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jeudi 15 novembre 2018

L'échiquier gauche-droite s'est inversé pour Gaza



L’ÉCHIQUIER GAUCHE-DROITE S’EST INVERSÉ POUR GAZA

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
          
Cabinet de sécurité israélien


         A lire les réactions des uns et des autres dirigeants politiques, on ne comprend plus la stratégie des partis politiques. Un renversement de tendance a fait bouger la gauche traditionnelle vers les options de droite tandis que la droite s’est retrouvée dans la ligne de conduite gauchiste. Les troubles de Gaza de 2018 ne finissent pas d’étonner par l’ampleur des conséquences.





Destructions à Gaza

            Alors que des centaines de roquettes ne cessaient de pleuvoir sur tout le sud du pays, Benjamin Netanyahou n’envisageait pas d’opération à Gaza pour privilégier un cessez-le-feu au détriment de la crédibilité de l’armée et de la capacité de dissuasion du pays. La gauche exigeait en revanche une action décisive de Gadi Eizenkot et de son État-major, plus compétents en la matière. Effectivement, les tiroirs de la Kyria sont pleins de projets d’intervention échafaudés par les experts militaires de Tsahal qui sont exclusivement aux ordres du pouvoir civil.
            La première Intifada, la Guerre des pierres, fut un soulèvement de la population palestinienne contre Israël qui a débuté le 9 décembre 1987 et qui a pris fin en 1993 lors de la signature des accords d'Oslo. Contrairement à la réputation de défaitiste affublée à la gauche, et de complicité avec les Palestiniens, le gouvernement travailliste s’était montré ferme pour éviter d’afficher une quelconque faiblesse qui pouvait revigorer les émeutiers. Le premier ministre travailliste de l’époque, Yitzhak Rabin avait déclaré à la Knesset : «Nous imposerons la loi et l'ordre dans les territoires occupés, même si cela doit se faire dans la douleur. S'il le faut, brisez-leur les bras et les jambes».





À la suite de l'échec des forces régulières, les gardes-frontières, les bérets verts, avaient d’abord été appelés par le gouvernement israélien pour mettre un terme à la révolte populaire, certes parfois avec brutalité. Mais l'engagement des bérets verts ne changea pas la situation sur le terrain. L'armée fut alors autorisée à ouvrir le feu en cas d'attaque par une personne de plus de 12 ans, âge considéré comme adulte pour un manifestant. A ce  moment il avait été décidé de créer deux nouvelles unités, composées d’arabisants,  qui ont opéré en Cisjordanie et à Gaza. Rabin voulait prouver que la terreur pouvait être vaincue par une intervention militaire. La gauche, qui a toujours été accusée d’avoir capitulé à Oslo, a prouvé qu’elle savait faire preuve de fermeté contre les émeutiers, quand la situation l’exigeait. 
Aujourd’hui la droite au pouvoir a revêtu les habits pacifiques de la gauche après avoir affirmé : «La paix se fait avec nos ennemis. Nous devons épuiser toutes les possibilités; rien ne sert de se battre, car on finira par se retrouver au même endroit». En revanche, la gauche  s’est parée de ses habits militaires pour exiger une opération à Gaza, même s’il fallait passer par des morts des deux côtés. En fait les questions politiques ont dominé car cette attitude est purement anti-Netanyahou, sans référence ni à la stratégie militaire, ni aux intérêts de l’État.
Distribution de dollars à Gaza

