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mardi 20 novembre 2018

Gaza : Retour sur une semaine imprévisible



GAZA : RETOUR SUR UNE SEMAINE IMPRÉVISIBLE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Lieberman avec l'Etat-major de Tsahal

          Personne n’aurait pu imaginer les péripéties d’une telle semaine qui s’est soldée par la démission du ministre de la défense, Avigdor Lieberman, et la mini-victoire politique du Hamas qui n’en espérait pas autant. Il s’agit bien d’un tremblement de terre politique avec des répercussions sur le gouvernement israélien fragilisé, sur les relations internationales d’Israël et sur l’avenir sécuritaire avec le Hamas.


Netanyahou et Poutine en discussion privée à Paris

            Déjà avant la démission d’Avigdor Lieberman, le Hamas criait déjà victoire car pour lui la mort d’un soldat israélien est un fait d’arme ; a fortiori quand le gouvernement d’Israël est déstabilisé. Le mouvement Hamas considère la démission du ministre israélien de la défense, Avigdor Lieberman, comme une victoire. Dans un communiqué, ses dirigeants se sont félicités du départ du ministre israélien : «c’est une victoire politique pour Gaza qui a réussi par sa résistance à ébranler la scène politique israélienne».
            Pourtant Benjamin Netanyahou était arrivé à la conférence des dirigeants mondiaux, à l'occasion du 100ème anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, en estimant à tort que sa place au premier rang était la preuve que son pays avait acquis ses lettres de noblesse. Il n'avait pas eu de traitement spécial de la part de Macron. Il avait feint d’ignorer l’ordre protocolaire strict en France qui place d’abord les têtes couronnées, ensuite les dirigeants des grandes puissances et enfin les dirigeants dans l’ordre de leur ancienneté au pouvoir.
Destruction du véhicule du commando

            En son absence une opération des forces spéciales a été organisée, toujours avec l’accord de l’échelon politique au plus haut niveau. C’est la règle démocratique en Israël qui place l’armée aux ordres du pouvoir civil. Sur plusieurs centaines d’opérations de ce type, il arrive que statistiquement une échoue, sans que les unités d’élite soient blâmées. On ne sait rien et on ne saura jamais rien de ce qui s’est passé réellement ni l’objectif final du commando. Tsahal ne communique jamais, ni au sujet de ses succès et encore moins quand il y a eu défaillance. Ce que nous savons, nous le tenons du Hamas avec les réserves qui s'imposent. Les militants du Hamas peuvent distribuer des gâteux et des friandises à la population pour fêter la mort du lieutenant-colonel M., qui plus est druze, mais cela la n’entamera pas la détermination des forces spéciales.

            La Guerre Mondiale de 14/18 n’était pas sa préoccupation première. Netanyahou s’était rendu en France pour tenter de rencontrer le président russe en froid depuis la destruction de l’un de ses avions, ainsi que Donald Trump pour essayer de lui arracher quelques détails supplémentaires sur son plan de paix définitif. Grâce aux efforts de son équipe, un créneau a été trouvé entre deux portes, pour que Poutine et Netanyahou échangent une brève discussion afin de signifier que les liens n’étaient pas rompus. Mais le premier ministre a été rappelé d’urgence à Jérusalem pour gérer les conséquences de l’opération de Gaza.
            Les missions militaires peuvent être préparées avec minutie et simulées dans le détail, mais Tsahal n’avait pas prévu la curiosité d’un militant du Hamas qui a fait découvrir les membres du commando, pourtant bien déguisés. Les membres de l’unité d’élite, dont ce n’est jamais le rôle de combattre, ont dû faire usage de leurs armes après avoir été encerclés par des forces hostiles et il n’ont dû leur salut qu’à leur exfiltration par un hélicoptère de l’unité d’élite 669 spécialisée dans les secours  aux soldats en difficulté sur le sol étranger. Mais l’hélicoptère a aussi détruit totalement le véhicule israélien, rempli de matériel secret de haute technologie, pour ne pas qu’il tombe entre des mains ennemies.

