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dimanche 24 janvier 2016

Les nids de terrorisme de Jérusalem



LES NIDS DE TERRORISME DE JÉRUSALEM

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

   


          Depuis nos deux derniers articles : «une seule solution, la séparation» [1]  et «le tabou de la division de Jérusalem est brisé» [2], la situation évolue puisque des initiatives politiques sont en cours. Quand on parle de Jérusalem et de sa région, on songe toujours à la vieille ville et aux remparts qui entourent le lieu des trois monothéismes, on imagine les hommes en noir aux caftans anachroniques, et parfois on aperçoit les soldats en armes qui patrouillent dans les souks. C’est cet vision historique qui domine et ce sont ces attributs que les nationalistes juifs veulent protéger de la mainmise étrangère. 




          Or on occulte souvent le fait que la ville historique est entourée de quartiers arabes que les Juifs ne traversent jamais et de camps de réfugiés palestiniens qui ont été créés au cours des différentes guerres israélo-arabes et totalement déconnectés de la ville juive. Ainsi Jabel Mukaber, At-Tur, Anata, Shoafat et Hizme ressemblent à toutes les villes arabes du Moyen-Orient ou à tous les camps de réfugiés du Liban et de Syrie. La municipalité n’y investit aucun budget les laissant souvent dans un état de dénuement qui fait tâche dans un environnement technologique. Certains officiels israéliens se demandent s'il ne faudrait pas raser les camps de réfugiés, comme autrefois le bidonville de Nanterre, et reconstruire des habitations dignes, réduisant d'autant la grogne qui se répand parmi les Palestiniens.
Jabel Mukaber

            Jabel Mukaber, quartier à prédominance arabe au sud de Jérusalem-Est, bordé par Talpiot à l'ouest, Abu Tor et Silwan au nord et à Sur Baher au sud, est habité par 14.000 Arabes. Les bureaux du haut-commissaire britannique de la Palestine mandataire étaient situés dans ce quartier. Après avoir été annexé par la Jordanie, Jebel Mukaber a été placé sous la juridiction de Jérusalem à la suite de la Guerre de Six-Jours de 1967. Presque tous ses habitants ont  rejeté la citoyenneté israélienne mais sont considérés comme des résidents permanents, disposant d’une liberté de mouvement et de droits sociaux israéliens avec un accès aux soins dans les dispensaires et hôpitaux israéliens. La clôture de sécurité pour se protéger des terroristes a divisé le quartier en deux parties, l’une sous juridiction de l'Autorité palestinienne et l'autre sous contrôle israélien, mitoyenne du quartier juif de Talpiot-Est créé en 1970. Jabel Mukaber a été le théâtre de nombreuses manifestations et de protestations de la part d’émeutiers qui voulaient marquer leur solidarité avec la cause palestinienne.
At-Tur

            At-Tur, quartier à majorité arabe sur le Mont des Oliviers, situé à l'est de la vieille ville, a été annexé à Jérusalem également en 1967. Une minorité de Chrétiens s'y était installée en raison de la présence de la Chapelle de l'Ascension qui fait partie d'un complexe comprenant une église chrétienne, un monastère et une mosquée. Les fidèles chrétiens croient qu’il s’agit de l'endroit terrestre où Jésus est monté au ciel quarante jours après sa résurrection. En 1945, la population d’At-Tur comprenait 2.380 musulmans et 390 chrétiens. Aujourd’hui la population s’élève à 18.150 personnes, la plupart musulmanes.
Anata
            Anata est un village arabe annexé par Jérusalem en 1967, situé à quatre kilomètres au nord de la vieille ville, habité par 9.600 arabes, alors qu’ils n’étaient que 540 en 1945 et 852 en 1961. Le village est entièrement entouré par la barrière de sécurité englobant le camp de réfugiés Shuafat, le coupant de Jérusalem.  Le village est mitoyen des implantations de Alon, Nofei Prat, Kfar Adumim et Almon. La haine résiste dans le village. Une jeune arabe d'Anata, âgée de 13 ans, a été tuée le 23 janvier 2015 alors qu'elle s'apprêtait à poignarder un policier.
Shuafat

            Shuafat quartier arabe de Jérusalem-Est  à environ cinq kms au nord de la vieille ville, a une population de 35.000 habitants. Ce camp de réfugiés a été créé par le roi Hussein de Jordanie en 1965 pour abriter les réfugiés palestiniens en provenance des zones de Jérusalem, Lod, Ramleh et Jaffa, après que le camp Mascar dans le quartier juif de la vieille ville ait été fermé. Le village a été annexé à Jérusalem en 1967 mais les résidents ont refusé la citoyenneté israélienne en préférant le statut de résident permanent. Ce camp est le seul camp de réfugiés palestiniens situé à l'intérieur même de Jérusalem.  La présence israélienne est limitée à des points de contrôle contrôlant l'entrée et la sortie. Pour des raisons de sécurité, la police israélienne s'introduit rarement à l’intérieur du quartier. D'ailleurs les habitants juifs de Jérusalem souhaitent exclure de la Capitale ce quartier afin d'assurer une majorité juive à Jérusalem. C'est pourquoi le premier ministre, Ehud Olmert, s’était posé la question de savoir si l'annexion de Shuafat à la région de Jérusalem était nécessaire.
Soldat attaqué à Hizme

            Hizme  village arabe situé à sept kilomètres de la vieille ville de Jérusalem, en bordure de Neve Yaacov, Pisgat Zeev, Geva Benyamin et Almon.  Le village, habité par 5.650 Arabes et annexé en 1967, est à présent coupé depuis 2005 par le mur de sécurité. Selon les accords d'Oslo II, environ 9% de la superficie du village ont été classés zone B sous la responsabilité civile de l’Autorité palestinienne tandis qu’Israël conserve une responsabilité prépondérante pour les questions de sécurité. Les 91% restants sont classés en zone C, sous contrôle total d’Israël pour la sécurité et l’administration.

