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mardi 21 octobre 2014

L’EXEMPLE D’EN HAUT DES GAUCHISTES ANTI ISRAÉLIENS


L’EXEMPLE D’EN HAUT DES GAUCHISTES ANTI ISRAÉLIENS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Ber Borochov, auteur de la synthèse entre nationalisme juif et marxisme.

Israël doit sa création au soutien international de la gauche qui l’a aidé politiquement à l’ONU et qui l’a armé pour vaincre les armées arabes au lendemain du vote de l’indépendance. L’Histoire démontre que, durant les premières années de son existence, Israël a pu compter sur le soutien de toute la gauche internationale : l’Internationale socialiste, le Parti travailliste britannique, les sociaux-démocrates allemands et les socialistes français, ces derniers sont d’ailleurs à l’origine du programme nucléaire israélien. En raison de la formation marxiste des pionniers juifs et des premiers dirigeants israéliens, Israël a baigné dans le socialisme en faisant l’admiration des socialistes du monde entier mais avec l’inconvénient d’avoir acquis l’image d’un pays satellite communiste.



Soutien de l’Est

En ce temps, l’allié principal était l’URSS qui apporta son soutien psychologique et moral, ses dogmes et son idéologie et qui a confié aux pays de l’Est le soin de fournir le soutien matériel en livrant des armes et des munitions au pays naissant. L’URSS était alors impressionnée par la vivacité du socialisme israélien dont l’application concrète recueillait un franc succès.

C’est ce qui avait poussé Andreï Gromyko à déclamer son discours, en 1948, à la tribune de l’ONU avec un magnifique vibrato. Sa déclaration n’a pris aucune ride malgré les années : «Pour ce qui concerne l’État juif, son existence est un fait, que cela plaise ou non. La délégation soviétique ne peut s’empêcher d’exprimer son étonnement devant la mise en avant par les États arabes de la question palestinienne. Nous sommes particulièrement surpris de voir que ces États, ou tout au moins certains d’entre eux, ont décidé de prendre des mesures d’intervention armée dans le but d’anéantir le mouvement de libération juif. Nous ne pouvons pas considérer que les intérêts vitaux du Proche-Orient se confondent avec les explications de certains politiciens arabes et de gouvernements arabes auxquelles nous assistons aujourd’hui.» 
Ben Gourion à Sde-Boker en 1956
  
L’État juif était pratiquement considéré, par son idéologie socialiste et par l'application sur le terrain de certains dogmes communistes, comme un satellite de l’URSS capable de déstabiliser la région et les intérêts occidentaux. Le danger d’être catalogué comme un pays du rideau de fer n’avait pas échappé au visionnaire David Ben Gourion. Il saisit alors la première occasion pour opérer un changement stratégique brutal en décidant d’appuyer les États-Unis contre la Corée (1950-1953). Ce soutien sonna le glas des relations avec les pays de l’Est et mit Israël dans une situation d’isolement dramatique au moment où les besoins en armement devenaient vitaux face aux raids meurtriers menés par les Fedayin palestiniens contre le territoire israélien.
Malgré cela, les Juifs de gauche n’ont pas tous été de fidèles soutiens à Israël, peut-être parce que leur mentor l’URSS avait fustigé ce revirement politique. Un grand homme politique juif a été à l’origine du désamour et est considéré comme l’ancêtre et le chef de file des gauchistes anti-israéliens. Le chancelier autrichien Bruno Kreisky a été le pionnier parmi les Juifs à être à la pointe du mouvement de haine contre Israël. Un Juif honteux ont dit certains, pas forcément bien qu’il n’ait pas porté son identité en bannière.

