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vendredi 13 décembre 2013

LA SHOAH EN TUNISIE



LA SHOAH EN TUNISIE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

La grande synagogue de Tunis

Des titres d’articles publiés dans certains sites dérangent car non seulement ils sont trompeurs mais ils correspondent à des faits qui entrent plutôt dans le domaine de l’illusion. Ils répondent en fait à une volonté déplacée de dramatisation. Dans une sorte de jalousie morbide, certains séfarades de Tunisie cherchent à présent à mettre sur un même plan la Shoah des pays de l’Est et les exactions subies par les Juifs tunisiens durant six mois de novembre 1942 au 7 mai 1943.  Ils s'invitent à Yad Vashem, le haut lieu de la Shoah, alors que leur présence est un peu exagérée.



Solution finale


Travailleurs juifs



Certes la Tunisie et la Libye sont les deux seuls pays d’Afrique du Nord à avoir subi la présence nazie mais la «solution finale» n’a jamais eu le moindre début de réalisation et l’horreur nazie à son paroxysme n’avait pas encore atteint ces deux pays. Les Juifs n'étaient pas tenus de porter un signe distinctif ou une étoile comme en Europe. Certains camions d'extermination avaient été débarqués mais leur fonctionnement n'a jamais commencé. Comparer ce qui n’est pas comparable est une atteinte à la mémoire des six millions de Juifs assassinés dans les camps d’extermination.

Alors certains se mettent à rêver que la Tunisie a subi une situation comparable alors qu’il y a des degrés d’horreur qu’il faut éviter de dépasser. Ils parlent de «4.000 Juifs tunisiens déportés par les Nazis» alors que la notion de déportation n’a pas été la même. Le 8 décembre 2013 au mémorial de la Shoah à Paris et à Jérusalem, une partie de la communauté juive de Tunisie  a en effet décidé de rendre un hommage, dans le silence, aux 4.000 Juifs Tunisiens déportés par les Nazis. Il s’agit d’une escroquerie intellectuelle car la notion de déportation ne doit concerner que celle qui envoyait les victimes dans les camps d’extermination. La vérité est toute autre, elle a été racontée par des témoins qui ont vécu les évènements.

L’armée nazie a occupé la Tunisie après avoir importé avec elle toutes ses méthodes coercitives et ses experts pour la construction de fours crématoires qui devaient fonctionner comme en Europe ; mais les alliés arrivés fort heureusement à temps ont réduit à néant ce projet d’extermination. En revanche, les menaces, le racket, la prise d’otages et les intimidations étaient devenus les attributs de la domination quotidienne. Les Juifs constituaient la cible principale des exactions parce qu’ils symbolisaient le Peuple Élu et ils devaient donc en assumer les conséquences.



Main-d’œuvre gratuite




Ils avaient reçu l’ordre non négociable de fournir une main d’œuvre gratuite à une armée d’occupation agissant en toute impunité. Les maltais, les italiens et les arabes bénéficiaient d’une totale immunité qui leur donnait l’assurance d’une fierté déplacée et leur égoïsme leur interdisait de manifester une quelconque solidarité envers leurs amis d’hier. Les plus lâches se glorifiaient dans l’insulte en invectivant de vieux otages apeurés, défilant encadrés de soldats allemands qui les menaient vers l’inconnu. Fort heureusement les otages n’eurent pas à subir la mort.

La population juive de Tunisie avait reçu le choc de l’occupation comme une punition divine. Elle vivait jusqu’alors paisiblement et elle ne pouvait imaginer un jour être soumise à un malheur de cette envergure. Les armées allemandes, avec l’aide d’officiers S.S peu scrupuleux cherchant à s’enrichir au prétexte de la guerre, avaient exigé le financement de leur occupation par la seule population juive. Une minorité de civils devaient ainsi payer les frais de séjour et les dépenses personnelles d’invités non sollicités.

Les dirigeants de la communauté juive, réunis à l’école de l’Alliance israélite, s’étaient vus sommés, sous la menace de représailles ou d’exécution d’otages, de verser des rançons de plus en plus élevées. Le montant des amendes collectives disproportionnées augmentait à chaque versement. Le sinistre colonel S.S Rauff, qui avait fait ses premières armes dans le combat contre le Ghetto de Varsovie, avait exigé des responsables juifs qu’ils équipent en pelles, pioches et tenues de travail deux mille jeunes juifs pour être mobilisés dans les chantiers militaires. 
Réunion des travailleurs face à l'Alliance israélite



