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mardi 14 octobre 2014

LA LENTE DÉSINTÉGRATION DES PAYS ARABES



LA LENTE DÉSINTÉGRATION DES PAYS ARABES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Désintégration de la Libye

Tous les pays arabes sont sur la voie de la désintégration pour ne pas avoir su opérer un virage démocratique au moment des grands changements post coloniaux. La révolution, qui a été déclenchée dans quelques pays, a aggravé la situation et a ouvert la porte à tous les extrémismes et à tous les excès, malgré l’éradication des régimes féodaux.

Cliquer sur la suite pour voir la vidéo tournée en Libye



Un vide non comblé

Le vide qui a suivi le départ des dictateurs a été mal comblé. Les Occidentaux, les États-Unis en tête, se sont bornés à éliminer les dictateurs sans songer à installer des régimes de rechange, fiables et viables, qui auraient pu améliorer le quotidien des populations défavorisées. On en vient donc à regretter le bon temps des Saddam Hussein, Ben Ali et Kadhafi, tant leur renversement a engendré un chaos brutal. Le cas de Bachar Al-Assad peut être considéré comme exceptionnel car il est bien vissé sur son trône par la volonté de sa sainte mère, la Russie.
Accords de Sykes-Picot

Partout la gangrène islamiste se répand dans l’indifférence du monde occidental qui cherche, en catastrophe, à préserver ce qu’il peut encore sauver de ses intérêts stratégiques et économiques. Et pourtant il assiste, impuissant, à l’effondrement de toutes les structures du passé, les unes après les autres, parce que des forces non étatiques se sont installées dans des États arabes conçus et structurés de manière intéressée par les colonialistes de l’époque. D’ailleurs, l’un des objectifs avoué de l’État islamique est de supprimer les frontières artificielles issues des accords secrets Sykes-Picot, signés le 16 mai 1916 entre la Grande-Bretagne et la France, qui sont à l’origine de la configuration actuelle du Moyen-Orient moderne mais litigieux.
Pourtant ce ne sont pas les frontières imparfaites qui ont déclenché la désintégration mais la situation intérieure qui a souffert d’insécurité et de méthodes policées. L’existence de minorités, volontairement non intégrées par les gouvernements, a créé un abcès de fixation conduisant à des réactions de contestation. Les djihadistes ont trouvé un terreau fertile qui leur a permis de dépasser toutes les idéologies existantes, panarabisme, nationalisme et islam politique pour se concentrer sur la suppression des frontières artificielles.

Enrayer la contestation

Les dirigeants arabes ont verrouillé toute démocratie pour éviter la contestation. Ils ont inculqué l'obéissance à l'État alors qu’existaient de sérieuses lacunes sociales. Ils ont concentré la totalité des pouvoirs tout en développant et en exploitant les divisions entre clans et entre peuples sans chercher à souder les communautés. Ainsi, au lieu de composer avec les Kurdes à qui il a refusé la citoyenneté, le régime de Saddam Hussein a cherché à étouffer toute velléité d’autonomie en forçant l’arabisation des régions kurdes. Le résultat se fait sentir actuellement puisque le soulèvement kurde est celui qui sortira vainqueur de la crise qui sévit au Moyen-Orient.
Combattantes kurdes

Des régions entières ont été isolées et sacrifiées pour étouffer le réveil des nationalismes. Elles ont été privées du minimum de services publics, d’écoles, d’hôpitaux et d’institutions. Mais d’un mal est né un bien puisque ces populations ont été contraintes de tout réinventer pour survivre, de s’organiser pour partager les maigres ressources, d’innover pour créer des institutions caritatives. En fait elles ont mis en place progressivement un squelette de structures étatiques qui ont montré aujourd’hui leur efficacité. Les religieux sont sortis vainqueurs. La misère a fait fructifier les groupes religieux, financés par les monarchies du Golfe, qui se sont chargés d’améliorer les conditions matérielles des pauvres tout en les intoxiquant.
Printemps arabes

Lorsque la révolution a été en marche, les États bâtis sur un socle sablonneux se sont effondrés parce que les structures étatiques étaient insuffisantes, sinon inexistantes. Il était donc facile à des éléments extérieurs d’exploiter les lacunes inhérentes à une absence de gouvernance démocratique en surfant sur les rivalités entre sectes, tribus ou ethnies. Mais si certains pays arabes ont résisté au Printemps arabe, ils n’ont pas profité pour insuffler chez eux du renouveau démocratique et n’ont tiré aucune leçon du passé dictatorial où on les avait enfermés. En bloquant toute avancée en termes de réformes politique, ils ont été contraints d’accentuer les organes de répression ; l’exemple de l’Égypte est typique des erreurs qui ont consolidé le mur de la peur.
Deux pays sont typiques des dérives qui ont conduit au chaos. La Libye et le Yémen.        
Libye

La Libye est le premier pays qui a subi une décomposition totale mais les médias évitent d’en parler car ils mettraient en évidence l’échec français d’abord, et américain ensuite.  Ainsi on a peu rapporté que, le 5 octobre, les groupes islamistes, dont celui d’Ansar Charia, basés dans la ville de Derna ont fait allégeance à l’État islamique (Daesh). Ces terroristes, rejoints par d’autres miliciens de la nébuleuse islamique, se sont rassemblés au centre de la ville de Derna, sur la place Sahaba, pour annoncer leur ralliement officiel à Daesh. Cette annonce a été faite à grand renfort médiatique au cours d’un défilé militaire et d’un cortège de véhicules portant le logo «Police de l’islam», pour montrer la force des milices islamistes lourdement armées et pour impressionner les habitants afin de les convaincre à les rejoindre.

