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jeudi 8 novembre 2018

L'alibi tunisien et la réalité marocaine



L’ALIBI TUNISIEN ET LA RÉALITÉ MAROCAINE
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
René Trabelsi avec Mahmoud Abbas

          La Tunisie n’arrive pas à trouver les moyens de renouer avec son ancienne communauté juive qui déserte le pays en créant un climat de suspicion qui éloigne les autres Occidentaux pourvoyeurs de devises indispensables à l’économie du pays. Le pèlerinage annuel de la Ghriba est le thermomètre qui a prouvé, cette année encore, que les Juifs ne se pressent plus dans la synagogue de Djerba. De 5.000 à 6.000 pèlerins du temps de Ben Ali, on compte à peine 300 cette année, déduction faite des invités de marque, des journalistes juifs présentés à la galerie pour prouver que la Tunisie n’est pas antisémite. Or ce n’est pas cette accusation qui est portée contre le pays mais plutôt celle d’antisionisme, bien que ces deux qualificatifs soient devenus, avec le temps, des synonymes.


Liel Lévitan

            On se demande si cette nomination ne vient pas à point nommé, en tant que caution pro-judaïque, pour étouffer le drame de la femme islamiste kamikaze qui s’est faite exploser en plein centre de Tunis. La Tunisie, qui tente d’améliorer son image vis-à-vis des Juifs, use et c’est classique, alternativement de la carotte et du bâton.  René Trabelsi est la carotte puisqu’il vient d'être nommé, le 5 novembre 2018, ministre tunisien du Tourisme et de l'Artisanat dans le gouvernement de Youssef Chahed. Homme d’affaires, dirigeant de la Royal First Travel (RFT), ce professionnel du tourisme est également membre de la commission d'organisation du pèlerinage de Djerba et le fils aîné du président du comité juif de la Ghriba, Perez Trabelsi.
            Mais la carotte ne rassure pas les Juifs face aux mesures anti-israéliennes, prise par le gouvernement pratiquement tous les mois. Sans remonter aux années précédentes, l’écolière Liel Lévitan, 7 ans, n’avait pas été autorisée en juillet 2018 à participer aux championnats du monde d’échecs en Tunisie en raison de sa nationalité. Mais la Tunisie vient encore de frapper puisqu’elle s’est opposée, le 3 novembre, à la participation de la délégation israélienne à la Conférence internationale pour le dialogue des religions. Un dialogue biaisé puisque les Juifs ne sont pas représentés.
Les députés tunisiens s'opposent à la venue d'Israéliens en Tunisie

Enfin d’une manière générale, plus palestinienne que les Palestiniens, la Tunisie interdit aux détenteurs de passeports israéliens de fouler son sol même s’il s’agit de ses propres ressortissants ayant acquis une autre nationalité. Alors on peut affirmer que la nomination d’un ministre juif n’a aucune incidence sur le ressenti juif et elle ne se justifie même pas puisque la communauté juive est passée de 110.000 âmes à 1.200 aujourd’hui. Les naïfs peuvent être contents mais certainement pas fiers du colifichet offert à un juif tunisien. Cela fait une belle jambe aux Juifs qui sont habitués à compter de nombreux ministres juifs dans de nombreuses démocraties occidentales. Trabelsi fera tapisserie en attendant de déterrer pour lui l’ancien Nichan Iftikhar, la médaille de feu le Bey.
Avi Gabbay chef des travaillistes au Maroc en 2018

            Mais la Tunisie n’aime pas les exemples, voire les leçons, qui lui parviennent de sa propre région, le Maghreb. Le Maroc n’a pas de relations diplomatiques avec Israël et pourtant les officiels israéliens, dernièrement le leader des Travaillistes, se rendent souvent dans le pays en voyage privé selon la terminologie politique. Les titulaires du seul passeport israélien ne sont pas refoulés à la frontière comme à l’entrée de la Tunisie. Déjà du temps du père du roi actuel, Hassan II, Israël n’était pas voué aux gémonies.
            Le général Shlomo Gazit, ancien des Renseignements militaires, vient d’ailleurs de révéler que le roi Hassan II avait fourni des enregistrements ultra-secrets concernant les discussions qui se tramaient entre les dirigeants arabes avant la guerre de Six-Jours. Les dirigeants arabes s’étaient en effet secrètement réunis en septembre 1965 à l’hôtel de Casablanca, avec leurs chefs des renseignements et des armées. L’exploitation des données du compte-rendu de leur réunion a permis la victoire totale d’Israël en 1967.

