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jeudi 26 février 2015

COMMENT ISRAËL A SANS CESSE EXAGÉRÉ LA MENACE NUCLÉAIRE IRANIENNE



COMMENT ISRAËL A SANS CESSE EXAGÉRÉ LA MENACE NUCLÉAIRE IRANIENNE

Par Jacques Benillouche
copyright © Temps et Contretemps


À l’heure où Benjamin Netanyahou se lance le 3 mars 2015 dans un discours à la Chambre des Représentants, en pleine campagne électorale, le sujet de l’Iran revient sur le tapis. Il nous refait le coup de la menace nucléaire. C’est le seul argument qu’il ait trouvé pour mobiliser son électorat israélien qui fuit vers d’autres horizons  tandis que les sondages indécis ne lui assurent pas, pour l’instant, une victoire décisive. 





Kahlon avec le général de réserve Yoav Galant

Alors que les sujets économiques et sociaux sont débattus par ses adversaires, il pense que les sujets sécuritaires pourraient faire la différence estimant que les listes de gauche et centristes ont des lacunes en la matière malgré la présence en leur sein d’anciens généraux qui ont occupé de hautes fonctions à l’armée. Il estime que : «Le congrès américain est le dernier frein à un accord avec l’Iran.  Si l’accord est signé, l’Iran aura la possibilité de produire la bombe atomique. Il est de mon devoir de Premier ministre de tout faire pour empêcher la signature de cet accord.»
En fait Netanyahou agite à nouveau le chiffon rouge pour mettre en garde les électeurs, non pas contre l’Iran, mais contre les «gauchistes» qui ne seraient pas capables de constituer un gouvernement fort. Il sait pourtant qu'il ne pourra jamais s'aventurer dans une opération contre l'Iran sans le concours des Etats-Unis qui ne sont pas partants pour l'instant. Mais c’est une arme qu’il a utilisée plusieurs fois et les électeurs ne sont pas dupes car des hauts dirigeants militaires et sécuritaires israéliens, ainsi que des membres de l’État-Major, sont là pour mettre les choses au point et recadrer les problèmes à leur juste niveau. Les électeurs ne tomberont pas à nouveau dans le piège. 
Le point sur cette question avait déjà été fait en juillet 2014 dans un article qui n’a pris aucune ride.


Article intégral publié par Jacques BENILLOUCHE

Slate.fr,  le 8 juillet 2014


Contrairement aux menaces à peine voilées et rumeurs distillées dans la presse, le gouvernement israélien n’a jamais eu l’intention d’attaquer l’Iran. Il cherchait avant tout à obtenir des concessions américaines en échange d’une soi-disant retenue et à mobiliser l’opinion publique israélienne face à une menace très exagérée.
Barak-Netanyahou

Les langues commencent à se délier et certains généraux israéliens révèlent la véritable stratégie mise en place par l’ancien ministre de la défense, Ehud Barak, et appliquée par le premier ministre Benjamin Netanyahou. Elle s’inspire de l’adage latin «Si vis pacem, para bellum» (Qui veut la paix prépare la guerre). Des sommes faramineuses ont été dépensées par Ehud Barak pour accréditer l’idée qu’une guerre était imminente avec l’Iran et la presse a été la première victime de cette intoxication alors qu’il n’a jamais été dans les intentions d’Israël de se lancer dans une guerre d’aventure contre l’Iran. 
Il s’agissait de sensibiliser les Occidentaux sur les risques qu’ils couraient à laisser l’Iran poursuivre son programme d’armement nucléaire et de détourner l’attention du conflit palestinien. Cette politique a permis à Benjamin Netanyahou de sanctuariser le budget de la défense et de neutraliser les oppositions à sa politique au nom d’une union nationale face au danger que courrait Israël.

