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jeudi 9 octobre 2014

IRAN : UNE LONGUE SÉRIE D’ACCIDENTS OU D’ÉLIMINATIONS



IRAN : UNE LONGUE SÉRIE D’ACCIDENTS OU D’ÉLIMINATIONS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps
            
Parchin en feu

          L’Iran est coutumier des problèmes de fonctionnement dans ses centrales nucléaires. Périodiquement il revient au-devant de l’actualité avec l’annonce d’un nouvel «accident». Une explosion vient d’avoir lieu, le 6 octobre, dans le complexe de Parchin, à une trentaine  de kilomètres à l’est de Téhéran. Selon les autorités iraniennes, l'ampleur de l'explosion a fait deux morts et le flash a été ressenti à plusieurs kilomètres de l’installation nucléaire. Bien sûr, les regards se sont portés sur les services occidentaux, et sur Israël en particulier qui ne commente pas, comme à son habitude, ce genre d’accident intervenu hors de ses frontières.



Guerre de l’ombre

Pour les autorités iraniennes, il ne fait aucun doute que les Israéliens et les Américains sont les instigateurs de cette guerre de l'ombre visant à entraver leur programme nucléaire. La planification et la sophistication de ces opérations accréditent la thèse de l'implication du Mossad, qui dispose du savoir-faire et des capacités pour intervenir à l’intérieur des bases iraniennes en bénéficiant de complicités locales. Les Israéliens pourraient ainsi faire comprendre aux Américains leur opposition au programme nucléaire de Téhéran sachant que les sanctions n’ont pas eu d’effet dissuasif sur le régime iranien.
Négociateurs nucléaires

L'explosion vient à un mauvais moment et décrédibilise les Mollahs alors que s’engagent les négociations sur le nucléaire iranien qui doivent se terminer le 24 novembre. Ce 29 septembre à la tribune de l’ONU, Benjamin Netanyahou a mis en garde l’Assemblée contre un Iran doté de l’arme nucléaire et a réaffirmé la position claire d'Israël qui n’acceptera jamais le développement d’armes nucléaires iraniennes. Cette usine de Parchin, qui a subi une forte explosion, était déjà dans la ligne de mire de l'agence de surveillance nucléaire de l'ONU qui avait demandé un contrôle de ses services. Mais l'Iran avait refusé arguant qu’elle n’entrait pas dans les installations ouvertes pour inspection.

Site de Parchin non contrôlé


Le complexe militaire de Parchin est une base militaire qui n’est pas censée être un site nucléaire. L'AIEA soupçonne l'Iran, depuis une dizaines d’années, d’y effectuer des tests d'explosifs servant à la fabrication d’armes nucléaires. L’Iran a toujours refusé à l’AIEA l’accès à ce site sous prétexte qu’il s’agissait d’une installation militaire conventionnelle. Les services de renseignements confirment cependant que cette usine produit des têtes nucléaires.
Commando-Shayetet-13

On ignore encore si l’accident est dû à une défaillance technique ou à une action de sabotage occidentale. Aucun service étranger n’a revendiqué la responsabilité de cette explosion laissant cependant l’espace pour toutes les interprétations. En effet par coïncidence, le chef d’État-Major israélien vient d’honorer les 500 blessés israéliens de la guerre de Gaza en décernant en particulier des médailles d’honneur à l’unité prestigieuse de commandos de la marine, Shayetet-13, spécialisée dans les incursions terrestres par mer à partir de sous-marins. Sans donner de détails, il a souligné que ces commandos étaient à l’origine d’une série d’opérations secrètes réalisées au-delà des lignes ennemies. De là à laisser entendre qu’ils avaient provoqué l’explosion dans le complexe iranien, il n’y a qu’un pas qui a été franchi par différents médias. Selon le général Benny Gantz : «Ce qui caractérise les hommes de Shayetet, c’est leur capacité d’initiative opérationnelle. Ils ne rechignent devant aucune mission», sous-entendu des missions dans des territoires ennemis.

Têtes nucléaires

L’usine de Parchin est à la base du programme nucléaire iranien puisqu’elle met au point les mécanismes d’explosion et les détonateurs nucléaires à insérer dans une bombe aérienne ou une ogive de missile. L’ampleur de l’explosion suggère que le nombre de victimes a été volontairement minimisé. Les États-Unis ont immédiatement recueilli des échantillons d’air de la zone de l’explosion, grâce à leurs drones, afin d’en faire une analyse approfondie pour déterminer leur diagnostic final.
Shahab-3

Alors que les processus d’enrichissement d’uranium et la construction d’un réacteur à eau lourde pour la production de plutonium sont effectués au grand jour, la production d’armes nucléaire reste secrète car l’Iran prétend que son programme est purement civil. Cela explique pourquoi ces sites particuliers sont interdits aux inspecteurs de l’AIEA. Les services de renseignement sont certains que l’Iran y construit des bombes à insérer dans les ogives balistiques pour les missiles Shahab-3 et Sejil. D’ailleurs l’activité nucléaire de Parchin est avérée puisque, depuis de nombreuses années, les Occidentaux ont détecté que les Iraniens inondent d’eau la zone autour de l’usine pour limiter la diffusion de la radioactivité. Le directeur général de l'AIEA Yukiya Amano a exigé, en vain, des responsables du programme nucléaire de Téhéran, le droit de visite de cet établissement. Les Iraniens refusent car ils ont certainement quelque chose à cacher. Cela confirme ainsi que les tests liés au programme nucléaire se sont toujours poursuivis malgré les affirmations contraires américaines.
Drone israélien  abattu

