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mardi 26 mars 2019

Le blocus passoire de Gaza



LE BLOCUS PASSOIRE DE GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            
Défilé à Gaza

    Le blocus de Gaza est censé couper, par la force, le ravitaillement en armes de Gaza. Il a pris place sur mer avec un blocage du commerce maritime et sur terre par un contrôle des transports terrestres. Il est légitime de se demander si ce blocus est efficace car la frontière avec Gaza est une passoire qui laisse traverser toutes sortes d’armes de guerre depuis les simples roquettes Kassam et les mortiers jusqu’aux missiles et les roquettes iraniennes Fajr-5.



Il s’agit véritablement d’un mystère car ni les satellites et ni les drones n’arrivent à détecter ces transferts entre Gaza et le monde extérieur. Les nombreuses frappes israéliennes ne parviennent pas à détruire un arsenal qui est en constant remplacement. Il faut se rendre à l’évidence que le Hamas et le Djihad islamique font preuve d’ingéniosité pour échapper à la surveillance de l’Égypte et bien sûr d’Israël.
            Les centaines de tirs de roquettes n’épuisent pas le stock alors que les puissances des armes sont en évolution constante. Israël est à présent convaincu que, en plus de la contrebande par les tunnels, des usines locales travaillent à plein rendement pour équiper les milices islamiques. On a dépassé les petites roquettes artisanales faite de bric et de broc pour utiliser des roquettes capables de parcourir 120 kms et frapper le centre du pays. 

Tunnel de Gaza

       Quand on voit le matériel dont dispose Gaza, on reste convaincu que le blocus est une véritable passoire. Bien que l’Égypte ait détruit la majorité des tunnels en 2013, un nouveau réseau de tunnels le long de la frontière égyptienne a été reconstruit permettant l’importation d’armes de pointe. Le chef du Hamas Yahya Sinwar a confirmé que toutes les armes détruites pendant la guerre de 2014 avaient entièrement été reconstituées. 
            Les services de renseignement confirment que le Hamas détient à présent des armes sophistiquées plus précises, à savoir des missiles antichars guidés et des missiles anti-aériens lancés à l’épaule, d’origine russe, et même certains drones. Nous sommes loin des roquettes artisanales de type Kassam dont on ne contrôle pas la trajectoire. Le Hamas dispose à présent de la fusée R-160  (Rantissi-160) qu’il a utilisée pour la première fois lors de la guerre de 2014 pour frapper Haïfa. Mais il produit aussi la J-80 (Jabari-80) qui vient de frapper le centre d’Israël.

            Des techniciens iraniens introduits à Gaza ont aidé le Hamas à créer une usine locale de fabrication d’une copie de la fusée Farj-5 baptisée M-75, basée sur la technologie chinoise. Par ailleurs les Iraniens ont réussi à fournir à Gaza de nombreuses fusées russes Grad d’une portée de 20kms. Tout ce matériel est inaccessible à l’aviation israélienne car il est stocké dans de nombreux tunnels défensifs qui sont construits en permanence et qui transforment Gaza en un véritable gruyère.
            Des centaines de mortiers à courte portée en provenance de l’arsenal libyen traversent tous les jours la frontière égyptienne, ainsi que des missiles antichars à guidage laser, Kornet, d’origine russe que le Hezbollah détient en grande quantité.

Mohamed Zouari

            Enfin les techniciens du Hamas ne cessent de se perfectionner en drones pour l’instant au stade primaire. On se souvient de l’élimination en Tunisie de l’expert en drones, Mohamed Zouari, de l’aile militaire du Hamas. Zouari d’origine tunisienne s’était rapproché des Palestiniens lorsqu’ils ont vécu en exil en Tunisie avec Yasser Arafat. Il s’est mis à leur service et à celui du Hezbollah depuis les années 1990, après avoir quitté sa Tunisie natale. Il avait progressé dans l’organisation du Hamas jusqu’à devenir le chef du programme de fabrication des drones après avoir perfectionné sa formation à Damas où il a vécu jusqu'en 2013. Cette élimination en décembre 2016 a totalement ralenti le projet des drones du Hamas.
Point de passage de Gaza

Les différents cessez-le-feu entre Israël et le Hamas permettent de rétablir le calme et de fournir à Gaza, via les points de passage israéliens, toutes les denrées alimentaires dont il a besoin. Mais cette accalmie est l'occasion pour le Hamas de renforcer son approvisionnement militaire. C’est pourquoi de nombreux ministres ne sont pas favorables à un accord de cessez-le-feu avec le Hamas arguant que Tsahal ne peut évaluer la situation qu’en se déplaçant sur place avec ses forces spéciales déguisées qui prennent tous les risques. 
Il faut constater que le blocus de Gaza par Israël, l’Égypte et l’Autorité palestinienne a échoué. Le blocus n’a pas empêché le Djihad islamique, le Hamas et d’autres groupes d’acquérir un plus grand nombre de missiles et de nouvelles capacités d’armement. Il faudrait donc trouver de nouvelles solutions pour éviter la propagation de l’armement de mort à Gaza.

Soit une solution militaire faisant entrer les chars et l’infanterie israéliens pour aller à la recherche des arsenaux du Hamas en neutralisant, voire en éliminant, les dirigeants islamistes. Mais ce n’est pas dans les plans actuels du gouvernement qui veut maintenir une entité autonome à Gaza pour contrer Mahmoud Abbas et empêcher tout regroupement de Gaza et de la Cisjordanie en vue d’un nouvel État palestinien.
Projet d'île à Gaza

Soit une solution politique qui a été prônée par le pragmatique nationaliste Avigdor Lieberman, qui a mis de l’eau dans sa vodka et qui ne peut être accusé de "gauchisme". Il propose d'ouvrir la frontière pour admettre en Israël des ouvriers de Gaza, pour diffuser la production agricole de l’enclave vers l’étranger, pour créer un port maritime et un aéroport contrôlés par les forces israéliennes, bref pour redonner vie à une enclave soumise à la détresse économique. Pour cela il faudrait changer la politique sécuritaire du pays.
La seule réflexion qui vient à l’esprit c’est l’usage que les Palestiniens auraient pu faire de toutes ces fusées parties en fumée, au propre comme au figuré, et qui auraient pu améliorer le sort de quelques Gazaouis. Nous laisserons le dernier mot à l’éditorialiste de radio Judaïques-FM, Nathalie Sosna-Ofir, qui a tiré sa conclusion dans sa revue de presse : «Nombreux sont les éditorialistes ce matin à estimer que le statut de Benyamin Netanyahu - le Monsieur Sécurité- est plus affaibli que jamais. Depuis le début de la campagne, les Palestiniens à Gaza ont tiré deux fois sur le centre du pays, et hier il y a eu des blessés, un miracle qu'il n'y ait pas eu de morts. De plus les incidents sécuritaires se multiplient. Attentats en Judée-Samarie, révolte des membres du Hamas dans les prisons israéliennes, violences à la clôture de sécurité entre Israël et Gaza...Alors le gros cadeau législatif offert hier par Donald Trump à Netanyahou -la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur le Golan sur un plateau- et les frappes massives de Tsahal à Gaza suffiront-t-elles à compenser ? Réponse sans doute dans les urnes le 9 avril».

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1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

"Réponse sans doute dans les urnes le 9 avril."
Mazel tov ! Comme on dit chez vous, je crois.