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mardi 9 juin 2015

LES ÉTATS-UNIS ONT PERDU PIED AU MOYEN-ORIENT



LES ÉTATS-UNIS ONT PERDU PIED AU MOYEN-ORIENT

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


       
Memorial day 2015
          Les États-Unis, par la volonté délibérée de Barack Obama, ne sont plus les gendarmes du monde et encore moins les régisseurs de l’ordre au Moyen-Orient. Le président américain vient de confirmer son désengagement total de tous les théâtres d’opérations militaires. Le 25 mai 2015, il a précisé qu’il vivait «le premier Memorial Day, depuis 14 ans, sans que l’armée américaine soit impliquée dans une guerre terrestre majeure». Il a réalisé sa promesse de rapatrier 90.000 soldats d’Afghanistan. Les seuls soldats présents  en Afghanistan et en Irak ne combattent plus mais sont affectés à la formation des forces locales.



Il pense avoir bien agi car il est convaincu que les Américains sont las des guerres et ne sont plus qualifiés pour sortir l’Irak et la Syrie du chaos lié au conflit entre sunnites et chiites. C’est pourquoi d’ailleurs il se désintéresse totalement de la guerre civile qui se développe en Libye et au Yémen.  Il en résulte, pour les monarchies arabes, l’impression d’avoir été abandonnées sur l’autel de la pax americana avec le risque d’une expansion de l’influence étrangère dans plusieurs pays du Moyen-Orient.
En fait, les Américains ne se remettent pas de l’échec et des conséquences de l’invasion de l’Irak en 2003. Ils n’ont pas vu venir les printemps arabes de 2011 et n’ont pas pu les canaliser à leur profit. Leur entêtement à vouloir absolument soutenir les Frères musulmans leur ont fait perdre leur alliance historique avec l’Égypte, qui a retrouvé la dictature militaire, et avec l’Arabie saoudite qui craint la nucléarisation de l’Iran. Ils assistent passifs à la déstabilisation du Liban et de la Jordanie qui sont envahis par un flot de réfugiés qu’ils ont du mal à canaliser et à intégrer.  
Camp de réfugiés en Jordanie

Nul n’est capable d’expliquer la stratégie débridée de Barack Obama qui a l’air d’agir au coup par coup, en fonction du sens du vent, sans vision à long terme et sans respect des alliances historiques. Les Républicains en campagne ont beau jeu de critiquer une politique qui éloigne les vrais amis et qui accentue la faiblesse des États-Unis. Loin est le temps où le seul son de la voix d’un président américain suffisait à inspirer la crainte ou le respect. Ses adversaires l’accusent, par excès de pacifisme, d’avoir déserté le Moyen-Orient au profit de l’Asie centrale où la situation est moins tendue et moins complexe comme s’il préférait la lâcheté à l’ingérence.
Obama au Caire en 2009

Pour ne pas être traité d’isolationniste, il ordonne des opérations militaires a minima, par drones interposés. Son discours du Caire en 2009 est loin car on n’entrevoit pas les mesures concrètes qu’il aurait pu imposer. Il s’est laissé déborder par les Anglais et les Français en Libye alors qu’il aurait dû aider les rebelles à créer une gouvernance stable. De même en Syrie, il a montré peu d’empressement à aider la rébellion contre Bachar Al-Assad alors que le dictateur a pu librement assassiner au gaz sarin à Ghouta plus de 1.000 civils en 2003. Cette passivité a effondré la crédibilité diplomatique des États-Unis. 
Dans son récent discours à l’ONU il avait effectivement résumé les conditions pour lesquelles il était prêt à agir, seul s’il le fallait, pour «déployer tous les éléments de notre puissance, y compris la force militaire» : la protection des alliés contre toute «agression extérieure», la garantie de la libre circulation du pétrole et du gaz, la prévention des attaques terroristes contre les États-Unis  et l'arrêt de la prolifération des armes de destruction massive. Donc exit la guerre et place à la diplomatie. Obama veut donc axer sa diplomatie sur les négociations israélo-palestiniennes et sur l’accord nucléaire avec l’Iran. Il a baissé les bras dans le conflit syrien car il est à présent convaincu qu’il ne pouvait plus être résolu par la force. 

Mais il a ainsi permis aux djihadistes d’envahir l’est de la Syrie, le nord et l’ouest de l’Irak, Mossoul et de concrétiser la création de leur califat. Par passivité américaine, des villes sont tombées, Ramadi la capitale de la province d’Anbar et Palmyre, en laissant le champ libre aux troupes iraniennes des Gardiens de la révolution, les seuls à se battre contre Daesh.
Obama mise sur un accord à tout prix avec l’Iran sur la base d’une réduction de ses capacités d’enrichir de l’uranium et de produire du plutonium. Il est convaincu de l’efficacité des mesures de surveillance des usines nucléaires en échange d’une levée des sanctions. Cet accord entre dans sa stratégie de freiner la fabrication d’armes de destruction massive. Mais il ne tient pas compte des réserves de ses alliés. Les relations entre Obama et Netanyahou ont atteint le point de non-retour entraînant une augmentation des constructions dans les implantations et le gel des discussions avec les Palestiniens sur fond de menace de la levée du veto américain à l’ONU. Les monarchies arabes ne croient pas à la volonté des Américains de les défendre contre une éventuelle attaque iranienne. Elles craignent surtout un rapprochement plus approfondi des Américains avec l’Iran qui risque de créer un déséquilibre, ou un nouvel équilibre, dans la région.
Troupes américaines au Moyen-Orient

