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samedi 31 janvier 2015

DÉCHIRURES DANS LES PARTIS RELIGIEUX



DÉCHIRURES DANS LES PARTIS RELIGIEUX

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

On aurait pu penser que les hommes de religion avaient par essence une conduite exemplaire car, s’inspirant des textes sacrés qu’ils doivent suivre à la lettre, ils représentent la dignité et la morale. Mais la politique les a pervertis et, en entrant dans l’arène, ils sont redevenus avant tout des hommes avec leurs faiblesses et leurs défauts. On attend d’eux plus de respect de la valeur humaine mais ils trempent comme les pires laïcs dans les magouilles politiques. Le plus alarmant pour des hommes politiques religieux vient du fait qu’en entrant en politique, souvent sans expérience, ils perdent leur liberté d’action parce qu’ils subissent l’influence de rabbins gourous qui dictent leur conduite et leurs décisions.



Rivalités et querelles

Elie Yshaï

Les élections anticipées de mars 2015 ont été l’occasion de rivalités et de querelles dans le monde religieux. Le feuilleton à l’allure de Commedia dell’arte a commencé en décembre 2014 lorsque, malgré des tentatives de réconciliation, Elie Yshaï a décidé de quitter  le parti orthodoxe séfarade Shass qu’il avait présidé lorsque son rival Arie Dehri était en prison. Mais il avait été écarté de la gouvernance.
Le rabbin ashkénaze Steinmann, dirigeant spirituel des Juifs orthodoxes séfarades, représentait paradoxalement l’autorité unique capable d’arbitrer une décision défavorable à Yshaï décrétée par le Conseil des Sages de la Torah qui inspire les décisions du parti. Malgré son aura, il n’a pas réussi à éviter l’éclatement du parti Shass en deux tendances ni le départ d’Yshaï vers de nouveaux horizons politiques. Dehri et Yshaï ont donc décidé de s’affronter lors des prochaines élections.
Yshaï et Dehry

Mais ce conflit a fait une victime collatérale de poids qui n’a été informée qu’après la clôture officielle des listes, lui enlevant ainsi toute possibilité de s’inscrire auprès d’un autre parti. Le rabbin Chalom Cohen, qui préside le Conseil des Sages de la Torah dont dépend le parti, a annoncé que le député Nissim Zeev ne fera pas partie de la liste alors qu’il est l’un des fondateurs et une figure de proue du parti, élu sans interruption depuis 1999. Proche d’Elie Yshaï qui a quitté le parti, il a subi la vindicte de ses amis politiques. Mais la guéguerre entre factions religieuses ne s’est pas arrêtée à cette péripétie.
Yoni Chetboun

Le parti Ha‘Am Itanou (le peuple avec nous) de Elie Yshaï qui, selon les sondages risquait de ne pas franchir la barre des 3,25% de votants pour entrer à la Knesset, a coopté un transfuge du parti de Naftali Bennett, Yoni Chetboun qui lui apportait les voix de son lobby francophone. Pour augmenter ses chances d’être député, Elie Yshaï s’est alors tourné vers un parti lui-aussi en difficulté électorale, Otzma Yéhoudit (Force juive) dirigé par Michael Ben Ari et Baruch Marzel. Cette alliance était contre nature car Otzma se revendique ouvertement de l’idéologie du rabbin Meir Kahane qui devint député à la Knesset lors des élections de 1984 mais qui fut exclu du parlement après que son parti Kach a été déclaré raciste par le gouvernement israélien et donc interdit. Baruch Marzel est justement un ancien activiste du parti Kach.
Marzel et Ben-Ari

Otzma fonde son idéologie sur le Grand Israël, Israël dans ses frontières bibliques, avec une politique d’implantations massives juives en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Il pose comme principe que les Arabes n’ont aucun droit sur cette terre et qu’ils doivent donc la quitter par une politique de «transferts» vers les pays arabes. L’État juif doit être fondé sur la loi religieuse, la Halakha. Enfin, il prône le recours possible à la violence car elle est légitime pour assurer l’unité de la terre d’Israël.
Rabbin Meïr Kahane