Amendes collectives



Les responsables de la communauté de l’époque, dénués de charisme et d’autorité, ne disposaient d’aucune liste nominative. Aucun recensement communautaire n’avait été établi et ils ne pouvaient compter que sur la persuasion individuelle pour les sortir du mauvais pas. Peu de jeunes s’étaient portés volontaires pour manier la pelle et la pioche ; le quota de jeunes imposé par les nazis ne pouvait pas être atteint en si peu de temps. La solidarité juive restait un vain mot de littérature puisque chaque foyer défendait d’abord ses propres intérêts quand il n’essayait pas de soudoyer les responsables. Les dirigeants juifs espéraient inciter la majorité des jeunes, oisifs depuis leur exclusion des lycées français en raison des  lois pétainistes, à se présenter en leur proposant un salaire attractif. Mais malgré leur désœuvrement, les jeunes ne se faisaient pas à l’idée d’un travail forcé peu motivant et ils n’hésitèrent pas à user de tous les stratagèmes, corruption comprise, pour se soustraire à ce volontariat en mettant en danger la vie des notables emprisonnés. 
Réunion des travailleurs avant le départ

Les femmes acceptaient en revanche de se défaire de ce qu’elles considéraient comme une assurance-vie, un pactole pour la retraite ou tout simplement une réserve pour les mauvais moments. Elles abandonnaient, au titre de la rançon, le petit bijou en or fêtant la naissance de chaque enfant dont la valeur dépendait du capital amour investi par le couple. Pour concrétiser les exigences allemandes, les bagues, les colliers et tous les bijoux en or étaient collectés pour répondre au chantage des représailles collectives. Ces rançons calmaient la mauvaise humeur des allemands et protégeaient tous les jeunes garçons réquisitionnés pour servir de travailleurs esclaves.

Pendant que les hommes de 18 à 45 ans étaient envoyés dans les ports pour aménager les quais, à la campagne pour consolider les bâtisses militaires, dans les aéroports pour colmater les trous des pistes d’atterrissage endommagés par les bombes et en périphérie pour creuser et bâtir des tranchées et des ouvrages défensifs, les rabbins se mobilisaient pour invoquer la clémence divine qui refusait de se manifester. Mais jamais les enfants, les femmes et les vieillards n’ont été envoyés dans ces camps comme à l’occasion de la rafle de Paris durant laquelle les policiers français investissaient maison par maison, sans faire d’exception.

Les travailleurs forcés étaient convoqués près de l’école de l’Alliance comme le montrent les quelques photos d’époque. La liste était établie par les autorités juives elles-mêmes qui faisaient leur propre sélection. Les jeunes, qui travaillaient dur mais vivaient à quelques kilomètres de leurs familles, bénéficiaient de réseaux organisés pour leur venir en aide matérielle. C’est pourquoi les chiffres officiels citent la mort de dix-sept travailleurs. 
Bien que cela soit déjà trop, nous sommes loin de l’hécatombe de la rafle du Vel d’hiv ou des pays de l’Est. Les travailleurs n'ont jamais quitté la Tunisie comme pourrait le faire croire leur qualification de déportés et ils ont retrouvé leur liberté à l'arrivée des alliés. Les seuls Tunisiens qui ont fini dans un camp de concentration en Europe ont été ceux qui vivaient en France, à l'instar du champion du monde de boxe Young Pérez.

C’est pourquoi il y a une certaine indécence à vouloir grossir les faits des exactions tunisiennes, déplorables certes, parce que cela minimise d’autant l’horreur qu’ont subie nos frères des pays de l’Est. Il ne s'agit pas de minimiser les souffrances des Juifs de Tunisie pendant la guerre mais de les relativiser. Les notions de Shoah, de camps et de déportés ne doivent être utilisés qu’à bon escient. Il n'y a pas eu de Shoah en Tunisie.

11 commentaires:

Karine SAMAMA a dit…

bravo pour cet article très complet et bien documenté qui remet les faits à leur juste place ,il y a eu un STO en Tunisie mais pas de Shoah »