On a laissé faire et pourtant tous les services de renseignements savent que cette ville côtière abrite des camps d’entraînement de djihadistes envoyés ensuite en Irak et en Syrie. Le tunisien Seifallah Ben Hassin, plus connu sous son pseudo Abou Iyadh, chef de l’organisation terroriste Ansar Charia, accompagné par des délinquants recherchés pour des attentats et des assassinats en Tunisie, a pris ses quartiers à Derna, loin de tout anonymat. Cette ville fait à présent partie du califat panislamique d’Abou Bakr Al-Baghdadi. La vidéo ci-dessus prouve que les terroristes ne se cachent plus mais qu’ils s’affichent en toute impunité, sous le regard béat des Occidentaux désarçonnés.

Yémen

Les Houthis au Yémen

            L’autre pays le Yémen, pourtant sous protectorat de l’Arabie saoudite, est lui aussi dans la tourmente, abandonné définitivement par l’Occident qui n’y trouve plus de richesses à exploiter. Les rebelles Houthis avancent dans Sanaa. Des affrontements meurtriers ont fait rage entre l'armée et les rebelles, forçant des centaines d’habitants à fuir leurs maisons. Les combattants chiites ont commencé à bombarder le bâtiment de la télévision d'État à mesure qu'ils avançaient dans la ville. 
Jamal Benomar

          Cela fait plusieurs semaines que des milliers de Houthis organisent des manifestations à Sanaa, assiégeant les ministères et bloquant les routes menant à l'aéroport principal. L’ONU, dans son inefficacité légendaire et représentée par son émissaire Jamal Benomar, n'a pas réussi à négocier un accord de paix entre les belligérants. Le pays, divisé entre sunnites et Houthis qui ont pris le contrôle de la majeure partie du nord du pays, est sur le point de plonger dans la guerre civile. Les insurgés dictent à présent leur loi au gouvernement croupion qui doit aussi lutter contre Al-Qaeda. Les djihadistes continuent à perpétrer des attentats et des exécutions de masse mais ils sont à présent aidés par des mercenaires venus de tous les pays.

Syrie-Irak


La Syrie est l’exemple type d’un ancien régime décomposé qui résiste malgré une guerre civile qui découpe le pays en plusieurs régions. Mais cela démontre que le sort du pays n’est plus entre les mains d’une armée régulière. Bachar Al-Assad a intégré autour de son armée officielle des mercenaires, des gangs mafieux Shabiha, et des miliciens chiites importés d’Irak et du Liban. L'Etat est à présent représenté, non pas par une structure officielle mais par des groupements hétéroclites qui gèrent réellement le pays. Ainsi par Iran interposé, le Hezbollah qui agit plutôt comme une véritable armée avec ses moyens propres et sa propre puissance de feu, profite du désordre pour appliquer sa loi dans les camps de réfugiés syriens qu’il brûle et martyrise. 


L’Occident est impuissant face à ces hordes, sans relation hiérarchique qui détruisent tout sur leur passage. Le chaos qui s’est installé dans les pays arabes est une conséquence des propres dérives de gouvernements qui n’ont pas voulu prendre des mesures pour s’opposer à leur lente dégradation. La démocratie aurait été la seule mesure efficace mais elle n'entre pas dans la culture arabe.  

2 commentaires:

Avraham NATAF a dit…

L'Islam est le prétexte, c'est une forme d'anarchisme qui se manifeste avec le rejet totale de ce qui fait l’État, c'est à dire l’école, l'instruction, l’établissement de santé. Arthur Koestler avait décrit l'ivresse, en 1938, dans une ville d'Espagne administrée par les anarchistes ou, celui qui ne savait pas conduire, prenait une auto et faisait un accident. Les Memnouche et les Merah sont les échantillons du produit avec ce droit de tuer hommes, femmes enfants sans raison.

Parole VOLEE a dit…

Seul Israël devrait être tenu par le partage des frontières artificielles décidées arbitrairement par les puissances colonialistes au surplus tracées dans leurs propres intérêts? Evidemment non.

Que toutes ces frontières sautent, permettant à Israël d'en saisir les opportunités notamment en envoyant balader ...ailleurs un mensonger un Etat "palestinien" ,seule préoccupation en ce moment d'hypocrisie universelle.