            Mais Israël, qui n’a jamais cru à l’arrêt du programme nucléaire iranien, a toujours surveillé les installations sensibles en Iran. D’ailleurs en août 2014 un drone israélien Hermes-450, disposant d’un rayon d’action de 800 kms, a été abattu par la défense iranienne au-dessus de l’usine de Natanz, après avoir décollé de la base aérienne de Nakhitchevan en Azerbaïdjan. Cet appareil bénéficie d'un système de vidéo évolué et d’appareils de photo qui peuvent capturer des images en couleur, de très haute résolution, dans toutes les conditions météorologiques et même dans les cas de mauvaise visibilité. Les drones disposent aussi de capteurs capables de mesurer les niveaux radioactifs et de fournir des détails sur l'état d'avancement du programme d'enrichissement d'uranium.
Hermes-450


Élimination de savants

            Les services occidentaux, Israël en tête, mettent tous les moyens pour freiner ce programme nucléaire. L’épopée du virus Stuxnet, qui a contaminé 30.000 systèmes informatiques en Iran, avait entrainé la mise hors d’état de fonctionner de milliers de centrifugeuses, depuis remplacées. Le programme a donc connu de nombreux mois de retard et un coût exorbitant de remplacement des matériels ce qui a permis à Meïr Dagan, l’ancien patron du Mossad, d’affirmer que l’Iran n’aurait pas l’arme nucléaire avant 2015. Mais en plus d’accidents, l’Iran a connu, depuis plusieurs années, l’élimination de plusieurs de ses savants et responsables nucléaires. 
Massoud Ali Mohammadi 

En janvier 2010, était assassiné le physicien Massoud Ali Mohammadi à Téhéran. Il était sur son chemin pour donner une conférence à l'Université Sharif de Téhéran lorsqu’une moto piégée a explosé près de sa voiture.
Majid Shahriari, mort le 29 novembre 2010, physicien iranien spécialisé dans la physique quantique, travaillait au Commissariat à l'énergie atomique iranien.  Il fut victime d’un attentat à la bombe.
Selon l'hebdomadaire allemand  Der Spiegel dans son édition du mardi 2 août 2011, le Mossad israélien serait responsable de l'assassinat du physicien nucléaire iranien Dariush Rezaei, professeur de physique nucléaire de l'Université de Mohaaqeq Ardebili, dans la ville d'Ardebil, situé dans le nord-ouest de l'Iran, abattu le 23 juillet 2011 devant sa résidence par un homme en moto non identifié. Le journal, qui cite une source proche des services de renseignements israéliens, indique que cette action serait la première opération dirigée par le nouveau chef du Mossad, Tamir Pardo, et ferait partie d'un plan visant à saboter par tous les moyens le programme nucléaire iranien.
Hassan Tahrani Mokaddem

Le général Hassan Tahrani Mokaddem, président de l’Institut du Djihad pour l’autosuffisance et les recherches, affilié aux Gardiens de la Révolution islamique, par ailleurs parrain de l’industrie des missiles iraniens, a été tué en novembre 2011 dans l'explosion intervenue dans le camp «Malard», durant le transport d’équipements militaires.
Mostafa Ahmadi Roshan

En janvier 2012 un autre scientifique nucléaire a été assassiné par une voiture piégée dans la rue. Mostafa Ahmadi Roshan avait été administrateur de l’usine Natanz d'enrichissement d'uranium. Deux tueurs à gages à moto ont collé une bombe magnétique sur sa voiture le tuant sur le coup, au nord de la capitale. Expert en chimie, il était impliqué dans le développement du programme atomique de Téhéran. L'assassinat a eu de fortes similitudes avec d'autres exécutions de scientifiques liés au programme.
En janvier 2013, Hassen Shatri Chetaari, chargé des relations avec le Hezbollah et responsable des Gardiens de la Révolution iraniens au Liban, avait été éliminé alors qu’il quittait le Liban pour se rendre en Syrie. Il était officiellement chargé «des opérations de reconstruction du sud-Liban» mais les Israéliens le soupçonnaient d’être chargé de la diffusion de techniques nucléaires, de bombes sales, auprès du Hezbollah.
Enfin, le site iranien Alborz avait annoncé qu’un fonctionnaire de l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution, Mojtaba Ahmadi, commandant du quartier général de la cyberguerre, avait été abattu près de Karaj, une ville au nord-ouest de Téhéran. Il avait quitté sa maison le 30 septembre 2013 et avait été retrouvé quelques heures plus tard, mort de deux balles dans le cœur tirées à bout. Le modus operandi laisse supposer qu’il ne peut s’agir que de l’œuvre d’un professionnel.
          Il semble bien que les services spéciaux occidentaux aient décidé de perturber le fonctionnement des centrales nucléaires pour forcer Téhéran à négocier avant la date butoir du 24 novembre, lui laissant comprendre, qu’en cas d’échec,  ils laisseraient les Israéliens agir en toute liberté. C’est la signification de ce nouvel «accident» nucléaire.

Mise à jour du 9 octobre 2014


          Les effets d'une forte explosion dans le centre du complexe de Parchin peuvent être clairement vus dans les images satellite qui viennent d'être diffusées. Les analystes militaires ont détecté les signes révélateurs de "dommages correspondant à une attaque contre les bunkers dans une localité centrale au sein du complexe de recherche militaire".

1 commentaire:

Jean CORCOS a dit…

Merci pour cet article Jacques ... difficile d'être plus complet sur le sujet !