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dimanche 17 janvier 2016

Langage de vérité à l'Agence Juive



LANGAGE DE VÉRITÉ À L’AGENCE JUIVE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          Il semble qu’un tournant ait été pris par l’Agence Juive qui ne veut plus se considérer comme un aspirateur de Juifs pour l’Alyah. Ses délégués en France donnaient l’impression d’être des commerciaux payés au pourcentage du nombre de Juifs transférés en Israël, sans analyser leurs capacités d'intégration et sans se préoccuper de leur sort une fois les pieds posés au pays. Or la mauvaise préparation des candidats au départ et l’absence de langage de vérité conduisaient inévitablement à des déceptions avec des conséquences dramatiques pour les familles d'immigrés.


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Daniel Benhaïm

            Le directeur de l’Agence juive de Paris, Daniel Benhaïm, a mis les pieds dans le plat en avouant, un secret de polichinelle, qu’une alyah n’est pas forcément de tout repos et qu’il faut s’attendre souvent à des problèmes d’intégration essentiellement économiques. A condition bien sûr que les autorités essaient de remédier à ces problèmes. Ces difficultés sont connues de tous et ont déjà été exprimées par une presse accusée d'antisionisme pour avoir rompu la loi du silence qui s’imposait pour ne pas décourager la grande masse des Français. On a privilégié la quantité plutôt que la qualité comme aux temps glorieux de la création de l'Etat. Certes de nombreux juifs messianiques, qui sont souvent envoyés pour peupler les territoires, sont convaincus que leur place est en Israël quel qu’en soit le prix. Cependant la grande masse des Français reste attachée à son bien-être matériel et n’est pas prête à abandonner le confort des grandes villes de France pour l’aventure.
            Les nouvelles se diffusent rapidement et il devient difficile de cacher les échecs malgré la discrétion des «yordim». Ceux qui retournent en France après une expérience ratée estiment, à présent, qu’il est temps d’éviter leur mésaventure à d’autres candidats au départ même si cela comporte un impact négatif pour Israël. Ils parlent, ils dénoncent et ils conseillent. Pour une fois il faut saluer le courage du directeur de l’Agence juive en France, Daniel Benhaïm, qui a mis les pieds dans le plat : «Certains découvrent que le pays des vacances n’est pas celui du quotidien. Israël n’est pas un eldorado. 20 % des personnes faisant leur alyah finissent par revenir en France, généralement pour des raisons économiques. Partir en Israël est un choix difficile». Ce chiffre est en effet minoré car les statistiques officieuses sont supérieures à 30%. 
          L'Agence juive a compris qu'un nouveau langage de vérité s’impose car aucune situation d’urgence n'exige de pousser les Juifs à une alyah non souhaitée. Le directeur de l'Agence juive est dans son rôle quand il pousse les Français à s'expatrier mais l'on sent dans sa déclaration une critique subliminale du gouvernement et du ministère de l'intégration qui ne mettent pas en place une politique réaliste. La plupart des budgets s'orientent vers les territoires et les immigrants qui ne veulent pas y vivre sont pénalisés.
            Les raisons économiques expliquent généralement les échecs de ceux qui se trouvent dans l’impossibilité de trouver un travail en rapport avec leur expérience ou leurs diplômes. À cet aspect s’ajoute la difficulté d’acquérir un logement compte tenu des prix excessifs de l’immobilier qui sont au niveau de la France dans les grandes villes d'Israël. D’autre part, le coût de la vie en Israël a beaucoup augmenté avec des salaires qui stagnent. 
            Il faut aussi noter que durant ces deux dernières années, l’Agence Juive s’était glorifiée des grands chiffres de l’alyah sans vouloir avouer qu’une grande partie était fictive. De nombreux Français avaient trouvé cette seule solution pour protéger leurs maigres économies placées en Israël après la pression permanente des nombreux démarcheurs de banques israéliennes venus en France pour les inciter à placer leur argent en Israël, la petite Suisse du Proche-Orient en raison de son secret bancaire. Mais ces mêmes banques les ont lâchés sans ménagement lorsqu’il a fallu appliquer les nouvelles lois imposées en 2014 par les États-Unis et l’OCDE. Les banques ont alors bloqué sans prévis tous les fonds d'origine française en menaçant de les transférer dans leur pays d’origine au risque d'entraîner des pénalités fiscales inévitables. La seule solution proposée pour résoudre ce différend avec les banquiers restait l’alyah «fiscale» avec prise de la nationalité israélienne, sans obligation de durée de séjour, pour éviter les problèmes avec le fisc français. 

