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dimanche 3 janvier 2016

L'Arabie saoudite organise l'alliance mondiale sunnite


L’ARABIE ORGANISE L’ALLIANCE MONDIALE SUNNITE 
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            
La Mecque

          L’Arabie saoudite est discrète et préfère agir dans les antichambres des palais des Émirs et des Princes. La signature de l’accord américano-iranien a accentué ses craintes d’un Iran nucléaire ou, ce qui est le plus probable, d’un Iran ayant une capacité de déstabilisation et de nuisance au sein des pays sunnites. Les États-Unis, s’étant désengagés du Moyen-Orient, laissent les pays arabes à la merci d’un nouvel impérialisme constitué soit par le djihadisme sanguinaire, soit par la nébuleuse chiite.


            
          
          Les Royaumes et les Émirats, bâtis sur des fondements fragiles, n’ont jamais su consolider leur pouvoir autrement qu’à la force du sabre. L’Arabie saoudite se sent aujourd’hui complétement encerclée malgré l’immensité de ses déserts. La peur s’installe dans l’esprit de ses dirigeants tandis que le doute sur le bon choix de leurs alliances les contraint à réviser leur stratégie. Le danger se rapproche des frontières d’Arabie saoudite depuis que Daesh a menacé de l’attaquer pour «collusion avec les Croisés» après avoir traité ses alliés de «crétins et d’imbéciles».
            D’ailleurs, face au danger représenté par l’État islamique, le Qatar est vite rentré dans le rang saoudien. Après plus d’un an de rivalités avec ses voisins du Golfe, le Qatar a revu ses prétentions à la baisse. L’Arabie saoudite est sortie gagnante du bras de fer avec son concurrent. En effet, les Saoudiens avaient exigé du Qatar qu’il appuie la politique prônée par l’ensemble des pays arabes alors qu’il avait soutenu, à coup de millions de dollars, la révolution égyptienne du président Morsi qui avait vu les Frères musulmans arriver au pouvoir.

CCG insuffisante

CCG en avril 2014
            

          Cette stratégie purement personnelle avait entraîné l’isolement du Qatar mis à l’index par l’Arabie, le Koweït, le Bahreïn, les Émirats arabes et Oman. Le Qatar avait même été écarté du CCG (Conseil de coopération du Golfe), l’organisation de défense régionale regroupant six pétromonarchies arabes et musulmanes du golfe Persique. Mais ce regroupement de quelques pays n’était plus à la mesure du danger qui touchait tous les autres pays sunnites dans le monde.
Prince Mohamed ben Salman

            Le Prince Mohamed Ben Salman et ministre de la défense, l'homme fort du régime, a donc décidé d’étendre cette coalition en créant une sorte d’OTAN sunnite antiterroriste composée de 34 à 44 pays sunnites pour se prémunir contre Daesh. Cette initiative suscite le doute parmi ceux qui interprètent ce projet de contrer l'Iran chiite comme une manœuvre de l’Arabie pour prendre le leadership du monde sunnite. Mais les dirigeants arabes du Golfe constatent que Daesh ne cache plus sa volonté de renverser les dynasties régnantes et les régimes faibles avec l’objectif d’étendre son hégémonie au-delà de la Syrie et de l’Irak. D’ailleurs les menaces sont parvenues jusqu’en Tunisie, pays faible et peu structuré militairement. Les terroristes ont même planifié de détruire le nouveau centre commercial érigé sur les berges du Lac de Tunis. Ils avaient déjà réussi à organiser un attentat suicide dans un bus de la garde présidentielle tunisienne.

            Le Prince a donc opté le 14 décembre pour une coalition militaire capable de défendre tous les pays sunnites contre le danger djihadiste d’une part, et contre l’Iran d’autre part car il ne peut compter ni sur les États-Unis et encore moins sur la communauté internationale. Il pense que l’Occident a montré ses limites et son inefficacité à combattre le terrorisme qui se répand à travers plusieurs pays. Il est convaincu que les Occidentaux ont mal diagnostiqué l’expansion de Daesh due à la destruction du peuple syrien par Bachar Al-Assad et au soutien de l'Iran aux milices chiites au Moyen-Orient. Cependant, cette alliance minimaliste ne pourra pas être comparée à celle de l’OTAN qui s’est structurée autour de membres qui ont accepté  des engagements contraignants, mais il s’agit d’un embryon sécuritaire qui prendra consistance avec le temps. 

            L’Arabie poursuit un autre objectif : s’affranchir de la tutelle occidentale et américaine en particulier. Elle avait marqué un point en refusant le siège qui lui avait été réservé au Conseil de Sécurité. Elle avait justifié sa position en expliquant que  «le carnage en cours en Syrie et le processus de paix bloqué entre Israël et les Palestiniens étaient des preuves irréfutables et la preuve de l'incapacité du Conseil de sécurité d'exercer ses fonctions et responsabilités». Elle n’avait pas non plus apprécié les choix qui avaient été faits au Yémen. Alors, pour mettre en œuvre sa propre stratégie, elle a organisé une coalition militaire au Yémen pour rétablir au pouvoir le président Abed Rabbo Mansour Hadi qui avait  été démis de ses fonctions par les rebelles Houthis soutenus par l’Iran. 


