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mardi 27 janvier 2015

LE ROI DE JORDANIE PREND DU GALON FACE À L’ISLAMISME



LE ROI DE JORDANIE PREND DU GALON FACE À L’ISLAMISME

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

           

          La mort du roi d’Arabie place la Jordanie en première ligne face à l’extrémisme islamique. Le roi Abdallah de Jordanie devient l’héritier de droit pour prendre la relève du roi défunt comme fer de lance du monde arabe sunnite mais avec la différence qu’il pourrait favoriser l’émergence d’un islam moins radical et plus moderne. Il reprend le flambeau, jusqu’alors dévolu au roi d’Arabie, pour unir la famille sunnite. Il a décidé de se rapprocher du président égyptien Al-Sissi pour organiser une réunion internationale des dirigeants musulmans au Caire. Il a choisi le lieu le plus symbolique du sunnisme, l’université al-Azhar, pour jeter les bases d’un islam modernisé.


Combat contre Daesh


            Il s’agit pour lui de corriger l’impression néfaste qu’il a donnée en s’alliant aux Américains dans le combat contre Daesh, constitué de djihadistes sunnites, alors que la population jordanienne est à 90% sunnite : «Nous ne comprenons pas pourquoi le roi a rejoint l'alliance contre les sunnites de la Syrie et contribue à soutenir Bachar al-Assad, qui a beaucoup plus de sang sur les mains». Il avait été fortement critiqué lorsqu’il avait pris la tête de la marche à Paris, en solidarité avec les massacres de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher de Vincennes. D’ailleurs, les Jordaniens ne l’avaient pas suivi dans sa démarche puisque des manifestations ont eu lieu dans son pays contre les caricatures de Mahomet.
Manifestation en Jordanie

Une grande partie de la population de Jordanie aurait souhaité que soit suivi l’exemple du roi Hussein, issu d’une dynastie hachémite descendant du prophète,  qui avait intégré les islamistes dans son gouvernement.  Le roi Hussein avait jugé utile de neutraliser les Frères musulmans en 1950, en s’alliant avec eux  pour protéger son royaume contre les nationalistes arabes, à l’époque guidés par Nasser. C’est pourquoi, les islamistes ont forgé l’Histoire politique jordanienne. Ils ont obtenu un triomphe électoral en 1989 avec à la clef l’attribution de cinq ministères. 
En fait, le roi Hussein jugeait les Palestiniens du Fatah trop dangereux  au point de les expulser en 1971 et de combler leur vide politique par des militants islamistes du Hamas.  Mais s’il avait gardé avec le Hamas des liens privilégiés, malgré ses bonnes relations avec Israël, il n’acceptait pas la contestation qui l’a conduit à fermer leur bureau d’Amman en 1999 après les avoir expulsés.

Solidarité avec l’Occident

Zaki Bani Rushaid

Le roi Abdallah a rejoint la coalition américaine contre les djihadistes mais, en solidarité avec l’Égypte, il n'a pas admis la contestation des Frères musulmans malgré une longue période d’indulgence vis-à-vis d'eux. Il a ainsi emprisonné plus de 30 d'entre eux et arrêté en décembre 2014 Zaki Bani Rushaid, l’adjoint politique du mouvement en Jordanie, qui avait accusé les Emirats arabes unis de parrainer le terrorisme. Cette arrestation était considérée comme un avertissement de la part de la monarchie.
Les derniers événements lui confèrent une puissance qu’il n’avait pas eue jusqu’à présent car le roi d’Arabie, son aîné, lui faisait de l’ombre. Il veut à présent s’opposer à la guerre civile qui oppose les extrémistes et les modérés car pour lui il faut «prendre une position claire et sans ambiguïté par rapport à la modération et l'extrémisme». Très conscient de la situation, le roi de Jordanie pense que «la guerre contre le terrorisme ne durera pas un ou deux ans, c'est une guerre longue de plusieurs années. Si la guerre militaire peut être courte, la guerre sur le plan de la sécurité et de l'idéologie va prendre du temps, peut-être 10 à 15 ans. De par sa position géographique la Jordanie ne protège pas uniquement les musulmans face à ce danger, mais aussi les Chrétiens ; car ce qu'ils subissent en Syrie et en Irak est une catastrophe».

