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dimanche 6 mai 2018

Netanyahou et la politique spectacle


NETANYAHOU ET LA POLITIQUE SPECTACLE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            
- Que répondez-vous au discours de Netanyahou
- Je ne l'ai pas écouté car les centrifugeuses tournent à plein régime


          Benjamin Netanyahou devrait lire plus souvent Temps et Contretemps et Slate.fr car depuis 2010 des dizaines d’articles ont traité du danger du nucléaire iranien sur la base d’informations exclusives. Il aurait déjà découvert ce qu’il nous a présenté à la télévision, même si nous n’avions pas à l’époque de classeurs de pacotille. Le nucléaire iranien n’est pas nouveau. Netanyahou s’était déjà exprimé à ce sujet à la tribune de l'ONU et devant l’AIPAC avec son carton représentant une bombe.



            Dans ce genre d’affaire, le silence est d’or et l’esbrouffe peut conduire à des résultats dramatiques imprévisibles. Israël nous avait habitués à des actions sans préavis, d’une part pour ne pas mobiliser l’ennemi et d’autre part pour plus d’efficacité. Or, les dirigeants parlent beaucoup à l’heure actuelle, que ce soit pour menacer ou pour invectiver. Mais on souhaiterait entendre les chefs des services sécuritaires en qui le pays a une confiance totale : État-major de Tsahal, Mossad (renseignements extérieurs) et Aman (renseignements militaires). Certes ils sont au service du pouvoir politique mais leur avis est déterminant. S’il faut parler, alors nous devons connaître l’éventail des mesures à prendre pour sécuriser Israël ainsi que les risques encourus.

            Ces personnages essentiels pour l’existence d’Israël n’ont pas été invités sur la scène du théâtre, peut-être parce qu’ils auraient marqué leurs divergences avec Netanyahou. En effet, ils ne sont pas très favorables à une frappe solitaire contre l’Iran, sans appui politique et logistique des Etats-Unis.  Si le premier ministre a choisi de donner une publicité aussi dramatique à son intervention, alors il aurait dû aller jusqu’au bout en se faisant accompagner par les hauts dirigeants militaires qui auraient crédibiliser son intervention. En revanche, l’intervention du premier ministre a prouvé, à nouveau, l’exploit sans précédent du Mossad, qui a réussi, à 1.600 kilomètres de Tel-Aviv, à transporter les archives secrètes du projet Imad après les avoir subtilisées au cœur de Téhéran.
            Il semble cependant que la démarche de Netanyahou soit plus politique que sécuritaire, consistant à forcer la main du président américain qui, au plus tard le 12 mai, doit prendre une décision sur l’Iran. Mais Donald Trump n’est pas un dirigeant qui peut succomber à la pression.
Pression interne et externe

             En revanche, la présentation de Netanyahou peut avoir des répercussions inattendues. En effet, des informations confirmées par l’opposition iranienne font état depuis quelque temps de divergences profondes entre le président Rohani et les Gardiens de la révolution. Les accusations de Netanyahou sur le projet nucléaire secret peuvent être interprétées comme une provocation qui pourrait favoriser une union nationale en Iran, entre ennemis de longue date.
             On sait que Rohani a déjà montré qu’il n’avait pas peur des menaces israéliennes et américaines. Il sait qu’il a les moyens de se procurer des têtes nucléaires en Corée du Nord sans qu’il ait besoin de les fabriquer lui-même ; il dispose de lanceurs de plus en plus évolués qui atteignent leur cible à longue distance, suffisamment pour inquiéter Israël. L’arrêt de son programme nucléaire n’est pas un handicap pour lui. Il n’est pas impossible des têtes nucléaires aient déjà été transportées en Iran, pour être stockées en dehors des usines répertoriées.
Tête nucléaire de Corée du Nord

            Cependant, les «preuves concluantes» sont des informations réchauffées dont disposait déjà le Mossad. En effet, le 14 août 2002, l’opposition iranienne, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), avait révélé l’existence de deux sites nucléaire clandestins : le site d’enrichissement d’uranium à Natanz et le réacteur d’eau lourde à Arak. Depuis, il n’y a aucune question à se poser sur l’objectif iranien visant à se doter de la bombe nucléaire. L’Iran n’est pas le seul à rechercher l’arme nucléaire mais il est l’un des parrains du terrorisme et la source idéologique de l’islam extrémiste au Moyen-Orient. La détention de l’arme absolue peut changer l’équilibre mondial.
            Chaque mois, grâce à son réseau étendu et efficace à l’intérieur du pays, la résistance iranienne informe l’Occident sur l’évolution du programme nucléaire clandestin de l’Iran qui a une dimension bien plus importante que ce que l’on pensait au départ. De nombreuses structures gouvernementales ont été impliquées dans le projet nucléaire. On feint de découvrir aujourd’hui que l’attitude de Téhéran a été celle du déni, de la tromperie, de la dissimulation, du rejet des faits, de la politisation et de la reconnaissance contrainte et partielle lorsque que toutes les autres alternatives ont été épuisées. Cela a été de tout temps sa position.
            La question est sur la table depuis plus de dix ans mais il n’y a jamais eu de politique ferme et cohérente en réponse de la part de l’Occident ce qui a permis à l’Iran de développer en silence son programme nucléaire et ses capacités nouvelles pour obtenir l’arme atomique au mépris des résolutions du Conseil de sécurité. Téhéran ne peut pas arrêter son programme, malgré ses promesses, car il considère que son programme nucléaire est stratégique et vital pour la survie du régime. Alors il s’est engagé dans une énorme tromperie stratégique tandis que rien n’était fait pour forcer l’Iran à exposer en détail les aspects militaires de son programme. Rien n’a empêché les ayatollahs de se rapprocher de la bombe malgré les sanctions.
            La mise en scène sur les «preuves concluantes» avait en fait pour but de justifier la loi qui permet dorénavant à Netanyahou de déclarer la guerre sans l’accord du Cabinet de sécurité ni celui de la Knesset. De toute façon cela aurait été une formalité car les ministres et les députés sont des soutiens inconditionnels de Netanyahou. Les détails sur le plan iranien Amad de 2013 visant à produire cinq têtes nucléaires était connu, au moins du Mossad qui doit être félicité pour avoir «emprunté» les contenus des classeurs et des CD, dans un complexe militaire de la région de Sherabad.

            Cette révélation est cependant dangereuse et stérile ; elle n’est pas dans les habitudes du Mossad qui doit protéger ses sources. Netanyahou sait bien qu’il va déclencher une immense chasse à l’homme et aux espions qui risquent de passer à la potence. Mettre en danger ses sources pour de la pure propagande politique est presque incompréhensible alors que les nerfs iraniens sont à fleur de peau après la troisième attaque contre des installations de l'Armée arabe syrienne qui hébergeaient des équipements et personnels iraniens, faisant au moins vingt-six morts. Cette attaque, comme d’habitude, est attribuée à Israël qui ne commente jamais ce genre d’opérations. Si Netanyahou prépare un combat direct avec l’Iran, alors l’annonce est bien parvenue à destination. Mais avait-on besoin de cette politique spectacle ?

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