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samedi 3 janvier 2015

L’ATTITUDE PARADOXALE DE L’IRAN



L’ATTITUDE PARADOXALE DE L’IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



L’Iran adopte une attitude paradoxale en battant le chaud et le froid dans sa politique internationale et en agitant le spectre de la paix et de la guerre au Moyen-Orient. D’une part, il semble qu’un accord soit imminent avec les Occidentaux sur le programme nucléaire car l’Iran accepte une réduction de ses capacités de production d’uranium. Ses bonnes intentions tendent à accréditer ses idées pacifistes alors qu’en réalité il ne cherche qu’à desserrer l’étau des sanctions économiques. Mais d’autre part, dans une posture belliqueuse, les Iraniens continuent à accroître le réarmement du Hamas et du Hezbollah avec la volonté de maintenir l’état de guerre permanent contre Israël.


Formule consensuelle



Une formule a été trouvée avec le Groupe «5+1» (États-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne) pour réduire les capacités de Téhéran à fabriquer des armes nucléaires. Les parties ont établi un document répertoriant les éléments d’accord et les divergences restant à surmonter. La Russie a accepté de recevoir d’Iran la plus grande partie des éléments nécessaires à la fabrication d’une bombe nucléaire. Bien que de nombreux points de désaccords subsistent encore, les six puissances estiment que l’optimisme existe pour la suite des négociations de Genève le 15 janvier 2015. L’Iran persiste à nier qu’il cherche à se doter d’armes nucléaires et voudrait que les Occidentaux atténuent les sanctions économiques qui le paralysent.
Le problème de l’enrichissement de l’uranium reste entier car il peut à la fois servir de combustible à un réacteur mais aussi de noyau fissile pour une bombe nucléaire. C’est pourquoi les États-Unis ont exigé l’exportation du stock iranien d’uranium enrichi vers la Russie. L’accord ne bute pas sur le principe mais sur la quantité à exporter.  Les Américains tiennent à réduire les capacités de production en n’autorisant le fonctionnement que de 4.500 centrifugeuses sur les 10.000 déjà répertoriées alors que les Iraniens acceptent de réduire ce volume à 8.000.

Deux points litigieux restent à résoudre, et non des moindres, concernant l’usine souterraine d’enrichissement de Fordo et le réacteur à eau lourde d’Arak pratiquement en voie de fonctionner pour produire du plutonium. Les négociateurs disposent encore de six mois pour parvenir à un accord, durant lesquels l’Iran continuera à faire tourner ses machines à plein rendement et à abuser de la naïveté occidentale.

Consensus anti-israélien

L’autre attitude des Iraniens concerne leur appui sans réserve au Hamas et au Hezbollah. Si sur le plan politique les relations entre le Hamas et l’Iran ont fluctué, et parfois divergé, ils restent unis dans le combat contre «l’ennemi sioniste». L’Iran tient à ses relations avec le Hamas car il symbolise son seul bastion au Proche-Orient, certes contre Israël mais surtout aussi contre l’Égypte. Le Hamas et l’Iran se rejoignent dans l’idéologie islamique pour «libérer la Palestine» contre un intrus dans l’environnement musulman. Le Hamas représente le fer de lance de l’Iran dans la région et sa cause est devenue une question idéologique pour les chiites du monde entier.
L’Iran et le Hamas se sont opposés dans le conflit syrien, abordé différemment par chacune des parties. Mais à la suite de l’opération «bordure protectrice» de 2014, Gaza a compris que son intérêt consiste à rejoindre l’axe de l’Iran par opposition au rapprochement avec les pays arabes qui jouent la carte occidentale. Ainsi l’Iran est assuré qu’il peut compter sur le Hamas dans la région.
Marzieh Afkham

La porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Marzieh Afkham,  a déclaré que les relations avec le mouvement du Hamas sont normales et vont dans la bonne direction. En revanche, elle a nié les rumeurs concernant le transfert du bureau politique du Hamas, sous la direction de Khaled Mechaal, de Doha à Téhéran.

Hamas et Hezbollah

Le paradoxe vient de ce que, malgré son engagement à poursuivre les négociations sur le nucléaire, l’Iran continue d’armer et de former le Hezbollah, le Hamas et le djihad  islamique palestinien. Téhéran fournit des roquettes, des missiles sol-sol, des drones, des systèmes anti-aériens sophistiqués ainsi que des radars de pointe, pour limiter principalement la liberté de l’aviation israélienne. Le guide suprême  Khamenei, a confirmé son intention de «renforcer la résistance de ses frères palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Ils forment une seule et unique entité sous la direction du Hamas». Le choix est clair. Sa doctrine de dissuasion passe par un renforcement des capacités de tir des missiles fournis au Hezbollah et aux Palestiniens dans le seul but d’empêcher Israël d’attaquer ses installations nucléaires.
Fateh-110