Benjamin Netanyahou a opté pour une politique de retenue. Certains médias israéliens s’étonnent des efforts de paix affichés ces dernières semaines. Ils avaient même critiqué la décision du premier ministre d’autoriser le Qatar à acheminer 15 millions de dollars afin de payer les salaires des fonctionnaires dans la bande de Gaza. Il avait justifié cette décision en arguant que cela contribuerait à ramener le calme : «Je ne reculerai pas devant une guerre nécessaire mais je veux l’éviter si elle n’est pas indispensable». C’est un peu comme si le Likoud s’était réincarné en La Paix maintenant, le mouvement pacifiste israélien.
Le centre et la gauche ont alors arboré leurs treillis militaires. En visite dans les villes situées à la frontière avec Gaza, les dirigeants de l'opposition, l'Union sioniste et Yesh Atid, avaient insisté pour que le gouvernement soit plus sévère face aux attaques et maintienne la dissuasion israélienne adopter une ligne de conduite plus dure contre la bande de Gaza face au bombardement implacable de roquettes. Après s'être rendu dans la ville d'Ashkelon et avoir passé une bonne partie de la nuit dans des abris anti-bombes, le leader travailliste Avi Gabbay a critiqué Netanyahou pour son «échec à rétablir le calme». Il a estimé qu'Israël devait adopter une approche à deux volets à Gaza : «Frappez le Hamas d'une main, mais cherchez de l'autre une solution diplomatique qui mette fin à cette escalade».
Avi Gabbay et Amir Peretz à la frontière de Gaza

Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid, a déclaré qu'un accord avec le Hamas ne devrait être conclu «qu'après le rétablissement de la dissuasion. Le seul travail du gouvernement est d'assurer la tranquillité des enfants de la périphérie de Gaza, d'assurer la tranquillité du sud, et cela ne sera possible qu'après le renouvellement de la dissuasion. Le premier ministre a déclaré il y a quelques jours à Paris qu'il n'y avait pas de solution pour Gaza. C'est sans précédent, pour un premier ministre, de dire qu'il n'y a pas de solution, lorsque des milliers de nos enfants de la périphérie de Gaza sont dans des abris anti-bombes et que, dans les médias, nous voyons le chef du Hamas Ismail Haniyeh se promener librement dans les rues de Gaza. Il existe une solution : frapper durement les terroristes de Gaza et c’est après que nous aurons retrouvé la dissuasion, que nous pourrons revenir à parler d’un accord».
Tamar Zandberg

Seul le parti Meretz à l’extrême-gauche, qui se dit le tenant de la gauche historique depuis que les travaillistes se sont déportés vers le centre, reste fidèle à sa tradition. En effet, sa présidente Tamar Zandberg ne transige pas : «Nous ne pouvons pas avoir une autre guerre. La guerre signifie plus de soldats morts et plus d'enfants dans des abris, et à la fin, nous serons de retour là où nous avons commencé. Le gouvernement doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour parvenir à un cessez-le-feu dès que possible, puis rechercher une plus grande solution diplomatique». Elle a d’ailleurs reproché à Gabbay et à Lapid d'avoir «rejoint les belligérants» après avoir critiqué Netanyahou pour son attitude moins sévère à l'égard du Hamas et pour l'avoir poussé à la guerre. Elle a poursuivi  : «Il est tentant de s'attaquer à l'hypocrisie de Bibi concernant le Hamas. En effet, Lapid et Gabbay n'ont pas résisté à la tentation, rejoignant les bellicistes et essayant de l'attaquer de la droite».


Lieberman en 2015

La position du ministre de la défense étonne aussi car on l’accuse d’avoir montré une telle indécision et un tel aveu d'impuissance que l’adversaire ne le respecte plus et ne craint plus la force. Le Lieberman de 2015 n’est plus celui d’aujourd’hui puisqu’il avait déclaré : « Quand je serai ministre de la Défense, ça sera la fin du Hamas». Ne voulant pas se démarquer de ses prises de positions antérieures, le ministre de la Défense a convoqué une conférence de presse surprise, le mercredi 14 novembre, pour annoncer sa démission du gouvernement et donc forcer des élections législatives anticipées. 
Le Cabinet de sécurité, sur pression de Netanyahou, a approuvé dans sa majorité sa décision de cessez-le-feu avec le Hamas. Les ministres nationalistes, qui avaient proposé des plans alternatifs durs, se sont pliés aux injonctions du premier ministre. Il en a été ainsi de Naftali Bennett, d’Avigdor Lieberman mais aussi de Yuval Steinitz, de Ze'ev Elkin et d’Ayelet Shaked qui ont fini par exprimer leur soutien en faveur du cessez-le-feu.
Mais on s’étonne du silence gouvernemental. Dans un pays démocratique où la liberté de la presse est reine, les seules informations diffusées proviennent du Hamas. Netanyahou suit effectivement les recommandations des services sécuritaires et de l’armée qui ne sont pas favorables à une intervention terrestre à Gaza. En réalité, aucun des deux protagonistes du conflit n’a intérêt à une nouvelle guerre. Les Israéliens sont convaincus que tout passe par l’allègement de la pression sur la population palestinienne. Quant au Hamas, malgré les roquettes tirées pour affirmer son pouvoir auprès des masses sensibles à la notion de résistance, il sait qu’il ne pourra continuer à gouverner que s’il répond d’abord aux besoins primaires de sa population soumise à une crise économique terrible. D’ailleurs Yahya Sinwar, chef du Hamas à Gaza, avait affirmé début octobre au quotidien La Repubblica : «Je ne dis pas que je ne me battrai plus. Je dis que je ne veux plus de guerres. Je veux la fin du siège».
Haniyeh et Sinwar