Une menace prévisible


Le roi Abdallah faisait partie des pays arabes sunnites qui n’avaient pas cessé de mettre en garde l’Administration américaine sur un «risque chiite» pour la région. Le Caire avait été effrayé à l’idée que la chute attendue du sunnite Saddam Hussein, considéré comme l’ultime rempart arabe contre l’ennemi héréditaire chiite, ne galvanise précisément les ambitions des chiites arabes. L’Histoire a montré que les Égyptiens ne s’étaient pas trompés. Le roi de Jordanie avait surpris alors le monde arabe en lançant un avertissement le 8 décembre 2004 face à l’émergence d’un «croissant chiite», allant de l’Iran au Liban, en passant par l’Irak. Il estimait que «l’Iran a tout intérêt à voir s’instaurer une République islamique en Irak, pro-iranienne.». Il avait attiré l’attention des pays arabes sur le financement par l’Iran  de nombreuses activités caritatives en Irak pour s’y implanter durablement et sur l’encouragement donné à plus d’un million d’Iraniens à traverser la frontière irakienne.  Il craignait les conséquences d’un déséquilibre entre chiites et sunnites qui se traduirait par des problèmes au-delà du seul Irak.

Le souverain hachémite avait pris le risque de dire tout haut à Washington,  ce que nombre de dirigeants arabes pensaient tout bas jusque-là, mais il n’a pas été écouté par les Américains. Il n’avait d’ailleurs pas hésité à récidiver le 22 mars 2005 en lançant une attaque en règle contre la Syrie et l’Iran, les accusant d’être la principale menace à la stabilité de la région. Il avait prévenu que la Syrie, l’Iran et le Hezbollah «encouragent les attaques terroristes contre Israël afin de divertir l’attention du monde des événements au Liban». Pour Abdallah de Jordanie, le Hezbollah libanais constituait en quelque sorte le «versant occidental de ce croissant chiite».

Les Occidentaux sont accusés d’avoir laissé le Hezbollah séduire les Libanais en permettant au chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, de faire figure de nouveau «héros arabe», seul capable d’affronter Israël et les États-Unis. Le souverain jordanien traduit les craintes d’un revirement soupçonné de l’Administration américaine en faveur d’un chiisme arabe, entraînant la déstabilisation des régimes sunnites, ceux du Golfe en particulier. Il s’était déjà inquiété de l’accord de défense signé le 15 juin 2006 avec la Syrie permettant à l’Iran d’envisager une continuité territoriale le long d’un arc stratégique incluant, à terme, l’Irak. 
Depuis la fin des hostilités ouvertes entre le Hezbollah et Israël à la mi-août 2006, circulait d’ailleurs la rumeur d’une alliance régionale secrète contre l’Iran comprenant Israël, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et l’Égypte. Il s’agissait d’une alliance régionale du renseignement explicitement destinée à contrer l’Iran, à la fois dans sa course à l’armement nucléaire et dans sa tentative supposée de créer un «croissant chiite» de Téhéran à Beyrouth.
L’Arabie saoudite avait eu un rôle décisif dans la mise en œuvre de cet arc sunnite pour contrer les ambitions iraniennes. Il incombe à présent au roi de Jordanie de lutter contre l’islam radical et ses dérives chiites.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Qu'un jour on dise c'est fini
Au petit roi de Jordanie
Il y a peu de chances qu'on
Détrône le roi des cons.

Ne m'en veuillez pas, cher monsieur Benillouche, d'avoir cité Brassens. Dieu sait pourquoi, je n'ai pu y résister.