaissance en rectifiant de sa propre main le texte dactylographié et en corrigeant l’expression «nouvel État juif» par «l’État d’Israël». Dans cette courte lettre, les États-Unis ont reconnu le gouvernement provisoire comme l’autorité de jure (de droit) et non de facto (de fait).

La France a eu du mal à digérer l’intrusion d’Israël dans le concert des Nations et a mis plusieurs mois avant de reconnaître le nouvel État. En effet, les relations diplomatiques avec la France ne seront établies que le 24 janvier 1949, sept mois plus tard, par une lettre conditionnelle, signée par un fonctionnaire du Ministère des affaires étrangères, dans laquelle une certaine réticence est perceptible : «J’ai l’honneur de vous faire connaître que le gouvernement de la République française a décidé de reconnaître le Gouvernement provisoire d’Israël comme gouvernement de fait. Cette décision ne préjuge pas de la délimitation définitive par les Nations-Unis du territoire sur lequel il exercera son autorité».
Au Quai d’Orsay, la majorité des diplomates s’était opposée à la création d’Israël et avait prôné l’abstention lors du vote historique du 29 novembre 1947 à l'ONU. Le délégué français à l’ONU avait proposé une solution alternative au plan de partition, dont celle «d’un État unique avec des garanties suffisantes pour les minorités». Cette solution est paradoxalement prônée aujourd'hui par les nationalistes israéliens. Le ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, avait été convaincu par les arguments de son administration qui tenait à préserver les relations franco-syriennes et franco-libanaises. Mais  les pressions conjointes du  nouveau président du Conseil, Robert Schuman, et de l’ancien chef du gouvernement provisoire, le très influent Léon Blum, feront basculer le vote de la France, en dernière minute, au grand dam de certains diplomates du Quai d’Orsay, dont certains n’avaient pas hésité à qualifier leur propre pays de «république bananière». 
Georges Bidault

L’hésitation de la France avait un début d’explication. Elle jugeait d’un mauvais œil les liens privilégiés d’Israël avec le bloc communiste qui fournissait alors la majorité des armes utilisées contre le mandataire britannique, l’allié qui avait permis la libération de la France. Par ailleurs, le Quai considérait l’État juif, en raison de son idéologie socialiste et de la mise en application locale des dogmes communistes, comme un satellite de l’URSS capable de déstabiliser la région et les intérêts occidentaux.
Le danger d’être catalogué comme un pays d’au-delà le rideau de fer n’avait pas échappé au visionnaire David Ben Gourion. Il saisit la première occasion pour opérer un changement stratégique brutal en décidant d’appuyer les États-Unis en guerre contre la Corée (1950-1953). Ce soutien sonna le glas des relations avec les pays de l’Est et mit Israël dans une situation d’isolement dramatique au moment où les besoins en armement devenaient vitaux. L’époque était déjà troublée, durant l'année 1956, où la tension était vive avec l'Égypte parce qu'elle suscitait et encourageait les raids meurtriers menés par les fedayin palestiniens contre le territoire israélien alors que Tsahal manquait d’armes, d’aviation et de matériel militaire lourd.
Ben Gourion et McDonald en 1948

En fait pour lui, David Ben Gourion n’a pas opéré de revirement politique. Il n’avait jamais envisagé une alliance avec l’URSS. Il avait besoin de l’armement de l’Est mais pas de son idéologie. Il avait d’ailleurs déclaré à l'ambassadeur américain James Grover McDonald, nommé par Truman : «Israël salue le soutien russe aux Nations Unies, mais ne tolérera pas de domination russe. Non seulement Israël est occidental dans son orientation, mais notre peuple est démocrate et réalise qu'il ne peut devenir fort et rester libre qu'à travers la coopération avec les États-Unis. Seul l'occident lui-même, en humiliant Israël et en l'abandonnant aux Nations Unies et ailleurs, pourrait s'aliéner notre peuple».
L’alliance entre les États-Unis et Israël ne s’était pas imposée au départ. Il y avait une grande méfiance entre eux qui a d’ailleurs mené au fiasco politique de la Campagne de Suez en 1956 qui a vu les Américains imposer l’arrêt des combats. La reconnaissance de l’État hébreu en mai 1948 répondait à des considérations de politique intérieure américaine et non à une stratégie géopolitique liée à la situation internationale au Moyen-Orient. Ce n'est que plus tard que la Guerre Froide et la compétition, qui régnait entre l’Union soviétique et les États-Unis, avaient mis en évidence l’importance stratégique de l’État juif. 
Ben Gourion - Eisenhower

Le rapprochement entre les deux pays date du second mandat du président Eisenhower, à la fin des années 1950. Il a fallu attendre les années 1980 pour voir l’apogée de l’entente américano-israélienne lorsque les Américains ont évalué avec réalisme l’intérêt stratégique d’Israël au Proche-Orient. En prenant de l'importance pour Washington Israël deviendra la clef des relations internationales au Moyen-Orient.
Aujourd’hui Israël se trouve dans une situation identique comme au temps de sa création, à nouveau isolé sur le plan diplomatique. Les Etats-Unis et l'Europe le boudent.

1 commentaire:

Benjamin a dit…

joyeux anniversaire au petit Etat juif et démocratique.
il est dommage que le gouvernement d'union nationale n'est pas eu lieu. chaque partie en porte une part de responsabilité.

selon un autre article sur un site concurrent , qui dit " Notre Etat est un exemple magistral. Il a été construit de nos propres mains, par le sang, la sueur, la rage de vaincre et en versant des larmes." j'aime bien la parole de monsieur Eytan qui parle à la manière de monsieur Winston Churchill.

j'espère dans l'avenir que l'isolement de L'Etat va progressivement se transformer dans un vrai partenariat, en premier lieu avec les pays arabes modérés, les voisins direct d’Israël,en second lieu avec les occidentaux, et le reste des nations

monsieur Benillouche, vous êtes une des rares personnes à publier les réactions non "conventionnelles" dans le monde Juif, je vous suis très reconnaissant et fier de vous. les autres sites sont dans la censure . Temps et contretemps est dans la vie et la démocratie, heureusement monsieur Benillouche que vous êtes là pour affirmer la pluralité de parole de la pensée juive. je vous félicite.