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vendredi 26 juin 2015

MOYEN-ORIENT ET CHINE : DES INTÉRÊTS PUREMENT ÉCONOMIQUES



MOYEN-ORIENT ET CHINE : DES INTÉRÊTS PUREMENT ÉCONOMIQUES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


           
Premier ministre Li Keqiang
          Les besoins en pétrole de la Chine conditionnent à la fois ses relations économiques avec le Moyen-Orient et sa politique dans la région. La fourmi chinoise tisse sa toile sans se préoccuper de l’évolution des conflits dans la région, pour lesquels elle adopte une stricte neutralité. La non-ingérence dans les politiques intérieures des autres pays est une constante chinoise. Elle s’était affirmée avec force lorsqu’elle s’était opposée à l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Plus près de nous, Pékin a par ailleurs refusé toute intervention en Syrie pour mettre fin au régime de Bachar Al-Assad.


Président Xi Jinping

Elle a gardé des relations étroites avec tous les acteurs de la région, sans exclusive, ce qui lui donne, sinon une position d’arbitre, au moins une certaine autorité dans le conflit entre Israël et les Palestiniens ou entre l’Iran et l’Arabie saoudite.  Elle a refusé de s’associer à la coalition contre l’État islamique, malgré ses intérêts pétroliers en Irak. Le premier ministre Li Keqiang ainsi que le président Xi Jinping, qui ont parcouru le monde, refusent de visiter les pays du Moyen-Orient pour éviter toute interprétation sur leur présence, en Arabie saoudite en particulier.
            Forte de cette neutralité, la Chine inonde le monde arabe de ses produits à bon marché, même dans les pays à forte main-d’œuvre locale comme l’Égypte. Ce commerce, qui a crû de 600% en dix ans avec 230 milliards de dollars en 2014, est la clef du développement de la Chine qui doit compenser ses fortes importations pétrolières en croissance continue. Elle est ainsi devenue en 2015 le plus grand importateur de pétrole du monde au point que le Qatar a ouvert une banque spécialisée dans les transactions en Yuan. La moitié de son pétrole provient du Moyen-Orient.

Origine du pétrole chinois

            En contrepartie, les voitures chinoises, les vêtements, les jouets et produits plastiques envahissent l’Égypte, la Syrie et l’Iran. En 2014, la Chine s’est placée à la troisième place des pays exportateurs d’armes, avant la France et l’Allemagne. Le paradoxe veut que la Chine se tourne vers l’Occident tandis que les pays arabes s’orientent à présent vers l’Est. Seuls les États-Unis importent moins de barils de pétrole depuis le développement du pétrole et du gaz de schiste. De 2,5 millions de barils par jour, la quantité est passée à 1,9 millions en 2011 et ce chiffre sera en décroissance permanente.
            De nombreux pays arabes, s’estimant boudés par les Américains, se tournent à présent vers la Chine pour obtenir ses investissements. Les Chinois construiront le métro de Téhéran, deux ports en Égypte, et un TGV en Arabie saoudite pour relier la Mecque à Médine. L’Égypte et la Chine ont signé le 15 juin un accord pour 10 milliards de dollars de nouveaux projets.

Signature de la construction du port d'Ashdod

Israël n’est pas en reste puisque la Chine a acquis les usines chimiques d’Ashdod et la première compagnie de produits laitiers Tnouva, ce qui constitue une menace stratégique sur l’économie israélienne. La Chine a obtenu la construction du nouveau port d’Ashdod qui vient de démarrer. Enfin le train Eilat-Ashdod va faire d’Israël un véritable pont terrestre entre l’Europe et l’Extrême-Orient. Ce train permettra l'exportation du gaz naturel israélien vers la Chine et l’Inde lorsque les gisements de gaz israéliens Léviathan et Tamar, situés en Méditerranée, entreront en exploitation. Ce projet sera construit et financé par la Chine pour 10 milliards de dollars.


Pour l’instant la Chine refuse de jouer un rôle politique ou militaire dans la région malgré le désengagement progressif des États-Unis. En revanche les pays qui commercent avec la Chine évitent de lui donner des leçons politiques dans le domaine des droits de l’homme, estimant qu’il s’agit d’une affaire intérieure et que le modèle économique chinois doit être un modèle pour plusieurs pays arabes.
Marine chinoise au départ pour le golfe d'Aden

Cependant la Chine prend une trop grande importance dans le monde pour pouvoir maintenir sa neutralité.  Elle a accepté d’être l’un des six pays qui négocient un accord nucléaire avec l’Iran après avoir engagé des exercices navals conjoints avec le régime des mollahs. Elle estime qu’un accord avec l’Iran serait profitable aux entreprises chinoises. Par ailleurs, sur le plan militaire, sa marine participe activement à la protection du Golfe d’Aden contre les pirates somaliens pour garantir la liberté de circulation.
La Chine a mesuré sa trop grande dépendance à l’égard du pétrole du Moyen-Orient, une zone trouble à l’avenir incertain puisque 600 Chinois ont été évacués en urgence du Yémen. Elle envisage de développer l’énergie nucléaire et s’inspire des techniques israéliennes pour l’énergie renouvelable. Son influence ira crescendo et il n’est pas certain que sa politique au Moyen-Orient restera longtemps purement économique. 



1 commentaire:

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Pour les puristes, peu informés, qui contestent l’expression «tisser sa toile» pour une fourmi, il faut leur préciser que cette expression peut avoir plusieurs sens, selon le contexte. Mais, le plus souvent, elle décrit le fait pour quelqu'un d'organiser (ou de réorganiser) une situation à son avantage, en utilisant telle ou telle stratégie, en faisant appel à des "alliés" (qu'ils soient conscients ou non de cet "état").

N'oublions pas l'origine de la métaphore, qui est liée aux arachnides, la toile étant fondamentalement un outil de chasse