Les États-Unis ne dépendent plus autant du pétrole du Golfe dont le prix ne génère plus de crises dans la région. Une alliance de fait avec les Iraniens permettrait de réduire encore plus la présence militaire américaine dans le Golfe dès lors où il n’y aurait plus de risque contre la circulation maritime. Mais les Américains ne se rendent pas compte que les Iraniens étendent leur influence en Irak et en Syrie, et à présent au Yémen par Houthis interposés, avec une volonté affichée de s’en prendre aux troupes saoudiennes. Ils ne se rendent surtout pas compte que, devant le danger iranien, les Saoudiens songent à présent réellement à se doter de l’arme nucléaire ce qui entraînera une prolifération nucléaire à laquelle les États-Unis voulaient pourtant s’opposer.
Houthis


La seule conséquence positive de la diplomatie américaine est l’établissement de relations ouvertes entre Israël et l’Arabie saoudite qui compte à présent sur l’État juif pour sa sécurité. D'ailleurs une rencontre exceptionnelle a eu lieu le 4 juin 2015 entre le directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, Dore Gold, et un haut responsable saoudien, le colonel à la retraite Anwar Ashqi.
Dore Gold et Anwae Ashqi

Le successeur d’Obama, quel qu’il soit, ne pourra pas éluder ces questions d’ingérence et surtout les conséquences de l’expansionnisme russe, chinois et iranien. Devant ces échecs latents, il sera contraint d’évaluer autrement la politique américaine qui ne peut pas se passer du soutien israélien même s’il devra fermer les yeux sur les constructions dans les implantations. Il devra autoriser les forces spéciales installées en Irak à s’interposer dans les combats terrestres en Irak pour compléter les attaques aériennes. Il devra favoriser la création d’une force syrienne d’opposition modérée capable de se substituer au régime de Bachar Al Assad. Bref il faut que les États-Unis redeviennent les gendarmes du monde, quitte à subir les critiques internationales.

4 commentaires:

Georges-Henri LAQUINTINIE a dit…

Pendant longtemps un adage a prévalu:ce qui est bon pour les USA est bon pour le monde. La vision d'Obama semble être: le pourrissement du reste du monde est bénéfique pour sa vision des USA.

Pascale CHATELUS a dit…

Ca fait sourire, car quand ils interviennent on les accuse d ingérence et quand ils ne font rien on les accuse de laxisme. Il a surtout envie de laisser les boys à la maison et ça coute bien moins cher à l économie américaine.

jean Smia a dit…

Il est vrai qu'en langage diplomatique, il est préférable d'employer la litote « Perdre pied » plutôt que « Tourner lâchement casaque ».
Il est vrai que la gouvernance Iranienne s'est beaucoup civilisée depuis la prise d'otages de l'ambassade américaine et qu'il n'y a pas les mêmes sortes d'Ayatollahs ni les mêmes gardiens de la révolution aux manettes.
Il est vrai que les plates excuses de cette nouvelle gouvernance ont lavé l'honneur de l'Amérique insultée.
Il est vrai que l'Arabie Saoudite n'a aucune raison de se sentir « cocue » par le comportement quelque peu volage de ce « fidèle ami  ».
Il est vrai que tous les pays de la région ne cherchent pas d'autres sources d'approvisionnement en armements à présent que sont évaluées à leur juste valeur la parole et les garanties des Américains.
Il est vrai que John Wayne est mort, depuis longtemps. L'oncle Sam, aussi. Et qu'il ne faut pas compter sur un Obama pour reprendre le flambeau.

Henri GOTHEIL a dit…

Les Etats-Unis ont suivi une courbe qui leur est imposée par les événements socio-économiques du moment ! Ils n'ont pas pour autant "perdu pied" bien que vous souhaitiez qu'on adopte ce point de vue. Le double mandat de GW Bush Jr a été la catastrophe pour cette région du monde et Obama a dû en tirer les leçons ! Le reste cad le marché pétrolier et du gaz nat ont remodelé le jeu d'échecs au Moyen Orient et conduit Obama à déclencher une période de ressourcement mais les USA ont toujours leurs deux pieds implantés là où ils l'estiment nécessaire, et cette fois c'est moins au Proche Orient qu'en Asie continentale. Si vous pensez comme Mao que les Etats-Unis sont un tigre en papier il y en a heureusement bien d'autres qui ne le pensent pas y compris un certain Poutine et un ayatollah perse....sans compter la Chine ! Prendre une carte géopolitique du monde et regardez l'implantation américaine, ça aide à formuler des opinions fondées sur le réel !
Cordialement votre