            Qalandia est un village arabe situé à 11 kilomètres de Jérusalem, habité en 2006 par 1.154 personnes. La Jordanie avait établi ce camp de réfugiés en 1949 pour accueillir des réfugiés arabes de Lydda, de Ramleh et de Jérusalem. Le check-point de Qalandia entre Jérusalem et Ramallah est connu comme un point chaud fréquenté par les manifestants palestiniens.
check-point de Qalandia

            Ces villages arabes, situés loin du centre de Jérusalem, constituent des poches de contestation d’où sont venus la plupart des terroristes au couteau. Manipulés certes par leurs aînés, qui n’ont rien à leur offrir que la misère ou l’idéologie islamiste, ces jeunes suscitent des troubles que la police israélienne ne peut réprimer, faute d’entrer dans les villages où la loi et l’ordre israéliens ont du mal à s’appliquer. Il s’agit de zones de non-droit qui deviennent des foyers d’attaques contre Israël. Les services de sécurité israéliens ont compris qu’ils ne pouvaient pas y faire régner l’ordre sauf à prendre des mesures draconiennes contre la population civile au risque de pousser la population à une révolution sanglante.
Jeune terroriste de 13 ans tuée le 23 janvier 2015 à Anata

            Le Shin-Beth (sécurité intérieure) et la police en sont venus à la même conclusion qu'ils devaient confier aux autorités palestiniennes la responsabilité de la sécurité et de l'ordre dans ces villages arabes de la périphérie de Jérusalem. Dans cet esprit, des négociations secrètes ont été engagées avec le chef palestinien des renseignements, le général Majid Faraj. Le premier ministre Netanyahou et son ministre de la sécurité Guilad Erdan ainsi que Mahmoud Abbas cautionnent ces discussions.
Majid Faraj

            L’armée et le Shin-Beth n’ont pas eu d’objections à ce que des forces palestiniennes locales armées assurent la sécurité dans ces villages pour garantir le cloisonnement de ces régions par rapport à Jérusalem et interdire les attaques terroristes. La décision a été prise des deux côtés depuis que des informations concordantes font état d’infiltrations de djihadistes de Daesh qui ont réussi à créer des cellules actives qui ne peuvent être éradiquées que par une police locale bien implantée. Le Chef d’État-major avait attiré l’attention du gouvernement sur le soutien grandissant de militants palestiniens à l’État islamique. Son inquiétude a été attirée par l’incident, créé le 3 décembre 2015, par un officier de renseignement palestinien, Mazen Aribe, qui a utilisé son arme de service contre des soldats de Tsahal et qui s’est avéré être un membre d’une cellule djihadiste.  
Le corps de Mazen Aribe
            Les négociations avancent sur l’aspect pratique de ce projet en ce qui concerne les nominations et les attributions officielles qui seront données aux forces locales. L’Autorité palestinienne y voit un moyen de prendre pied dans une partie de la périphérie de Jérusalem qui pourrait un jour devenir l'embryon de capitale d’un éventuel État palestinien. Le Gouvernement israélien y voit un moyen de se débarrasser d’un foyer de tensions d'où viennent la plupart des terroristes. Il apporterait enfin le calme et la sécurité dans Jérusalem qui souffre de la désertion des touristes.  
          Les forces palestiniennes sont seules capables de juguler la vague de terreur arabe en étant sur le terrain et à l’intérieur des villages arabes sensibles. En revanche les nationalistes juifs craignent un danger de division, voire de séparation d’une partie de Jérusalem. Pour eux ils préfèrent garder des zones arabes de non-droit, inaccessibles aux forces israéliennes, pourvoyeuses d’assassins déterminés, plutôt que de donner un coup de canif au sacro-saint principe de Jérusalem «une et indivisible». Pourtant ce nouveau projet ne concerne nullement la vieille ville de Jérusalem ni la capitale moderne mais uniquement quelques quartiers arabes isolés à plusieurs kilomètres du centre-ville. Le gouvernement israélien semble choisir la voie du réalisme et du pragmatisme en se débarrassant progressivement d’entités arabes réfractaires à toute intégration à Israël.





5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour ces explications claires ,documentees et,malheureusement fort utiles en ce moment
Evelyne Stessin

Jackie KAHANA a dit…

Très instructif! Des plans à long terme mais avec un aboutissement concluant serait déjà Un effort de fait .

andre a dit…

Bravo ! C'est un reportage complet et instructif qui vaut bien plus que toutes les analyses et tous les commentaires.
De l'excellent journalisme !

Eliahou ZEMMOUR a dit…

Excellent article empreint de réalisme comme tous tes articles concernant Jerusalem.
Par ces négociations engagées avec les services Palestiniens les Autorités Israéliennes nous donnent la preuve de leur incapacité à rétablir l'ordre.
Au lieu de trancher et d'avoir le courage de prendre les décisions qui s'imposent, on préfère avoir recours aux supplétifs Palestiniens.
Seulement combien de temps ceux ci vont accepter de jouer les seconds couteaux.

Claude Perry a dit…

... Au risque de me répéter, Bravo Jacques pour ton article !
... Ta place devrait être à la Knesset.....
Claude