            C’est pourquoi les chiffres de 2014 et 2015 ont été faussés. Il ne faut pas se voiler la face. De nombreux immigrants ont pris leur carte d’identité israélienne mais ont continué de résider en France. L’Agence juive n’avait pas compris qu'elle ne pouvait pas fonder sa stratégie sur la seule alyah de nécessité découlant de la peur du terrorisme et de l’antisémitisme. La France n’est pas la Russie ni l’Ukraine où la guerre fait rage. Le gouvernement français ne pratique pas l’antisémitisme d’État. Bien au contraire, il combat, avec plus ou moins de succès, les dérives des terroristes islamiques qui veulent déstabiliser le pays. Enfin, le problème du port de la kippa serait une fausse incitation à émigrer.
          Si Israël est intéressé à attirer la population juive de France, il doit mettre les moyens avec des mesures significatives sinon le flot des immigrants sera tari quand il ne se dirigera pas vers le Canada plus accueillant. Aujourd’hui seuls les retraités et les Juifs religieux ont la vocation du retour à Sion car il est difficile pour les autres familles juives de quitter le confort et les avantages sociaux qui leur permettent une vie décente, même en cas de difficulté économique.
Bâtiment Amidar des années 1970

            Pour abandonner leur vie en France, les nouveaux venus doivent retrouver un logement à prix raisonnable qu’ils peuvent occuper dès leur arrivée pour se concentrer sur leur intégration. C’était d’ailleurs le cas dans les années 1970 avec l’attribution des HLM Amidar,  construits dans les faubourgs des grandes villes alors qu’Israël était pourtant dans une situation économique moins florissante, mais dirigé il est vrai par les Travaillistes. Les appartements, qui bénéficiaient d'un financement public partiel, disposaient d'un confort modeste avec un faible loyer qui était d'ailleurs déductible du prix de cession en cas d'achat dans un délai de 10 ans. Le problème de la non-reconnaissance des diplômes délivrés par les universités et Grandes Écoles françaises est aussi un scandale, surtout pour ceux qui pouvaient prouver plusieurs années d'expérience. Le gouvernement israélien doit aussi oser imposer une discrimination positive permettant aux femmes d’être admises dans des emplois municipaux ou nationaux pour leur éviter d’être escroquées par les call-centers qui les exploitent dans le cadre d’un nouvel esclavage.
Futur centre communautaire au rez-de-chaussée près du Trocadéro

            Si ces mesures a minima ne sont pas mises en place, alors les Juifs de France se détourneront d’Israël. C’est déjà le cas de dizaines de jeunes médecins, dentistes, avocats, experts-comptables et commerçants qui, après réflexion sur les réalités de l’alyah, ont décidé de fixer leur avenir à Paris. Ils ont investi dans l’achat de 1.200 m² près de la place du Trocadéro, pour construire une synagogue, un mikvé, une salle de fêtes, une bibliothèque, un talmud torah et une école maternelle et primaire, disponibles en 2018. Ces financiers privés, qui ont toujours montré leur attachement à Israël, n’ont pas investi à court terme et ils attendront certainement leur retraite pour satisfaire leur idéal sioniste. C’est une grande perte pour Israël. La question se pose de savoir si réellement les Français y sont les bienvenus.


Vidéo de Caroline Amouyal sur les "yordim"   

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6 commentaires:

Georges KABI a dit…

30%? Vous plaisantez, n'est-ce pas? Il s'agit en fait de 70% pour l'ensemble des Juifs originaires des pays occidentaux. Car le probleme n'est pas seulement avec les Francais, mais avec tous les autres issus de l'UE ou des USA.

Jocelyne COHEN a dit…

ce qui me degoute est que certains font monter des familles entieres et ne leur donnent pas les conseils les plus importants, comment se recycler et comment trouver du travail, l'important toujours pour ces certains est de les faire monter evidemement dans des ishouv ou ils seront perdus , ils ont l'impression ainsi d'etre dans des clubs de vacances et apres ! d'ememerdez vous

Elizabeth GARREAULT a dit…

Merci Jacques. De toute façon, même si certains continueront à chipoter, les faits sont têtus et un directeur de l'Agence Juive n'annonce pas des chiffres au pifomètre sans y risquer son poste alors il n'y a aucune raison de ne pas le croire.
Pour le reste, l'article est très bien documenté et explique la raison d'être du travail des bénévoles qui font tout pour faciliter la vie des olim et surtout pour les faire rester.

Marianne ARNAUD a dit…

Je ne sais si c'est l'endroit mais je voudrais rendre hommage à Benjamin Amsellem, cet enseignant juif de trente-cinq ans, attaqué à la machette par un mineur, à Marseille, qui a déclaré : "Je n'ai pas de haine mais de la peine pour cet ado !" Et à la question de son émigration possible, a répondu qu'il ne se voyait pas d'avenir ailleurs qu'en France.

Nadine VERED a dit…

Le chiffre de 70% de yordim est faux pour ces dernières années. Parmi tous les olim français que j'ai connus depuis 10 ans , très peu sont repartis.À la différence des années 70 ou la France était prospère, les musulmans peu nombreux et les juifs moins religieux. Par contre israël devra faire un réel effort de logement et d'emploi pour tous les juifs qui arrivent et qui continueront d'arriver

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Effectivement un langage de vérité est essentiel.