            On s’attendait à ce que cela dégénère en guerre avec le Hamas comme de nombreux ministres et hommes politiques le souhaitaient pour «donner une dernière leçon» aux miliciens du Hamas. En fait ni le premier ministre et ni l’armée n’avaient l’intention de lancer une guerre, encore moins de laisser entrer des tanks à Gaza. Cette décision était visible. D’une part, la mobilisation des réservistes n’a pas été décidée et elle ne peut pas se faire dans le secret et d’autre part, l’absence de mouvements de troupes et de blindés depuis les bases du centre du pays vers le sud confirmait une volonté de modération. Tous les observateurs avisés, avaient déduit qu’il n’y aurait, dans l’immédiat, ni de guerre et ni de prémices d’un nouveau conflit.
Mais cette volonté de ne pas recourir aux armes avait été interprétée comme une preuve de faiblesse de Tsahal et un manque de courage du premier ministre. Les populations du Sud  exigeaient des destructions massives à Gaza et des éliminations ciblées. Cependant les Egyptiens ont été les maîtres d’œuvre de ce calme après la tempête car ils voulaient sauver ce qui était encore possible de sauver dans les négociations d’un cessez-le feu. Plusieurs ministres, en particulier ceux qui font partie du Cabinet de sécurité, qui décide ou non de la guerre, ont condamné la passivité du premier ministre qui, pour eux, avait perdu son aura.
Hezbollah

Tsahal n’était pas en cause car il est à la disposition du pouvoir civil qui décide en dernier ressort. Le chef de l'armée a effectivement présenté au cabinet différents scénarios à plusieurs niveaux dramatiques. Il a préconisé, entre autres, l’entrée des troupes à Gaza avec à la clé des semaines de violence qui ramènent la situation au point de départ. Devant le mémorial de Paula Ben Gourion, Netanyahou a affirmé qu’il ne partageait pas toutes les considérations de sécurité émises par certains ministres, même si depuis huit mois, le Hamas mène le bal avec les roquettes et les ballons incendiaires.
L’armée israélienne s’est longtemps estimée très en avance sur le plan technologique pour ne pas avoir à se mesurer à des combattants de deuxième division qui disposent de fusées primaires puisqu’elle ne peuvent pas atteindre des objectifs ciblés. Mais le Hamas, en concentrant ses tirs sur des zones denses, a réussi à percer la couche protectrice israélienne et à infliger de sérieux dégâts. C’est une expérience négative pour Israël car le Hezbollah en a tiré de bonnes leçons en cas de guerre au nord ; contrairement au Hamas, il dispose d’un arsenal de missiles plus sophistiqués et en plus grand nombre, en particulier les missiles antichar Kornet «intelligents» qui ont d'ailleurs été fournis en petite quantité au Hamas. Il a compris qu’il devait, comme le Hamas, lancer des roquettes par vagues et sans interruption pour désorganiser la défense israélienne et ses systèmes d’interception.

Mais le Hamas a voulu démontrer qu’il n’était pas jusqu’au-boutiste et qu’il se comportait en force armée compétente et disciplinée, obéissant à ses chefs politiques. Il a en effet diffusé une vidéo où un bus, totalement rempli de militaires était sur sa ligne de mire. Mais les terroristes ont attendu qu’il se vide pour l’enflammer car ils voulaient éviter un effet dévastateur qui aurait contraint Israël à raser Gaza. En revanche, ils ne se sont pas privés de narguer les Israéliens en distribuant des gâteaux à la population pour fêter le départ de Lieberman.
La victoire incontestée du Hamas durant ces derniers mois a écorné la dissuasion israélienne. L’Iran et le Hezbollah risquent d’en tirer profit. La démission de Lieberman a prouvé que le Hamas était le maître des horloges. De l’avis d’un ancien diplomate de droite, très au fait de la situation militaire, il ne croit pas à ce calme apparent. Il pense qu’Israël devra à nouveau montrer sa force. Il n’existe pas d’autre solution pour Israël que d’entrer dans Gaza, de neutraliser ou d’éliminer les dirigeants du Hamas et du Djihad islamique et de se maintenir sur place le temps d’installer un nouvel ordre plus conforme aux exigences occidentales. 
Israël n’a jamais été aussi divisé et les frontières politiques ont été inversées. Un renversement de tendance a fait bouger la gauche traditionnelle vers les options de droite tandis que la droite s’est retrouvée dans la ligne de conduite "gauchiste". En effet Netanyahou s’est mué en colombe, recherchant à tout prix la paix avec le Hamas. Les troubles de Gaza de 2018 ne finissent pas d’étonner par l’ampleur des conséquences. Le peuple sera amené à se prononcer à nouveau sans que l'on puisse prévoir un changement fondamental dans les options politiques.


1 commentaire:

David a dit…

Excellente analyse, comme d'habitude !
Par contre, j'ignorais que le Hamas a attendu que le car de soldats se vide pour tirer le Kornet.
Dorénavant, il va falloir également équiper les cars militaires du système Trophy, tout comme les chars et les transports de troupe. Un système à un million de dollars pièce.
La vie humaine n'a pas de prix.