Série B

Elie Yshaï qui a été ministre de plusieurs gouvernements n’était pas en phase avec cette politique extrême. Son colistier Yoni Chetboun, député sortant, l’était encore moins et ne se voyait pas cautionner une telle idéologie. Il refusa donc cette alliance en menaçant de quitter le parti. Yshaï a donc, dans un premier temps, renoncé à faire une liste commune avec Otzma.
Mais comme les mauvais films de série B, le comportement des religieux de Otzma avait dévié de toute morale puisque le député Yoni Chetboun a reçu des menaces de mort parce qu'il était accusé d'être à l'origine d'un refus d’accord entre les parti Ha‘Am Itanou et Otzma. Après une évaluation de la situation, l’officier de sécurité de la Knesset avait décidé de mettre en place une protection rapprochée pour le député et sa famille faisant dire à Yoni Chetboun : «Nous travaillons à promouvoir l’unité entre les nationaux-religieux et les orthodoxes, c’est cela la ligne politique du parti Yahad. Dommage qu’une criminalité digne du banditisme vienne saboter le processus d’unité historique que nous avons entrepris».
Mais l’approche de la clôture des listes, jeudi 30 janvier à 16h, a eu raison des derniers blocages. Certains députés sortants voyaient s’éloigner leurs chances de réélection. Ajoutant cette réflexion aux menaces proférées à l’égard de Chetboun, les deux partis ont fini par se mettre d’accord sur une liste commune, une alliance entre la carpe et le lapin. Chacun a renoncé à une partie de ses exigences en raison de l’urgence de la situation car l’union était le seul moyen pour les deux formations d’atteindre le seuil fatidique des 3,25% des inscrits. Pour éviter que Yoni Chetboun quitte le parti, un jeu de chaises musicales a été trouvé. Ben-Ari a accepté de se sacrifier en acceptant la sixième place et en offrant sa quatrième place à Baruch Marzel. Ce dernier, connu pour son activisme, s’est cependant engagé à ne pas se rendre sur le Mont du Temple pendant son mandat.

Ces marchandages ont montré que la politique s’était éloignée des préceptes bibliques et que la kippa n’avait pas joué un grand rôle dans des négociations où d'habitude excellent les laïcs. La religion est censée réunir les Juifs croyants, mais en l’occurrence elle les divise. Ainsi les partis religieux iront aux élections en ordre dispersé. Les électeurs auront le choix entre plusieurs listes qui couvrent tout le spectre politique de la droite vers la gauche.  La nouvelle liste de Yshaï, Chetboun, Ben-Ari, et Marzel, à l’extrême-droite, la liste des sionistes religieux de Naftali Bennett à droite, la liste des orthodoxes ashkénazes inclassable et enfin la liste des orthodoxes séfarades du Shass de tendance à gauche.

Comment les rabbins pourraient s’y retrouver parmi leurs ouailles ? Leurs adeptes croient à un Dieu unique mais pas à une politique unitaire. Là est le mystère de la religion lorsqu’elle sort des  synagogues pour s’aventurer dans le monde de la politique.

3 commentaires:

Henri OLTUSKI a dit…

Qu'ils retournent à leurs méditations ,mais surtout pas au travail

Herve23 a dit…

Vous n'êtes QUE des hommes. Il est bien difficile de croire à votre intégrité morale, si le 'Pouvoir' vous taraude tant.

Face à la cohésion (de façade, certes) des partis arabes israéliens, ne pouviez vous pas faire Bonne Figure, le temps d'un vote ??... surtout si votre intention (pour certains) et de chasser les arabes de Cisjordanie.

Pfff ! Comment voulez vous que l'on croit en vous !

Benjamin a dit…

le grand Rabbi Ovadia Yossef avait du faire des compromis, en tant que chef spirituel du shas.
ses "camarades politiques" lui ont fait dire à la fin de sa vie, des maladresses.
le rabbi a du s'exécuter pour se debarasser de ces politiques du shas . la tora et la politique ne marchent pas sur les memes pieds.
Rabbi Yossef était un grand dans la jurisprudence de la tora. un politique ne parle pas en donnant des benedictions, comme le proposent les grands rabbins sans mandat électoral, un politique fait des attaques personnelles, parle avec animosité. cela n'a rien à voir avec un rabbi.
nos sages de la maison d'Israel doivent etre protegés des pratiques "ordinaires " de la politique.