Briser le capital de sympathie

Bruno Kreisky

Ce leader européen avait pris la décision de briser le capital de sympathie des pays européens à l’égard d’Israël alors qu’il occupait la fonction de vice-président de l’Internationale socialiste. Il avait souhaité une révolution des esprits en prenant une position iconoclaste : «je veux modifier l’attitude du monde occidental dont la sympathie pour les Juifs est une conséquence de la Shoah et est exploitée par ceux qui sont au pouvoir en Israël de la manière la plus brutale. Je considère la position unilatéralement pro-israélienne des partis européens comme une position dangereuse et à courte vue». Le juif Kreisky donna ainsi le signal de la cabale contre l’État juif.
Otto Bauer

Né en 1911 dans une famille viennoise laïque, sa filiation juive bien établie le laissa cependant insensible au patrimoine dont il avait hérité. Par honte ou par crainte anticipée, il avait réussi en 1931 à rayer son nom de la liste officielle des Juifs autrichiens. Mais c’est en militant dévoué du Parti Social-démocrate qu’il se lia avec son disciple Otto Bauer, le théoricien du marxisme autrichien. En fait il s’agissait d’une filiation naturelle entre Marx, Bauer et Kreisky, d’origine germanique et juive, qui avaient tourné le dos au judaïsme. Ils avaient pris à leur compte l’essai au vitriol «sur la question juive» de Marx : «L'argent est le dieu jaloux d'Israël. L'émancipation des Juifs est l'émancipation de l'humanité du judaïsme». C’est pourquoi le jeune et riche Kreisky fera tout pour se donner l’allure d’un prolétaire en quittant l’organisation des étudiants socialistes pour le mouvement des jeunes travailleurs où il pouvait participer à la lutte des classes.
Il resta cependant d’un esprit perturbé car à la prise du pouvoir par les nazis et arrêté par la Gestapo,  il eut le culot de lui adresser une lettre pour proposer sa collaboration en leur donnant la liste des éminents membres du NSDAP, le parti nazi, dont il pouvait se recommander. Son attitude est inexplicable et surtout sa rhétorique sur la Shoah alors que plusieurs de ses proches ont été exterminés dans les camps. Il a eu la vie sauve en se réfugiant en Suède. Mais à son retour en Autriche, il se remit au travail pour ressusciter le Parti Socialiste qui obtint en 1970 suffisamment de sièges pour constituer un gouvernement minoritaire avec le soutien implicite du Parti de la Liberté qui a été fondé par d’anciens nazis pour anciens nazis. On retrouve ainsi les prémices discutées aujourd'hui sur l'alliance objective entre l'extrême-droite et certains Juifs.

Le fasciste juif

Simon Wiesenthal

D’ailleurs Simon Wiesenthal, célèbre chasseur autrichien de nazis, avait révélé que quatre des onze ministres nommés en 1970 étaient d'anciens nazis. Kreisky avait réagi violemment en proférant contre lui des injures vulgaires et en le qualifiant de «fasciste juif» : «Wiesenthal est un réactionnaire et il en existe parmi nous, les Juifs, tout comme il y a  parmi nous, des assassins et des putes».  Il l’avait par ailleurs accusé d’user de «méthodes de mafia et d’espionnage et de faire dire au monde que l'Autriche est antisémite».
Tout en ne niant pas ses origines juives, Kreisky avait rejeté l'idée d'un peuple juif. Il considérait le judaïsme comme rien de plus qu'une religion, et il était lui-même un non-croyant catégorique. Pour mettre en exergue son point de vue, il avait déclaré dans une interview au Der Spiegel que : «si les Juifs constituent un peuple, alors c’est un peuple malheureux». Il exploitait souvent sa condition de juif mais de manière négative faisant dire que «tout le monde avait peur de lui». Il avait adopté une position similaire dans ses relations avec Israël  en usant de plaisanterie douteuse : «je suis le seul homme politique que Golda Meir ne pouvait  intimider».
Kreisky avec Peres, Brandt et Sadate 

Cependant il est difficile d’expliquer la proximité, sinon la connivence, entre la gauche républicaine en Israël, longtemps représentée par Shimon Peres, et le chancelier Kreisky sous prétexte d’intérêt suprême de politique internationale.
Enfin, Kreisky tentera de promouvoir une solution négociée pour résoudre le conflit israélo-palestinien, en usant de sa double qualité de Juif et de socialiste auprès des gouvernements travaillistes israéliens. S'il ne rencontra guère de succès auprès d'Israël, il développera des relations plus poussées avec Anouar el-Sadate et l'OLP. Il fut, entre autres, le premier chef de gouvernement d'un pays occidental à recevoir Yasser Arafat, et à reconnaître l'OLP en tant qu'organe légitime de représentation des Palestiniens.