Désinformation

Pour rassurer la population israélienne et convaincre le gouvernement de Jérusalem de ne pas bombarder l’Iran, les États-Unis ont été amenés à financer une part du budget israélien de la défense qui n’a pas diminué, au contraire, alors que tous les autres secteurs, le secteur social en particulier, ont souffert d’une diminution des dotations financières. Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, faisait savoir qu’il était hors de question de baisser le budget de son ministère à cause… du danger iranien.
Méïr Dagan

L’ancien chef du Mossad en poste pendant dix ans, Meir Dagan, a été le premier en 2010 avec les principaux chefs militaires et les responsables des services de sécurité à s’opposer ouvertement à son gouvernement en refusant de préparer une pseudo attaque militaire contre les sites nucléaires iraniens sachant qu’elle n’aurait pas lieu. Le chef d’État-major de l’époque, Gaby Ashkenazi, avait de son côté déclaré qu’une telle attaque serait «une erreur stratégique»
Gaby Ashkenazi

Aucun rapport ne donnait d’ailleurs d’indication sur la décision réelle d’une frappe ni sur son aspect imminent. Mais le chef d’État-major n’avait pas compris que l’exigence du gouvernement de mettre l’armée en état d’alerte «P-Plus», le plus haut niveau, ne signifiait pas la guerre imminente. Il fallait simplement inquiéter la population israélienne et les alliés occidentaux. Israël était depuis longtemps convaincu de la difficulté d’une frappe contre les installations nucléaires iraniennes parce qu’elles sont dispersées et enterrées sous des tonnes de béton et d’acier.


L’Iran n’est pas prêt d’avoir la bombe

Dès son départ du Mossad qui le libérait du devoir de réserve, Meir Dagan, avait averti qu’une telle opération de frappe pourrait conduire à une plus grande guerre au Proche-Orient et estimé que bombarder l’Iran était «l’idée la plus stupide». Cette frappe n’avait d’ailleurs pour Dagan aucune utilité et il l’avait confirmé à la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset en expliquant que l'Iran n'aura pas la capacité nucléaire avant 2015. Dagan a terminé son mandat en confirmant que l’Iran était encore loin de produire des armes nucléaires et qu’une série de dysfonctionnements l’avait mis hors de son objectif nucléaire pour plusieurs années.
Il est certain que les évaluations du renseignement israélien sur la capacité nucléaire de l'Iran ont changé durant le mandat de Dagan. En 2003, les responsables du renseignement israéliens pensaient que l’Iran aurait sa première bombe en 2007. En 2007 ils ont repoussé le délai à 2009, et un an plus tard ils l'ont décalé à 2011. Maintenant, la date a été déplacée à 2015. Ces ajustements ne sont pas le résultat d’évaluations erronées, mais les conséquences des difficultés rencontrées par l’Iran dans l'avancement de son programme, en grande partie en raison des coups portés par le Mossad et de l’application des sanctions économiques. Mais l’ancien chef du Mossad n’a volontairement pas été entendu parce que la stratégie de Barak incluait des tactiques alarmistes sur le programme nucléaire iranien.

Certains militaires, Uzi Eilam en particulier, avouent avoir été bernés. Le général de réserve, qui a dirigé pendant une décennie la Commission israélienne de l'énergie atomique, ne croit plus que l’Iran soit à la veille d’obtenir sa bombe nucléaire. Il doute même à présent que Téhéran ait encore la volonté d’un construire une. Il confirme que la stratégie de Barak était d’utiliser des informations alarmistes pour poursuivre les objectifs politiques qu’il s’était fixés. Selon lui: «Le programme nucléaire iranien ne sera opérationnel que dans 10 ans et je ne suis pas sûr que l'Iran veuille la bombe». Uzi Eilam sait de quoi il parle. Il a toujours été au cœur des mécanismes secrets de la sécurité israélienne.
Cette prise de position est corroborée par les indiscrétions actuelles d’officiers généraux en activité. «Une frappe sur les installations nucléaires de l'Iran serait en la salve d'ouverture menant à une guerre totale.» Le général Eilam détient des éléments probants pour afficher sa certitude car il a été impliqué dans le programme nucléaire d’Israël et dans le développement des missiles en tant que chef de l'administration de l'armée israélienne pour le développement des armes et de l’infrastructure technologique (connu en Israël par son acronyme hébreu, MAFAT). Ce département de recherche et développement est à la base des réalisations des armes les plus perfectionnées.
Il affirme que la route pour une arme nucléaire iranienne est encore très longue: «Après avoir été impliqué dans de nombreux projets technologiques, j'ai appris de manière pragmatique que les choses prennent du temps. Netanyahou et d'autres dirigeants politiques ont introduit une peur inutile dans les cœurs de la population israélienne.» Le général Eilam est persuadé que l’Iran est par ailleurs prêt à jouer le jeu politique en se séparant de la moitié de son uranium enrichi à 20% en raison des sanctions économiques qui affaiblissent Téhéran.