L’Arabie gendarme du Moyen-Orient

            Le Prince saoudien donne l’impression de vouloir se substituer aux Américains comme garant de la stabilité au Moyen-Orient ; il sait cependant qu’il ne pourra pas le faire sans impliquer Israël dans sa stratégie (ce qui fera l’objet d’un prochain article). Ses ennemis rôdent aux frontières et la diplomatie tranquille n’est plus de mise. L’Iran est en embuscade, Daesh s’étend, et les communautés chiites d’Arabie n’attendent qu’un signal iranien pour se soulever. Or selon le Prince, les États-Unis ont prouvé qu’ils étaient incapables de maintenir l’ordre mondial sauf à lancer des frappes militaires inefficaces, en Syrie et en Irak, dans le cadre d’une stratégie brouillonne. L’Arabie et Israël d’ailleurs s’inquiètent de la réintégration de l’Iran dans la communauté internationale. Les Saoudiens estiment donc qu’il est temps de créer leurs propres alliances s’ils veulent protéger leurs intérêts nationaux.
Adel al-Jubeir

            Les contours de cette nouvelle coalition et ses objectifs sont encore flous. Le ministre des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, suggère une force conjointe agissant sous le commandement d’un centre opérationnel basé à Riyad. Mais à l’opposé, le porte-parole militaire saoudien, le général Ahmed Assiri, prévoit seulement un rôle de «coordination» des actions de ses membres sans constituer une force conjointe. 
          Mais une certitude, les moyens militaires mis en œuvre sont illimités. Les importations d'armement de l'Arabie saoudite, 6,4 milliards de dollars, ont augmenté de 54% en 2014. Ryad a dépassé New Delhi, en devenant le premier acheteur d'armes dans le monde. D’autre part, le surarmement d’un petit pays comme le Qatar avait au départ pour but de financer son influence diplomatique dans la région. Son intégration à la coalition aura un effet décisif.  En effet, le Qatar a signé un contrat de 23 milliards de dollars avec la Grande-Bretagne pour l'achat d'hélicoptères d'assaut et de missiles et avec les États-Unis pour la fourniture d’armes pour 10 milliards par an. À un certain moment les pays arabes craignaient que ces armes ne se retournent contre eux car le Qatar représentait, face aux potentats arabes féodaux, une image libérale véhiculée avec ses investissements en tout genre dans les pays occidentaux.
Otan sunnite

            Cette sorte d’OTAN sunnite est le premier pas vers une politique militaire indépendante vis-à-vis des États-Unis, mais entièrement consacrée à la neutralisation du défi terroriste d’inspiration religieuse. Les pays sunnites disposeront d’un front commun indispensable pour l’éradication des djihadistes et pour la résolution des questions syrienne et palestinienne. Cette union remet sur le tapis la menace arabe contre l’Iran, la bête noire des pays arabes sunnites. Elle consolidera l’accord américano-iranien car les Iraniens hésiteront avant de relancer leur programme nucléaire face à la menace sunnite. Les Américains pourraient aussi y trouver leur compte dans un monde sunnite, uni sous l’égide de l’Arabie saoudite, qui permettrait aussi de trouver un terrain d’entente avec la Syrie.
Daesh en Libye

            Cette politique n’est pas éloignée de celle prônée par les Israéliens qui avaient gardé une neutralité active vis-à-vis du régime de Bachar Al-Assad car ils étaient persuadés que le danger venait des djihadistes, les seuls à avoir la capacité d’attirer à eux de nouveaux soutiens à leur politique sanguinaire. Cette crainte de hordes barbares qui envahissent les terres vassales de l’Iran pourrait amener les mollahs iraniens, qui voient d’un mauvais œil un front constitué contre eux, à une meilleure collaboration pacifique avec l’Occident. Daesh est en train de recomposer le monde arabe mais les Saoudiens ont décidé de briser l’élan des djihadistes. Sans le vouloir, l’Arabie saoudite rejoint les États-Unis dans leur stratégie internationale. Neutraliser le régime iranien et éradiquer Daesh seraient pour les Américains la seule victoire au Moyen-Orient, là où ils n’ont connu que des échecs.

4 commentaires:

Max Semory a dit…

Jattends avec impatience l'article sur l'implication israelienne dans cette strategie.

Georges KABI a dit…

Jacques, encore une fois un article brillant. Toutefois (comme d'hab.) il y a un point qui ne me satisfait pas. Les USA, en concoctant leurs accords avec l'Iran, a laisse montrer deux choses, la première c'est qu'il comptait sur l'Iran pour être le gendarme de cette région, et aussi qu'ils avaient l'intention d'abandonner cette région a son sort.

Claude Perry a dit…

Jacques,
Tout comme Max, j'attends avec impatience ton prochain article concernant éventuellement l'implication d'Israël dans cet imbroglio "politico-nébuleux" qui ne cesse de faire monter les tensions...
Claude

AMMONRUSQ a dit…

Alors nous attendons,bonne année civile à toute l'équipe !