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samedi 6 juin 2015

L’IRAN AU SECOURS DE BACHAR AL-ASSAD



L’IRAN AU SECOURS DE BACHAR AL-ASSAD

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 

            

         
Gardiens de la Révolution
          L’Iran ne cache plus ses desseins. Les unités spéciales des Gardiens de la révolution se préparent à intervenir massivement en Syrie pour sauver les débris du régime de Bachar Al-Assad. Les mollahs comptaient jusqu’alors sur les miliciens du Hezbollah qui subissent des déconvenues faces aux rebelles syriens et aux combattants de Daesh. L’armée syrienne a nettoyé une zone au nord du pays pour permettre aux troupes syriennes de prendre position. 


       
Qassem Soleimani
          Ce serait la première fois que l’Iran interviendrait officiellement et directement dans la guerre en Syrie. Téhéran avait évité jusque-là d’engager ses troupes à l’étranger. L'Iran avait fait exception en envoyant quelques troupes et des petites unités d’artillerie à Baïji, une ville d’Irak située dans la province de Salah ad-Din pour déloger, sans succès, le Daesh installé dans l’importante raffinerie éponyme.
            La stratégie syrienne consistait alors à utiliser les milices chiites locales en les formant et en les équipant d’armement. L'Iran avait même fait venir des mercenaires chiites du Pakistan et d’Afghanistan. Cette nouvelle intention syrienne a été exprimée le 2 juin par le général Qassem Soleimani, commandant en chef des forces iraniennes Al-Qods, groupe secret d'intervention à l’étranger. Il s’est borné à annoncer que des «développements majeurs» sont prévus en Syrie sans donner plus de détail sur les mesures qu’il compte prendre. Cette déclaration a été faite après son déplacement, le 31 mai à Damas, pour s’entretenir avec les chefs militaires du Hezbollah sur la situation effective et difficile sur le terrain. Il a tenu à se rendre compte de visu de l’avancement des troupes ennemies en approchant la frontière irakienne dans la province d’Al-Anbâr.

            Le corps expéditionnaire des gardiens de la Révolution sera chargé d'atteindre deux objectifs. Il devra d’abord récupérer la ville de Jisr al-Choughour au nord-ouest de la Syrie qui a été prise par les rebelles syriens sunnites soutenus par les États-Unis, l'Arabie Saoudite, la Turquie et le Qatar.  Le deuxième objectif consistera à reprendre la ville de Palmyre qui a été envahie par les troupes de Daesh. Ces deux reconquêtes représentent un symbole pour le gouvernement syrien car il doit protéger les routes menant à Damas et surtout le port méditerranéen de Lattaquié. Il s’agit surtout du symbole de la survie du régime de Bachar al-Assad.
Obsèques d'un miliciens du Hezbollah
                     Le régime iranien tient à justifier son intervention en rappelant le pacte de défense mutuelle qu’il avait signé en 2006 avec la Syrie. La situation urge car l’armée syrienne, secondée par le Hezbollah en déroute, peine à résister aux forces rebelles et à Daesh qui ont écrasé les forces de la 52ème division syrienne dans la ville kurde Hasakeh. Les Kurdes avaient refusé de défendre cette ville en laissant, par tactique, l’armée syrienne subir un échec sanglant. En quelques semaines, trois villes sont tombées aux mains des rebelles : Hasakeh, Palmyre en Syrie et Ramādī en Irak avec le risque d’une chute prochaine de Mossoul. L’intervention iranienne devient donc indispensable devant l’effondrement à Deraa des 68ème et 13ème divisions syriennes qui ont déposé les armes face aux rebelles de la coalition. Les États-Unis ne font plus le poids avec leurs frappes homéopathiques puisque leur aviation n’a pas freiné l’avancée islamique.
Zone en rose occupée par Daesh

          Les États-Unis et leurs alliés européens sont «en retard d’une guerre». À terme, sans l’avouer ouvertement, les Américains comptent sur les Iraniens pour le dénouement de cette guerre. Ils sont convaincus que la signature fin juin d’un accord sur le nucléaire permettra le départ du président syrien. Seule la France voit la situation d’une autre manière mais elle n’est pas écoutée. Les Occidentaux sont les seuls à qualifier l’embrasement de la région comme une seule et même guerre. L’État islamique a créé son califat à cheval entre la Syrie et l’Irak. L’Arabie saoudite joue sa survie, face à l’Iran son véritable ennemi. 

          L’Iran décide à présent d’intervenir en lançant des dizaines de milliers d’hommes supplémentaires. Sa présence active sur le terrain modifie l’équilibre régional. Les Occidentaux n’entrevoient pas le risque que l’Iran puisse devenir maître de l’Irak et de l’Iran. Dans ces gesticulations le régime syrien est devenu pratiquement quantité négligeable. Israël, lui, observe ses ennemis se déchirer et se contente de compter les points. Quel intérêt aurait-il à intervenir alors que ses frontières restent calmes car tous les belligérants connaissent la promptitude avec laquelle Tsahal peut intervenir si la sécurité du pays était en jeu ?

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