            Le Maroc est pragmatique et songe d’abord à son peuple et à son économie plutôt qu’à la haute politique. Il a donc autorisé les échanges commerciaux avec Israël qui ont atteint 149 millions de dollars depuis 2014, et 37 millions pour la seule année 2017. Certes il a interdit d’en faire état dans les statistiques officielles mais les chiffres montrent que le Maroc vient en quatrième position des partenaires commerciaux africains.
Le géant israélien de la technologie agricole, Netafim, a créé une filiale au Maroc en investissant 2,9 millions de dollars et en embauchant au moins 17 salariés. La Tunisie aurait pu en faire autant s’il elle n’était pas bornée ou plutôt si elle n’était pas sous la coupe des Islamistes qui régentent le pays en sous-main. Le Maroc agit mais évite de trop communiquer sur ses relations avec Israël dont les investissements ne peuvent plus être clandestins. Il n’a pas choisi n’importe qui puisque le kibboutz Netafim est le leader mondial des systèmes d’irrigation goutte à goutte, une technologie pionnière.


Shavit Dahan, directeur de Netafim pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest, a rompu le silence : «L’ouverture de la nouvelle filiale au Maroc fait partie de la croissance du marché et de notre volonté d’améliorer la qualité de notre service et de notre assistance à nos clients et partenaires au Maroc». Certes les affaires se traitent par le biais de sociétés françaises mais il est difficile de dissimuler que la technologie est israélienne. Les autorités marocaines ne se cachent pas pour dire que : «Le Maroc est l'un des pays arabes les plus progressistes en ce qui concerne sa population juive». Bien sûr comme la Tunisie, le Maroc a été déserté puisque seuls 2.000 Juifs vivent encore sur une population de 250.000. Les autres ont rejoint soit le Canada, soit Israël où ils occupent aujourd’hui des postes de haut niveau à l’instar du chef d’État-major de Tsahal Gadi Eizencot.  
Gadi Eizenkot d'origine marocaine

Les Marocains participent fréquemment aux foires agricoles high-tech israéliennes et des milliers de touristes israéliens visitent le Maroc chaque année contre une ou deux centaines en Tunisie. Le Maroc a compris qu’il avait intérêt à développer ses relations juives internationales parce qu’elles rassurent les touristes du monde entier, pourvoyeur de devises. D’ailleurs il a nommé un ambassadeur itinérant pour les affaires juives, Serge Berdugo.
Mais si les relations économiques vont crescendo, le Maroc reste très discret sur ses relations politiques qui restent dans l’ombre pour éviter de provoquer les éléments nationalistes, conservateurs et islamistes arabes du pays, à l’instar du PJD (Parti de la justice et du développement) qui dirige le gouvernement. Mais ces nationalistes ferment les yeux sur la présence israélienne dans l’économie marocaine.  
Manifestation de Marocains

Le transfert de l’ambassade américaine a irrité les Marocains qui ont été plus de 10.000 à manifester à Casablanca. Mais cela ne fut qu’une péripétie puisque que quelques semaines plus tard, une délégation d'hommes d'affaires marocains s’est rendue en Israël pour rencontrer des législateurs à la Knesset. Il suffirait que l’Arabie saoudite décide d’officialiser les liens avec Israël pour que le Maroc en fasse de même.

Ainsi la Tunisie devrait cesser de mettre de la poudre aux yeux du monde occidental par une nomination alibi à laquelle il est difficile de croire. Si elle ne comprend pas les liens et le consensus entre les Juifs et Israël, c’est qu’elle n’a encore rien compris à l’Histoire. Elle préfère partager la misère avec son peuple plutôt que d’ouvrir les yeux sur la réalité économique d’une Tunisie en faillite qui a besoin de tous les concours internationaux, fussent-ils israéliens. Quelque soit la compétence de René Trabelsi, il restera une marionnette entre les mains islamistes pour faire illusion. Les touristes juifs, à l’exception de quelques inconditionnels, n’ont pas besoin de ministre pour retourner en masse en Tunisie. Ils veulent être rassurés par la levée des mesures discriminatoires à l’égard des Israéliens.

Des liens complémentaires

https://benillouche.blogspot.com/2018/05/les-deux-facettes-des-relations-maroc.html

https://benillouche.blogspot.com/2018/08/visite-privee-et-discrete-davi-gabbay.html



2 commentaires:

Paul GERMON a dit…

Je dînais avant hier soir chez mon cousin voici le message Whatsap qu’il reçut et nous transféra :

Message ce soir de ma fille Ruth, membre des Éclaireuses et Éclaireurs Israélites de France, et Commissaire internationale du scoutisme.. :
J'ai le plaisir de vous annoncer que je suis venue en Tunisie avec les scouts... Et que je repars saine et sauve ce soir, après que trois partis politiques m'aient interdit de participer à la conférence mondiale des ambassadeurs du dialogue interreligieux... sous peine que le commissaire général des scouts tunisiens aille en prison.
Chantage et antisémitisme...

Les scouts sont solidaires, et les représentants français catholiques par solidarité ne participent pas non plus. Jacques Gagey, aumônier mondial des scouts catholiques, nous accueille à Rome ce soir...

Johnny Claude GERMON a dit…

Trabelsi un jolie cache sexe pour la Tunisie qui se prend pour l avant garde des palestiniens et comme d habitude masque son antisemitisme par l anti sionisme