Les fournitures d’armes utilisent les frontières peu étanches de Gaza pour le Hamas et le Djihad islamique, et de la Syrie pour les convois destinés au Hezbollah. Selon la presse internationale, Israël a saboté plusieurs livraisons d’armes en territoire syrien. Une partie de ces armes, des S-300 SA, des missiles Fatah-110 et des drones iraniens, aurait été détruite, le 7 décembre 2014, par l’aviation israélienne. 
Il ne s’agissait pas de la première opération contre le réarmement. En janvier 2013 un convoi transportant au Liban des missiles anti-aériens S.A 17 a été frappé. En mai 2013, des missiles Fatah-100 ont été détruits à l’aéroport de Damas. Enfin en juillet et en octobre 2013, des missiles de croisière Yakhont (P-800) ainsi que des radars destinés au Hezbollah ont subi le même sort dans le port de Lattaquié. Il est vrai que le Hezbollah est récompensé pour sa participation dans le combat pour la survie du régime de Bachar al-Assad et pour le lourd tribut qu’il paie en sacrifiant des centaines de ses miliciens en Syrie.
Abou Obeida

Le 14 décembre 2014, le porte-parole des brigades Ezzedine Al-Qassam, le bras armé du Hamas, Abou Obeida, avait remercié l’Iran «pour son aide financière et militaire dans le combat que le Hamas mène contre les sionistes». Lors d’un grand rassemblement populaire, les brigades Ezzedine Al-Qassam  ont défilé avec  des roquettes antichars qui selon lui ont réussi à «briser le mythe de l’invincibilité du char Merkava». Les miliciens se sont aussi affichés avec un drone Ababil-3 et des fusils de pointe iraniens.
Drone iranien Ababil


Production de missiles

Le ministre iranien de la Défense, le général Hossein Dehghan a déclaré le 20 décembre 2014 à la télévision que : «le mouvement de résistance en Palestine occupée est capable grâce à notre aide technologique de concevoir et de produire des missiles». Cela confirme que, si les tunnels sont de plus en plus détruits par les Égyptiens, le Hamas a la capacité de construire, avec l’aide de techniciens iraniens des missiles. L’Iran ne s’en cache pas puisque l’ancien ambassadeur iranien à Damas, Hussein Sheikholeslam, s’est exprimé sur le sujet : «notre principal ennemi Israël possède des armes nucléaires et des missiles, et donc pour contrer ces menaces nous avons aidé le Hezbollah et nos frères palestiniens à fabriquer des roquettes afin, justement, de permettre à l’Iran de créer un équilibre de terreur et un bouclier de défense contre toute attaque israélienne éventuelle».
général Hossein Dehghan

L’Iran a diffusé des photos de roquettes et de missiles dont disposent les Palestiniens à Gaza et le Hezbollah au Liban. Il s’agirait de Fateh-110 d’une portée de 300 km et portant une ogive de 500 kg pouvant donc atteindre toutes les villes israéliennes avec un objectif de toucher le réacteur nucléaire de Dimona. Ainsi, les négociations sur le nucléaire sont menées parallèlement à un effort accru de renforcement des capacités militaires du Hezbollah et du Hamas.
Dans cette affaire, le président Hassan Rohani est débordé par les Gardiens de la Révolution qui s’opposent à toute ouverture avec l’Occident grâce à une nouvelle structure politique parallèle comprenant des anciens ministres d’Ahmadinejad. Ils rendent responsables les Occidentaux de la baisse du prix du pétrole, à moins de 60 dollars, qui aggrave la situation économique et sociale de l’Iran. Les Iraniens n’ont pas abandonné leur stratégie hégémonique dans la région avec pour objectif la confrontation avec Israël. L’attitude paradoxale de l’Iran devrait alerter les chancelleries occidentales.
En revanche, l’État-Major israélien a pris toutes les mesures pour contrecarrer les ambitions iraniennes. Benny Gantz  a annoncé le 3 octobre 2014 : «Nous sommes pour une action militaire contre l'Iran». Il avait emboîté le pas au premier ministre qui avait menacé que,  si l'accord éventuel entre l'Iran et les 5+1 ne plaisait pas à Jérusalem, Israël pourrait avoir recours à l'option militaire.


2 commentaires:

Jean CORCOS a dit…

Ceci confirme ma propre analyse, et depuis longtemps. Seuls les Ayatollahs ont la volonté, la technologie et le réel désir de détruire Israël et le peuple juif. Au M.O, cela risque de se faire à coups de missiles ; ailleurs, c'est en développant une véritable propagande nazi, sur l'Internet et ailleurs : et cela, sans parler de leur programme nucléaire qui est un vrai cauchemar !

David a dit…

"L’Iran tient à ses relations avec le Hamas car il symbolise son seul bastion au Proche-Orient, certes contre Israël mais surtout aussi contre l’Égypte." écrit monsieur Benillouche. c'est vrai, il est dangereux aussi pour l'Arabie saoudite. l'Egypte a fait des travaux sur sa frontiere avec Gaza, mais à priorie cela ne suffit pas, les armes passent toujours.