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dimanche 20 mai 2018

L'Union européenne tente de s'opposer au diktat américain


L’UNION EUROPÉENNE TENTE DE S’OPPOSER AU DIKTAT AMÉRICAIN
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
Jean-Claude Junker

          L’Union européenne refuse de suivre les Etats-Unis dans l’application des sanctions contre l’Iran. De toute façon, les sanctions américaines ne pourront pas être pleinement appliquées immédiatement car il existe un temps d’inertie lié à la bureaucratie. L’EU estime avoir fait le point sur les usines nucléaires qui avaient été volontairement mises en veilleuse. Elle est persuadée que les Iraniens ont, jusqu’à présent, scrupuleusement respecté les injonctions qui leur avaient été imposées.





Usine d'Arak

            La construction du réacteur à eau lourde à Arak avait été arrêté tandis que les centrifugeuses IR-40 n’ont pas été réactivées dans ce site. Le combustible nucléaire d’Arak avait été conservé en lieu sûr sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique. La production d’eau lourde à Khondab avait cependant été légalement poursuivie avec 16 tonnes par an. Le 11 février 2018, l’AIEA avait contrôlé le stock total d’eau lourde s'élevant à 118 tonnes. Selon l'Agence, l'Iran n'a exercé aucune activité suspecte au-delà des limites imposées par le PAGC (Plan d'action global conjoint) et elle est convaincue que l'Iran peut difficilement cacher des installations nucléaires secrètes.
Natanz

            À Natanz, 5.060 centrifugeuses IR-1 sont toujours installées et fonctionnent pour extraire 3,5% de l'uranium naturel faiblement enrichi selon de vieilles méthodes périmées. Une grande partie des machines avait subi l’attaque du virus Stuxnet qui les a détruites. Ce qui reste du matériel en fonctionnement produit 300 kilos d’uranium faiblement enrichi. À Fordow, six cascades de centrifugeuses totalisant 1.044 unités sont encore en activité mais elles sont cependant en permanence sous contrôle permanent de l’AIEA. L’Agence estime donc que l’Iran s’est plié aux exigences du JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) et sur ce point il est difficile de trouver un argument justifiant une défaillance iranienne.
Fordow

            Le président Trump veut cependant imposer de nouvelles sanctions en interdisant l’achat et l’utilisation de dollars américains par les citoyens et le gouvernement iraniens. Il veut limiter le commerce de l'or et des minéraux précieux par l'Iran et interdire le transfert d’aluminium, d'acier et de charbon ainsi que le transfert de logiciels à toute entreprise iranienne. Les dépôts en rials seront interdits en dehors de la République chiite tandis que l’Iran ne pourra plus commercer librement les titres de la dette publique iranienne.  Le secteur automobile, qui a fabriqué 1,5 million de voitures en 2017, sera lui-aussi touché. D'autres sanctions sont également envisagées sur les tapis fabriqués en Iran, sur la nourriture traditionnelle (pistaches en particulier), ainsi que sur les trafics portuaires à l'étranger et enfin sur toutes les transactions pétrolières. Par ailleurs, les achats de pétrole iranien seront réduits de manière significative.
            Ces sanctions impliquent que les Américains peuvent interdire à toute société commerçant avec l’Iran d’avoir accès aux banques américaines. Or il est impossible pour une entreprise présente dans une centaine de pays de travailler sans accès aux banques américaines.
            Mais l’UE a décidé de ne pas suivre les Etats-Unis dans les sanctions contre l’Iran. Elle en a les moyens sans pour autant être certaine que tous les pays suivront. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, estime que «l'UE a le devoir de protéger les entreprises européennes». Il va donc réactiver la «loi de blocage» de 1996 qui interdit aux entreprises et aux tribunaux européens de se conformer aux sanctions américaines à la suite du retrait des Etats-Unis de l'accord nucléaire de 2015. Cela permettra aux entreprises européennes de garder leur liberté sachant que le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, la Chine et la Russie, signataires du pacte de 2015, se sont opposés au retrait américain.
            Malgré cela le choix reste difficile pour les entreprises mondiales qui sont menacées d’être punies si elles violent le diktat américain. Les dirigeants de l’UE savent qu’ils ont peu de pouvoir face au géant américain mais ils veulent s’appuyer sur le règlement de 1996 votée pour contourner l’embargo commercial de Washington sur Cuba. Cette loi avait pour but de défendre les entreprises européennes bien que le Congrès américain ait adopté, depuis, de nouveaux textes pour la rendre caduque. Les petites entreprises qui ne traitent pas avec les Etats-Unis pourraient s’appuyer sur cette législation mais les multinationales qui commercent en dollars se plieront. C’est pourquoi le blocage de l'UE aurait une efficacité limitée en raison du système bancaire international qui fonctionne en dollars.

