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lundi 12 novembre 2018

Netanyahou planifie la scission Cisjordanie-Gaza




NETANYAHOU PLANIFIE LA SCISSION CISJORDANIE-GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

            

          On s’étonnait de la passivité du gouvernement vis-à-vis des troubles à Gaza, donnant ainsi l’impression d’une certaine faiblesse que les terroristes du Hamas exploitaient à leur gré. En fait, il semble de plus en plus certain qu’il s’agissait d’une stratégie mûrement réfléchie de Benjamin Netanyahou. Pour lui il fallait ménager Gaza d’une part pour éviter d’ouvrir un front militaire au sud alors que danger principal vient du Nord et d’autre part pour définitivement enterrer le dogme de deux États pour deux peuples.



Désengagement de Gaza en 2005

            L’idée fondamentale à mettre en œuvre est la création d’une entité qui choisira son appellation : République islamique de Gaza, Région autonome de Gaza, État palestinien de Gaza.  Israël n’a jamais eu de prétention sur cette bande, qui a été certes occupée de 1967 à 2005, mais qui cumulait plus d’inconvénients que d’avantages. Aucun site biblique n’y figure et la concentration arabe y est dense. Ariel Sharon l’avait compris le premier pour décider de son évacuation. Maintenir sous contrôle militaire une population de près de deux millions de personnes nécessitait des moyens énormes avec le risque d’attentats qui ont jalonné l’histoire de l’occupation avec de nombreux morts de jeunes conscrits tous les mois.

            Israël et l’Égypte sont intéressés à pacifier cette zone, chacun pour son propre intérêt. L’Égypte souhaite bloquer définitivement le soutien du Hamas aux terroristes qui ont investi le nord Sinaï. Israël veut faire cesser les tirs de roquettes sur le sud du pays mais surtout veut couper tout lien entre le Fatah de Cisjordanie et le Hamas de Gaza, les frères ennemis. Par ailleurs il s’agit de couper l’herbe sous les pieds de l’Iran qui soutient et finance le Djihad islamique qui, en cas d'accord, deviendrait persona non grata à Gaza.  
          En fait Israël a appris des Britanniques le concept de diviser pour régner. Les négociations entre Israël et le Hamas, sous l’égide de l’Égypte et avec le soutien financier du Qatar, se poursuivent et sont en passe de donner de bons résultats même si Israël a lancé ces derniers jours de nouvelles attaques contre des zones civiles à Gaza.
            Mahmoud Abbas, fin politicien, et le Hezbollah libanais ont senti le danger de cet éventuel accord de cessez-le-feu qui agrandirait le fossé entre les factions palestiniennes et consoliderait la fragmentation des territoires palestiniens. Pour Netanyahou, cet accord vise à établir à Gaza des mécanismes de traitement distincts du reste des territoires de Cisjordanie afin de rendre Gaza plus facile à gérer pour Israël. La médiation persistante de l'Égypte et la possibilité d'un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas y contribuent également. Mais le président de l’Autorité a compris tardivement qu’il ne pouvait pas s’opposer indéfiniment au président égyptien Al-Sissi qui l’a par ailleurs convaincu d’accepter les accords de cessez-le-feu, contre sa volonté.

Comité pour la Marche du retour

            L’accalmie à Gaza, au moins apparente, témoigne d’un certain consensus car le Hamas a évalué les avantages économiques qu’il peut en tirer et que pour sa propagande, il attribue ce succès à la «marche du retour» et aux violentes émeutes qu’il a organisées. Dans un revirement tardif Abbas a accepté de verser une partie des salaires des employés du gouvernement de Gaza.  Il a cru jusqu’au dernier instant que, face à la crise économique catastrophique, les habitants de Gaza allaient se rebeller contre le Hamas. Il a prouvé qu’il contrôlait totalement ses troupes. Déçu, le chef du Hezbollah a condamné par avance toute normalisation avec Israël : «Les Palestiniens ne doivent pas avoir peur». 
          Dans une sorte de méthode Coué, Abbas voudrait réveiller les ardeurs palestiniennes : «la tentative de séparation de la bande de Gaza de la Cisjordanie n'aboutira pas. La question palestinienne se trouve dans une situation dangereuse. Aucun Palestinien fidèle à ses principes n'acceptera un accord qui ne garantisse pas l'indépendance et la souveraineté du peuple palestinien sur ses terres dans les territoires de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale». Toujours la même rengaine sans une once d’innovation.  