André NAHUM a dit…

Votre article est très équilibré et correspond je crois à une réalité que j'ai écrite dans une nouvelle, "Caserne Philibert" dans le livre "Le roi des briks" en 1992 chez l'Harmattan.
En fait la proximité des alliés , la situation désastreuse de l'Afrika Corps en Libye a empêché les Allemands de dépasser ce que j'appellerai le stade-1 dans leur programme d'élimination des Juifs. C'est à dire mise en condition de la Communauté. Mise en place d'un "Judenrat", mesures coercitives, amendes collectives, réquisitions de toutes sortes, réquisition de 3.00 travailleurs dont certains étaient dans des camps comme à Bizerte la caserne Philibert, d'autres rentraient chez eux le soir.
Ils n'ont pas eu le temps d'aller plus loin, fort heureusement pour nous et ils craignaient pour leur peau, car leurs chefs savaient très bien que la partie était perdue.
Malgré leurs tous premiers succès contre les Américains, ils savaient très bien que les deux rouleaux compresseurs, l'un venant du sud, la huitème armée britannique de Montgomery, l'autre à l'Ouest les Anglo-Américains et la division française repliée de Tunisie ne leur laissait aucune chance.
Voilà ce que je crois être la vérité.
J'ajoute que le comportement très honorable du Bey Moncef, injustement déposé par le général Giraud qui commandait en Algérie a certainement refreiné les ardeurs de ceux parmi les Musulmans qui auraient pu se livrer à quelques pogroms.
Comme le disait ma grand-mère nous l'avons échappé belle et nous devons remercier Dieu, nos saints protecteurs, Rebbi Meyer Baal Aness, Rebbi Hai Taieb, Rebbi Fragi de Testour, Rebbi, Youssef El Maarabi, Rebbi Messaoud El Fassi qui ont fait du très bon travail, sans oublier les soldats Américains et Anglais et leurs Chefs Montgomery
En vérité ce fut un miracle !!!!!

andre a dit…

Il y a eu des déportations vers l''Allemagne ou plutôt vers les camps de concentration.
J'ai en mémoire un nom : Raymond SAMAMA , avocat et je me souviens d'un père et de son fils livrés aux allemands par leur pseudo guide tunisien , et 1qui furent décapités à la hache dans une prison d' Allemagne.
André MAMOU
Tribune Juive

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Un cas cité ne peut être assimilé à une Shoah en Tunisie avec son côté d'élimination systématique des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards.

Quelques cas d'éliminations politiques de meneurs ont certainement eu lieu mais on ne peut pas en faire une généralité.

Avraham NATAF a dit…

Il faudrait relire Memmi, avant que la propagande antisioniste n'affecte les opinions; les dirigeants communautaires, habitués à du quotidien ordinaire, n’étaient pas à la hauteur de la situation, ils voulaient sauver les "élites" et jeter les pauvres. Rauff, fort de son expérience, passa immédiatement à l'action pour mettre en place le système nazi; l'Afrika corp était démoralisée en réalisant les quantités de matériel américain débarqué, le général Von Armin avait obéi aux ordres en tirant jusqu'au dernier obus d'artillerie vers la mer. Il n'y aurait pas eu 4000 victimes, les statistiques effacent les souffrances subies par les individus. Peut on dire que les juifs hongrois ont moins souffert que les juifs de Pologne, si ce n’était qu'une question de temps avec l'Armée rouge à la porte.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Cher Souhail,

Je n'ai jamais contesté que les Juifs de Tunisie avaient subi des exactions graves. Et pour cela ils doivent certes recevoir des dédommagements ne serait-ce pour l'argent et les bijoux qui leur ont été volés. D'ailleurs je l'explique dans mon article.

Je conteste le terme de Shoah qui s'applique à des déportations massives vers les camps de concentration de femmes, d'hommes, d'enfants et de vieillards. heureusement nous n'avons pas connu cela en Tunisie.

Merci pour votre commentaire

André NAHUM a dit…

Je suis bien placé pour parler de l'occupation allemande de la Tunisie puisque je l'ai subie.
Mais Jacques Benillouche a raison: Mettre nos souffrances sur le même pied que ce qui c'est passé à Varsovie, n'"est pas correct, ce n'est pas bien.
C'est Miraculeux, mais il n'y a pas eu de Shoah en Tunisie. Quelqu'en soient les raisons : Il n'y a pas eu de shoah !
Par exemple : Pour Pessah 1943, l'usine des pains azymes a fonctionné normalement, comme les années précédentes. Les abattoirs ont continué à débiter de la viande "cachère".
Dans les camps de travail, les travailleurs n'ont pas été massacrés.
A Tunis, personne n'a jamais porté l'étoile jaune.
Il y a eu très peu de déportations.
D'accord, les Alliés n'étaient pas loin, mais même en 6 mois, les Allemands auraient pu liquider la communauté. Ils ne l'ont pas fait :
Pourquoi ????
Grâce à Moncef Bey ?
Grâce à Esteva ?
Grâce aux Italiens qui participaient à l'occupation ?
Personnellement je continue à parler de Miracle.
C'est vrai . On a eu très peur. On a souffert.
Mais à la libération le vendredi 7 Mai 1943, la communauté était pratiquement intacte.
Aucun historien sérieux ne pourra dire le contraire

50 ans a dit…

Je ne crois pas qu'il faille séparer les évènements de la deuxieme guerre mondiale. L'intention des nazi a été la même pour tous les juifs qu'ils pouvaient attrapper. certains juifs de pologne ont eu la "chance" de se trouver sur le versant soviétique et ainsi d'être evacués dans les republiques du sud de l' URSS. Les juifs de Tunisie ont eu la chance de l'arrivée des troupes alliées. Cela n'enlève en rien l'unicité du processus. Il y a eu une seule Shoah certains en ont rechappé et malheureusement trop y ont laissé leur vie.