Les djihadistes plus dangereux que Téhéran


Il semble que les langues se délient volontairement aujourd’hui pour préparer un revirement de la stratégie israélienne vis-à-vis de l’Iran. Il s’agit de montrer que ce pays n’est plus aussi dangereux qu’on a voulu le dire ou le croire. Israël rejoint ainsi la stratégie d’Obama consistant à négocier avec le président Rohani parce que le nouvel ennemi désigné est l’EIIL (État islamique en Irak et au Levant). Pour les Américains, l’alliance avec les chiites d’Iran devient donc une nécessité pour barrer la route aux djihadistes sunnites.
Le général Eilam a abordé avec franchise ce revirement politique face au nucléaire iranien: «Les principaux problèmes sont encore devant nous, mais il est certainement possible d'être optimiste en donnant une chance sérieuse au processus diplomatique Et je ne suis même pas sûr que l'Iran voudrait la bombe. Il pourrait devenir une puissance régionale chargé d'intimider ses voisins.»
Le mot est dit. Barack Obama projette de réaliser dans l’avenir une alliance avec l’Iran et Israël, et peut-être l’Égypte, pour mettre fin au danger djihadiste. D’ailleurs le général Eilam n’hésite pas à accuser directement Netanyahou : «Netanyahou utilise la menace iranienne pour atteindre une variété d'objectifs politiques. Ses déclarations font peur inutilement aux citoyens d'Israël, étant donné qu'Israël n'est pas partie prenante dans les négociations qui déterminent si l'Iran sera contraint ou non de démanteler son programme nucléaire.»
Tamir Pardo

De hauts dirigeants militaires ne semblent plus tenus au devoir de réserve parce que Netanyahou a besoin aujourd’hui de justifier la thèse selon laquelle l’Iran ne représente plus une menace mortelle pour Israël. Le patron actuel du Mossad, Tamir Pardo, est à l’unisson en déclarant que «le programme nucléaire de l'Iran n'est pas une menace existentielle». Il a affirmé que la principale menace pour Israël est le conflit avec les Palestiniens et la dérive des djihadistes: «Oui, la plus grande menace est la question palestinienne.» Son discours confirme ainsi qu’il  ne partageait pas l'urgence dans les discours de Benjamin Netanyahu sur le programme nucléaire de Téhéran.

Il a énuméré les menaces qui pèsent sur Israël, y compris une prise de contrôle de certaines parties de l'Irak par l'EIIL et les menaces contre la Jordanie : «C'est un problème préoccupant pour Israël. Cette organisation est là pour rester et elle mystifie le public en apportant un bien-être à la population et en développant le système éducatif. Le Hamas est une organisation légère en comparaison.»
Lors d’une réunion privée, d’autres généraux en activité ont confirmé que l’Iran est sorti des radars israéliens parce qu’il fallait se préparer à affronter les djihadistes qui campent déjà aux frontières du Golan. Cela explique la relative modération dont l’armée israélienne a fait preuve dans les représailles contre le Hamas. D’abord, il n’est pas prouvé que le Hamas soit directement responsable de l’assassinat des trois jeunes étudiants talmudiques à Hébron et d’autre part, le départ du Hamas de la gouvernance de Gaza pourrait ouvrir la porte à un gouvernement radical plus déterminé, dirigé par les djihadistes.