Gauchisme et judéité

Cela explique que la dernière polémique lancée par un Juif concernant le régime de Vichy durant l’Occupation allemande n’étonne plus car il a eu un antécédent célèbre. Si un Chancelier peut se permettre des incartades politiques alors on peut prendre le contre-pied des travaux d’historiens en affirmant que le régime dirigé par le maréchal Pétain avait sauvé les Juifs français de la déportation en sacrifiant les Juifs étrangers.
Noam Chomsky

            Il n’est donc pas étonnant que nous voyons se développer de nombreux soutiens, ouvertement affirmés, de Juifs aux ennemis d’Israël, surtout de la part de gauchistes qui récusent leur judéité. Nombreux sont les Juifs qui prennent exemple sur Kreisky pour soutenir les militants de  l’éradication d’Israël. Noam Chomsky, Norman Finkelstein, Ilan Pappe, Richard Falk, Tony Judt, Howard Zinn, Éric Hobsbawm se sont retrouvés pour combattre l’État juif. Il n'est pas étonnant non plus qu'un fonctionnaire au sein même des institutions israéliennes, comme Neve Gordon, chef du département de politique à l’Université Ben Gourion, n’hésite pas à affirmer de manière péremptoire qu’«Israël ressemble à l’Allemagne nazie». C’est à se demander si dans cet antisémitisme ambiant, certains ne cherchent pas tout simplement à sauver leur peau.
Des savants assimilent cette attitude au syndrome d’Oslo qui, à force d’oppression contre les Juifs, conduit à une empathie avec l’agresseur. D’autres vont chercher dans le Talmud une explication religieuse en considérant que l’auto-accusation est une conséquence de l’insatisfaction de Dieu envers son peuple. Des dirigeants célèbres d’extrême-gauche, Hugo Chavez, Fidel Castro et Daniel Ortega, ont pris fait et cause pour l’islam radical et avec eux l’ancien maire travailliste de Londres, Ken Livingston, qui a défendu le terrorisme palestinien. Les gauchistes se défendent en assurant que les intérêts des musulmans et ceux des socialistes coïncident dans la guerre contre les croisés.
En croyant faire partie d’une classe privilégiée, élitiste, qui s’insère aujourd’hui dans le nouveau prolétariat, cette gauche extrémiste estime que sa place est auprès des islamistes, même sanguinaires. Il est à craindre que cette gauche extrême ne connaisse à l'avenir de sérieuses désillusions car un fossé existe entre ces intellectuels sincères et les illettrés islamistes.    

4 commentaires:

Vince a dit…

Je pense que pour beaucoup de gauchistes juifs, c'est plus un intérêt de notoriété, et donc aussi potentiellement économique qu'ils crachent tout leur venin contre Israël. Que ce soit N. Gordon, S. Sand ou autres, ils n'ont aucune lien avec leur judéité, mais l'exploitent tout simplement à des fins commerciales. A croire qu'ils seraient de véritables capitalistes prêts à tout pour du fric.

Laurent CHAINEUX a dit…

n'est-ce pas abusif de dire : "Hugo Chavez, Fidel Castro et Daniel Ortega, ont pris fait et cause pour l’islam radical" ? Personnellement je suis foncièrement contre l'Islam radical mais j'ai pris fait et cause contre la politique d'extrême droite d'Israel, Est-ce que cela signifie que je suis contre l'état d' Israel ??

V. Jabeau a dit…

A M. Chaineux : oui car le gouvernement d'Israël n'est pas d'extrême-droite et sa politique non plus. Cet Etat continue de se battre pour sa survie, entouré d'ennemis hostiles. Et il reste un Etat juif, comme il existe près de quarante Etats musulmans et autant d'Etats chrétiens. Par ailleurs, l'extrême-gauche assimile les Juifs à l'ordre établi qui empêche la révolution, car il faut un bouc émissaire lorsque vous échouez, comme le font les pays arabes qui échouent aujourd'hui.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Peut-être auriez vous pu ajouter à votre florilège de "gauchistes antiisraéliens", Jacques Attali, le célèbre conseiller d'un président français ayant porté la francisque, qui, le 1er août a écrit sur Facebook : "Le peuple palestinien est aujourd'hui un peuple martyr comme le furent les Juifs jusqu'à la re-création d'Israël."

Très cordialement.