Loin est le temps où les journalistes et intellectuels de gauche étaient persuadés qu'il était impossible de vaincre le terrorisme, puisque selon eux les exemples venaient des Américains au Vietnam, des Soviétiques en Afghanistan, des Français en Algérie et même des Israéliens au Liban. Loin est le temps où la gauche israélienne s’opposait à l’entrée de troupes à Gaza, à Djénine ou à Naplouse. La situation s’est inversée.


5 commentaires:

patrick silberberg a dit…

pour un homme qui se definit a droite en Israel il est difficile de comprendre Natanyahou .
Sa vision a long terme est peut etre ce que vous avez ecrit dans un excellent article precedent c est a dire la separation de Gaza du reste de l AP ?
En attendant dans les prochains jours une nouvelle attaque des terroristes de gaza!
J ai perdu confiance dans Bibi

Sonia ALLALI a dit…

Tout ça n’est que de la politique !!! C’est trop facile pour la gauche de dire qu’ils auraient voulu entrer en guerre.
D’autre part, une guerre oui c’est certain mais certainement pas en envoyant nos enfants dans la gueule du loup !! Mais plutôt une guerre aérienne ou on ne risque pas la vie de nos enfants et ça, ni la droite et encore moins la gauche ne feraient une chose pareille !!

Sonia ALLALI a dit…

En faisant une vraie opération aérienne, nous pourrions leur montrer une fois pour toute la force de notre armée et de notre état et ça les calmerait !!! C’est sûr qu’il y aurait des morts mais après tout il ne faut pas oublier que nous avons affaire à des terroristes !!!

René SEKNADJE a dit…

S il y avait des élections anticipées je ne suis pas sûr que la gauche l emporterait .
Bien sûr tout le monde y compris la gauche souhaitait une bonne Leçon au Hamas .
Mais je crois que les choses sont devenues très complexes . Il n y a plus unanimité des pays de la région contre Israël . Auparavant les décisions étaient faciles à prendre. On y va quoiqu il arrive et c était la gauche au pouvoir .
Aujourd hui Israël ne craint pas les gazaouis et est trop fort. Une petite tape suffit et c est ce que l armée a fait . De bonnes destructions mais pas de victimes .
Hypothèse: on détruit gaza. C est facile . On a gagné et après ? Chacun peut imaginer la situation
Et même si nous sommes un État fort ce n est qu à l échelle de la région .
Pas d excès de confiance qui pourrait mal tourner.
Nous n avons pas d espace stratégique ,
nous sommes armés
Mais pas pour projeter une force .
Il y a des tas de paramètres que nous ne connaissons pas et donc nous ne pouvons avoir une idée précise de la situation .
Après réflexion je pense que Netanyahu soutenu ,je crois par l état major de l armée, prend les bonnes décisions .

Gilbert BRAMI a dit…

Le danger actuel c'est de se battre sur deux fronts. Le front le plus dangereux est celui du Hezbollah - libanais qui contrôle le pays du Cèdre ! Le reste n'est que politique du pire !