5 commentaires:

Spira a dit…

Monsieur Bennilouche. Ne laissez pas votre haine viscérale de la droite dépasser le fait que l'Iran est le plus terrible des ennemis à la fois d'Israël et de l'Occident. Je ne vais pas vous faire la list (des mensonges à l'IEA, en passant par les 100 juifs assassinés à Buenos Aires, les attentats dans le monde entier, la guerre du Liban, le Hezbollah, le Hamas,...). Au total, des milliers de morts juifs qui seraient vivants sans l'Iran des ayatollahs. Vous savez pertinament que les Perses sont autrement plus éduqués et capables que les va nus pieds sunnites. Ce n'est pas parce que l'on n'a pas attaqué l'Iran et laissé planer le doute quant à une attaque que l'Iran n'est pas LA menace existentielle pour le peuple juif.
Dormez braves gens en Israel, votez à gauche puisque JB vous dit que l'Iran n'est pas une menace...

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Cher Monsieur Spira,

Mon article est constitué de faits et de citations qui ne sont pas de mes inventions. A la rigueur le chapeau de l'article dénote effectivement ma mauvaise humeur de voir Netanyahou utiliser la tribune du Congrès pour sa propre campagne électorale.

Pour le reste, j'ai cité Benjamin Netanyahou, Meïr Dagan, Gaby Ashkenazi, Uzi Eilam, et Tamir Pardo qui sont des hauts dirigeants sécuritaires autrement plus importants qu’un simple journaliste d’opinion. Vous devriez leur transmettre votre accusation de "haine viscérale" de la droite. Je n'ai jamais dit que l'Iran n'est pas une menace mais ce sont ces personnages qui le disent et mon incompétence sécuritaire me pousse à les croire..

Vous devriez mieux lire mes articles en profondeur et non pas en diagonale.

En tout état de cause, n'est-ce-pas la démocratie que de permettre à tout citoyen de voter selon sa conscience même si ce n'est pas dans votre sens.

Anonyme a dit…

Bonsoir
Merci pour votre article, tout cela ressemble à un jeu de intox et désintox.
Il n'est pas certain d'ailleurs que derrière les apparents enjeux électoraux il n'y ait pas
également de la géostratégie.

Mais n'aviez vous pas vous même affirmé que l'Iran avait déjà l'arme nucléaire?
Cordialement

Pierre Spira a dit…

Cher Monsieur Bennilouche,

Merci pour votre réponse mais lui ausssi est un expert:
http://www.israelhayom.com/site/newsletter_article.php?id=23781
Et ce qu'il nous annonce est terrifiant: 400 facilités nucléaires réparties sur tout le territoire iranien avec impossibilité de tout contrôle de l'IEA. Les iraniens mentent à la communauté internationale depuis 30 ans et Obama va créer les conditions d'un Auschwitz 2 ? Non merci.
N'oubliez pas que les mollahs appuieront sur le bouton en disant que c'est Allah qui a guidé leur main. Alors Bibi ou Livni au pouvoir, les prix de l'immobilier plus hauts ou plus bas ainsi que le prix du cream cheese n'auront aucune importance comparée au désastre et à la désolation atomiques.

Claude a dit…

Monsieur Spira,
Loin de toute polémique, je m’adresse respectueusement à vous pour vous faire remarquer que J B, comme vous le paraphez, n’est autre qu’un journaliste de premier ordre, qui ne fait que son travail en toute objectivité, et sans jamais prendre aucun parti !
Pour ce qui vous concerne, il ne me parait pas que vous en fassiez autant, si j’en juge par les propos que vous énoncez. Quel passé « plus ou moins », avez-vous de la politique ?
Par ailleurs, et en tant que latiniste, je me permets de souligner le fait qu’avant d’écrire, vous devriez vérifier votre orthographe ainsi que la syntaxe de la langue de Voltaire.
Je reste à votre « disposition » pour une éventuelle joute épistolaire si toutefois vous le souhaitez.
Bien à vous,
Claude