Firas CHERIF a dit…

personnellement je crois au rôle de Moncef Bey qui refusait qu'on touche à "ces sujets" quelque soit leur confession, et les allemands ne voulaient pas perdre un "allier potentiel" qui par son autorité morale auprès de ces concitoyens pourraient leur être très utile; donc l'extermination des juives tunisiens avait été juste reportée de quelques mois , cad si romel avait gagné à Marsa Matrouh, çà aurait été un carnage ,non seulement pour les juifs tunisiens ;mais aux libyens;algériens et marocains! »

Youdith Shaked a dit…

Les historiens sont d’accord que le destin des Juifs dans les pays de l’Europe continentale et dans ses colonies, differe en fonction de certaines realites politiques. Et les Juifs du Denmark n’ont pas subi de deportations massives.

Sla seule raison pour laquelle les juifs de Vichy-Afrique du Nord ont ete persecutes, est parce qu’ils etaient gouvernes par Vichy France, et donc faisait partie de la solution finale de la question juive en France. Hitler, lui meme a dit: “les nations europeennes et leurs colonies.”

Sir Martin Gilbert: L’histoire de la persécution des Juifs en Afrique du Nord pendant la 2ème guerre mondiale fait partie intégrante de l’histoire de la Shoah en France.

La solution finale a des etapes: identification des Juifs, propagande anti-Juive, descrimination, isolation, violence, deportations
Tout cela a eu lieu en Vichy-Afrique du Nord, Vichy-Tunisie occupee par Nazis, et en Libye italienne.

Tous les historiens serieux de la Shoah, qui n’ont aucun agenda politique ou personnel, sont d’accord que la Shoah etait un processus politique international qui a evolue avec les developments de la deuxieme guerre mondiale.

That the overwhelming preponderance of Jewish victims lived in continental Europe is not in question. But,
Dr. Eberhart Jackel: “The Holocaust … until then no state had decided to wipe out as completely as possible a group of people whom it specified as Jews. … The state … killed the members of this group wherever it could seize them…

This definition of the uniqueness of the Holocaust is neither moral nor QUANTITATIVE, but purely historical. … Neither does it emphasize the number of victims.”
jb: Shoah s'applique à des déportations massives vers les camps …

Shaked: Je pense que c’est l’avis d’un journaliste, qui a recherché certains faits, mais qui n’est pas un historien de la Shoah. Michael Marrus, n’est pas d’accord avec la definition de Shoah comme s’appliquant “à des déportations massives

Marrus: the Holocaust was not an international conflict in any normal sense: it took place within the context of an INTERNATIONAL conflict, and to a real degree there was what Lucy Dawidowicz has called a ‘war against the Jews.’”

Avner Shalev, YAD VASHEM Chairman and exhibition curator, while standing next to the new Permanent Exhibition SHOAH at the Auschwitz-Birkenau State Museum, Block 27, recently stated in June 2013: SHOAH …the Nazis’ systematic attempt to exterminate the Jewish people. … Nazi endeavours to totally wipe away the Jewish nation. …
…. an enlarged map –“Geography of Murder” …the genocide (Shaked: map shows Europe inclusive of its overseas territories – pro-Nazi Vichy-North Africa, and Italy’s Libya in North Africa).

Yehuda Bauer, academic advisor at Yad Vashem a souvent dit qu’il ne faut pas comparer la souffrance; Bauer a aussi ecrit: “The Holocaust was perpetrated by the Nazis for very specific reasons. They saw the Jews the ultimate enemy ... Murder him ... And it wasn’t directed against the Jews of country ‘x’ but against the concept of the Jew. The Jew. Anywhere. Everywhere.

Thank you for your kind attention.
Edith Shaked, Board Member of H-Holocaust (organisation academique internationale) et Holocaust instructor aux usa (excusez mon francais et mes ajouts en anglais)

A. Lagémi a dit…

Arnold Lagémi,
Un des intérêts de cette réflexion est de montrer que dans l'esprit putrescible du National socialisme, les Juifs sont d'abord un peuple. La division Achkénaze/Sépharade est, bien plus, une réalité Judéo-israélienne qu'une donnée sociologique rationnelle.
Il faut bien comprendre. Pour l'ennemi Arabe, on ne fait pas le distinguo entre le polonais et le Parisien.