            D’ailleurs, plusieurs pays européens ont déjà quitté l’Iran. Le géant danois des transports maritimes, Maersk Tankers, a annoncé qu'il cesserait ses activités en Iran, tandis que l'assureur allemand Allianz prévoit de mettre fin à ses accords commerciaux. Le fabricant d'acier italien Danieli a renoncé à ses commandes de 1,5 milliard d'euros. Le géant français Total espère une dérogation des autorités américaines sinon il sera contraint de se retirer d’un projet de plusieurs milliards de dollars pour développer le vaste champ gazier de South Pars.



            Mais cela ne serait pas perdu pour tout le monde puisque la compagnie pétrolière chinoise CNPC est prête à s’engouffrer dans la brèche qui lui a été ouverte et que le consortium britannique, Pergas International, vient de signer un accord avec la compagnie nationale iranienne South Oil Co pour développer le champ de pétrole de Karanj. Le bloc commercial de l'Union économique eurasiatique, dirigé par la Russie et qui comprend aussi l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan, a engagé des pourparlers visant à créer une zone de libre-échange avec l’Iran.



            L’Europe et l’Afrique subiraient de plein fouet le choc de ces sanctions puisque le baril de pétrole atteindrait les 100 dollars. Déjà, le baril de North Sea Brent a passé la barre des 80 $ pour la première fois depuis novembre 2014. Ce prix élevé favorisera cependant les producteurs de pétrole et de gaz de schiste américains qui ont besoin de prix élevés pour être concurrentiels, pour se créer des marges et pour développer leurs investissements.
            Ces nouvelles péripéties américaines montrent, s’il en était besoin, la faiblesse de l’Europe qui, d’une part montre sa dispersion et d’autre part, confirme l’échec de se positionner en puissance face à des Etats-Unis dominateurs. Cela aurait pu être un moyen pour l’Europe de se «réveiller» puisqu’avec «America first !» les Etats-Unis engagent un net repli du monde. L’UE peut revendiquer une indépendance stratégique vis-à-vis de Washington à condition que la défense européenne engage un grand pas vers une «coopération structurée permanente». Les menaces américaines obligent la Commission européenne à être plus active et moins naïve. Une chance lui est tendue car Donald Trump pourrait jouer le rôle d’accélérateur de l’Europe.

1 commentaire:

Gilbert BRAMI a dit…

C'est du bluff, ces manifestations de la soi-disant opposition aux U.S.A n'est que de la poudre aux yeux à l'intention des masses ignorante. L'U.E n'a ni une armée commune puissante, ni les instruments nécessaires pour combattre les appétits de l'ours Russe Poutine, il a déjà annexé la Crimée, une partie de l'Ukraine et la Géorgie est sous mandat. L'impuissance de l'U.E est flagrante. De plus les membres de l'U.E qui font partis de l'O.T.A.N son incapable de payer leur participation à cette organisation de défense !

Le Président TRUMP réclame qu'ils s’acquittent de leur participation, ce que beaucoup font la sourde oreille !

Il faudrait que les politiciens de métiers cessent de nous prendre pour des imbéciles !