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jeudi 10 mai 2018

Les Libanais renforcent le pouvoir islamique



LES LIBANAIS RENFORCENT LE POUVOIR ISLAMIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            
Le secrétaire général du Hezbollah Cheikh Naim Kassem vote

          L’ex-petite suisse du Moyen-Orient progresse à pas de géant vers un pouvoir islamique. Les électeurs, maîtres de leur voix, en ont ainsi décidé. Deux clans se sont affrontés, les Forces libanaises proches de l’Arabie saoudite contre les chiites du Hezbollah et de Amal soutenus par l’Iran, sur fond d’une abstention massive. Moins de la moitié des Libanais, 49,2% ont participé au vote dans le cadre d’un scrutin proportionnel.



            Aux élections de 2009, la coalition du 14 mars soutenue par l’Arabie saoudite disposait de 71 députés, dont 24 députés du parti de Harari, et la coalition du 8 mars soutenue par l’Iran de 57 députés dont 12 députés du Hezbollah. Aujourd’hui la coalition du 8 mars peut compter sur 70 à 80 sièges, inversant ainsi l’équilibre politique.
            L’échec de Saad Hariri a été acté. Les Etats-Unis et l’Arabie n’ont pas réussi à isoler ou affaiblir le Hezbollah ; au contraire les islamistes sortent renforcés avec 26 sièges sur 27 réservés à cette communauté sur les 128 du parlement alors qu’ils n’en avaient que 12. Les 2.000 morts du Hezbollah en Syrie et la crise économique frappant les classes moyennes et défavorisées chiites n’ont pas influé sur le vote. Le mode de scrutin a fait basculer le rapport de force, faisant du Hezbollah un partenaire incontournable dans les prises de décision au Liban. Il peut compter sur des alliés sunnites indépendants pour constituer un groupe de 42 députés.


            Mais à l’autre bout de l’horizon politique, les Chrétiens des Forces Libanaises de Samir Geagea, proches des Saoudiens et des Américains, sont aussi les gagnants des élections en doublant le nombre de leurs députés, 15 députés. Ils deviennent le deuxième parti chrétien pour équilibrer la puissance des Druzes de Walid Joumblatt et constituent une réelle force d’opposition contre le Hezbollah.
            Saad Hariri est le grand perdant des élections puisque son Mouvement du Futur passe de 31 à 21 mandats. Certes son parti reste le plus important bloc sunnite mais les autres sunnites se renforcent à son détriment. Puisque la loi impose un sunnite comme premier ministre, il reste certes favori pour se succéder à lui-même dans une position cependant moins confortable. Il devra, pour constituer une nouvelle coalition, accepter de fortes concessions s’il veut parvenir à un accord global.

            Il aura du mal à imposer ses réformes économiques pour obtenir l’aide des donateurs internationaux qui s’étaient réunis le 6 avril à Paris pour soutenir l’économie libanaise en grande difficulté par une importante levée de fonds d’investissements. L’État est presque en faillite avec une dette représentant 150% de son produit intérieur brut (PIB). L'économie du Liban est en panne à la suite des crises politiques à répétition et du conflit syrien qui a entraîné l'afflux de 1,5 million de réfugiés, dans un pays de six millions d'habitants. Le FMI exige un «plan de consolidation fiscale» à savoir, en termes plus simples, faire rentrer l’argent dans les caisses de l’État et maîtriser la dépense publique.
            Or, le Liban n’en prend pas le chemin avec une embauche de 26.000 nouveaux fonctionnaires et une hausse des salaires du secteur public. L’économie libanaise qui croissait à un rythme annuel moyen de 6% atteint entre 1% à 2% aujourd’hui. La situation a généré une évasion fiscale 4,2 milliards de dollars ne permettant plus un équilibre budgétaire et une très forte corruption. La conférence Cèdre estimait les besoins à 14 milliards de dollars pour financer 250 projets mais le Liban est prêt à se contenter de 4 à 6 milliards. Cependant avec le résultat de ces élections, le pessimisme va dominer car on ne voit pas bien d’où pourrait venir l’argent dès lors que les Etats-Unis et l’Arabie ont été désavoués. Les élections ont consacré l’influence sans partage du tandem Hezbollah-Amal sur la communauté chiite. Hariri devra faire avec.  

            On ne peut pas dire que la nouvelle soit bonne pour Israël car il s’agit d’une victoire spectaculaire sans conteste de l’Iran qui va consolider sa position au Liban et aggraver les risques de conflit. Mais Tsahal a déjà pris des mesures préventives pour assurer la sécurité au nord du pays bien que, malgré la dialectique guerrière du Hezbollah qui menace d’envoyer des missiles et des roquettes, la guerre ne soit pas d’actualité immédiate. Les Israéliens n’excluent pas que la victoire électorale du Hezbollah encourage l'aventurisme de Téhéran contre Israël mais les mollahs savent mesurer le risque qu’ils prennent à provoquer Tsahal.
            Seule, la participation du Hezbollah au gouvernement reste préoccupante car elle favorisera l’infiltration des chiites dans l’armée et les services de renseignements jusqu’à présent garants de l’ordre au Liban. Cependant le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman est «prêt à tout scénario». Tout est prêt pour s’opposer aux raids contre les bases militaires et les espaces civils israéliens bien qu'aucune panique ne soit de mise dans l’immédiat. 
Centre-ville de Beyrouth

          Mais si le Hezbollah est prêt à aligner ses missiles Fateh-110, il connaît les risques qu’il fait courir au Liban qui vient à peine de terminer sa reconstruction après des années de destruction. Israël n'acceptera aucune attaque contre ses villes et ses civils et les représailles seront immédiates pour détruite le centre-ville de Beyrouth, devenu un petit Manhattan avec ses nouveaux immeubles. Si le Hezbollah persiste à vouloir laver le cerveau des chiites en incitant à la peur des Sunnites et de l’Arabie saoudite, alors tout est possible pour une nouvelle libanisation du Liban.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Voici un article extrêmement bien documenté, comme toujours, et qui pourrait faire pâlir n'importe lequel des chroniqueurs de ce blog.
Mais si vous me le permettez, il me semble que ceux des lecteurs qui ne postuleraient pas pour une expertise en science politique libanaise, pourraient passer directement du titre : "Les Libanais renforcent le pouvoir islamique", au 8ème paragraphe : "On ne peut pas dire que la nouvelle soit bonne pour Israël..." et suite, jusqu'à la fin.
Ainsi ils gagneraient du temps, mais sans porter atteinte à l'angoisse que cet article génère.

Très cordialement.