Distribution de dollars à Gaza

          Il s’est emporté en revanche contre «les quinze millions de dollars versés par le Qatar au Hamas aux dépens du sang palestinien. Les dirigeants de l'organisation en profitent pour poursuivre le plan sioniste-américain visant à séparer la Bande de Gaza de la Cisjordanie». Les fonds qataris avaient été livrés à Gaza avec le consentement d'Israël, via le passage d'Erez, pour permettre au Hamas de payer les salaires.  
            Le chef du Hamas, Yahya Sinwar, tente de travestir la réalité en ignorant volontairement Israël : «Il n'y a pas d'accord ou d'entente avec l'occupation. Quiconque le dit ne dit pas la vérité. En revanche le Hamas établit des accords avec l'Égypte, le Qatar et les Nations Unies afin de lever le blocus sur Gaza». Il feint d’ignorer que le blocus ne peut être totalement levé qu’avec l’accord des Israéliens. Mais il doit calmer les ardeurs de sa branche militaire, la brigade Ezzedine Al-Qassem, qui ne semble pas prête à déposer les armes. 
Manifestations Cisjordanie

          Toutes les mesures déjà établies entérinent de fait la séparation avec la Cisjordanie puisque Abbas est mis devant le fait accompli sans qu’il puisse changer le cours des événements. Bien sûr, l'Autorité palestinienne ne peut accepter d'être mise à l'écart et elle a échauffé les esprits de ses militants pour qu'ils participent à des manifestations violentes de rues. Le calme est revenu à Gaza et le Fatah prend la relève en Cisjordanie pour marquer sa présence et sa désapprobation.  Il n'est pas certain qu'Abbas ait choisi la bonne solution parce qu'il ne tient au pouvoir qu'avec le bon vouloir des services de sécurité israéliens. 
            Le Qatar et Israël ont convenu d’établir un passage maritime entre Chypre et la bande de Gaza. La route serait surveillée par les forces internationales et sous la surveillance de la sécurité israélienne.  Israël a exigé une présence physique sur place et une surveillance similaire à celle du terminal de Rafah depuis 2005, au moyen de caméra, de réseaux informatiques et de la présence d'inspecteurs internationaux.
Lefka : Point de passage à Chypre 

            Netanyahou peut se targuer d’avoir réussi à scinder le peuple palestinien en deux entités. L’une qui sera inféodée à l’Égypte et l’autre, représentant la moitié de la Cisjordanie, ne sera pas viable sauf il elle décide de s’adosser à la Jordanie déjà peuplée de 75% de Palestiniens. Les Occidentaux rêvent encore d’un État palestinien mais ils n’ont pas compris que le fossoyeur en a été Mahmoud Abbas lui-même qui n’a pas organisé à temps a succession, pour qu’un «jeune» trouve un accord avec le Hamas, Mohamed Dahlan en particulier. En glorifiant le statu quo, l’Autorité palestinienne n’a pas pu répondre aux impératifs minimum pour la création d’un État indépendant  souverain en Cisjordanie avec Jérusalem-Est comme capitale. Le rêve palestinien s’est estompé.


2 commentaires:

patrick silberberg a dit…

Cet une idée bonne qui peut etêt complétée par la création de villes etats(city state) comme Jérôme voici Naplouse où les chefs locaux font régner l ordre.

Sylvia a dit…

Bibi a sous-estimé les voisins. Ça va lui exploser à la figure. Abbas a le soutien de tous les pays arabes qui voient en lui le seul représentant de tous les palestiniens, et le seul autorisé à tenir les cordons de la bourse. Isolé, le Qatar recherche la sympathie de la rue arabe mais les autres pays ne seront pas de reste.