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mercredi 27 août 2014

GAZA : DÉMILITARISATION ET FORCE DE DISSUASION Par Jean CORCOS



GAZA : DÉMILITARISATION ET FORCE DE DISSUASION

Par Jean CORCOS

copyright © Temps et Contretemps


Cabinet de sécurité

          Alors que l'on désespère d'une sortie de crise qui ne soit pas une victoire, même partielle, pour le Hamas, il faut rappeler un paramètre incontournable pour Israël, mais souvent mis de côté lorsqu'on évoque une paix théorique : celui de la sécurité. Si on veut résumer ce qu'on a entendu ces dernières semaines, les choses seraient très simples à condition d'aller jusqu'au bout d'une certaine logique.



Élimination totale de l'ennemi


Naftali Bennett


1/  L'aile la plus radicale du gouvernement israélien, celle de Lieberman, de Bennett et des partis qu'ils dirigent, raisonne en terme d'élimination totale de l'ennemi, à savoir le renversement du mini-Califat de Gaza et l'éradication de tous les combattants islamistes, du Hamas ou d'autres organisations.
Passons en revue les limites rendant périlleuse une telle hypothèse d'école : cela impliquerait, d'après presque tous les analystes militaires, une campagne de plusieurs semaines, avec le sacrifice de centaines de soldats, et cela sans compter une bonne année pour «nettoyer» la bande de Gaza, devenue un des arsenaux en armes de tous genres les plus denses de toute la planète. Il y aurait rapidement la gestion du jour d'après, à savoir d'une part l'obligation de prendre en charge directement une population hostile de plus d'un million et demi d'habitants, et d'autre part la forte probabilité de faire face à une nouvelle Somalie, une multitude de groupuscules djihadistes prenant la place du Hamas.
De tout ceci, le premier ministre, le ministre de la défense et son État-Major en sont plus que conscients, et cela explique leur gestion prudente du conflit ; hélas, le Hamas l'a également bien compris et ceci explique sa stratégie de ne rien céder, dans la mesure où il pense que les menaces d'Israël sont du bluff.

Démilitarisation de Gaza


2/  Benjamin Netanyahou dans son discours vers le monde extérieur - en oubliant donc l'encombrant Lieberman qui ne propose rien en rapport à sa fonction théorique de chef de la diplomatie - et les autres membres du gouvernement imaginent une sortie de crise par le haut, qui associerait enfin un avenir meilleur pour les Gazaouis et la sécurité d'Israël : «Que la bande de Gaza soit démilitarisée, et alors on fera des concessions (sous entendu la fin du blocus)», voici l'idée en résumé. Démilitarisation allant de pair, bien sûr, avec une reconstruction et des investissements massifs pour l'économie de la bande côtière.
Plusieurs éléments positifs sont à noter pour ce scénario, et il convient de les mentionner ici car, étrange cécité, les grands média français n'ont guère insisté là dessus. Dans une déclaration en date du 20 août, François Hollande a dit que «l'objectif doit être une démilitarisation et en même temps une levée du blocus» et que la bande de Gaza «ne doit être ni une prison à ciel ouvert ni une base armée. Sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets.» Position parfaitement cohérente avec celle exprimée plusieurs semaines avant par les ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne, qui ont aussi appuyé cette demande israélienne de démilitarisation, avec même - et c'était remarquable - une petite avance sur les Etats-Unis.
Au-delà de la prise en compte de la demande israélienne, ce désarmement du Hamas serait en effet un cuisant échec pour la tactique de l'organisation terroriste, qui est à Gaza parfaitement calquée sur celle du Hezbollah au Liban et sur celle du parrain iranien dans tout le Moyen-Orient : on conserve l'objectif stratégique de destruction d'Israël, mais on peut accepter des trêves le temps de se renforcer militairement ; on obtient un dialogue avec les Occidentaux, mais on esquive leurs demandes ; on contraint Israël à céder sur presque tout, mais on ne lâche sur rien.

Deux options

Notons en passant deux éléments généralement survolés par les commentateurs. Premièrement, il n'y a pas de contradiction entre la première option et la seconde, dans la mesure où le Hamas refuse justement tout accord comprenant une démilitarisation : il faudrait donc d'abord le défaire totalement pour pouvoir démilitariser. Ensuite, une défaite sur le terrain ne suffira pas supprimer définitivement pour Gaza le spectre de la base armée évoquée par François Hollande. En effet, qui réaliserait le «nettoyage» pour collecter des armes offensives camouflées partout?  Comment assurer, sans une présence armée, la sécurité de la population du Territoire et de celle des localités israéliennes proches ? Comment empêcher l'importation d'armements dans le futur port ou au terminal de Rafah, sans une vraie force de dissuasion ? Ceci, justement, dans le scénario d'une Somalie qui verrait des groupes radicaux tenter d'occuper le terrain.
Conseil de sécurité de l'ONU

Démilitarisation rime donc avec Force de dissuasion, et cela ramène naturellement à la présence nécessaire d'une force internationale, ayant un mandat du Conseil de Sécurité de l'ONU mais surtout des objectifs précis et une résilience face aux difficultés sur le terrain. C'est justement un sujet sur lequel les principales puissances occidentales ont déjà commencé à s'engager : le 22 août, on apprenait l'initiative au sein des Nations Unies de l’Allemagne, de l’Angleterre, de la France et des États-Unis, préconisant notamment un transfert du pouvoir dans le Territoire,  du Hamas vers l’Autorité Palestinienne ; le contrôle des activités à Gaza par des forces internationales ; et une reprise accélérée des négociations de Paix entre Israéliens et Palestiniens.

Force internationale

Imaginons donc cette force multinationale constituée, supposons résolus les problèmes triviaux mais réels de moyens (les États-Unis refusent tout engagement au sol depuis leur retrait d'Irak, et les pays européens ont vu fondre leur budget militaire comme neige au soleil). Trois précédents historiques douloureux pour Israël existent, qui font douter de l'application dans la durée de sa mission. Rappelons-les, pour vraiment planter un décor objectif. Et cela, sans aucun parti pris du genre le monde entier est contre nous, vieille obsession juive et discours classique de la plus nationaliste des droites israéliennes ...
Forces de l'ONU en 1957

- Entre 1957 et le printemps 1967, le Sinaï fut démilitarisé suite à la guerre de Suez. Des troupes de l'ONU y assurèrent une paix parfaite sur les frontières sud du pays jusqu'au 17 mai de cette année, lorsque l'Égypte de Nasser réclama leur départ, qui fut accepté, à l’époque, sans aucune résistance du Secrétaire Général des Nations Unies. Que se passerait-il demain si l'Autorité Palestinienne, changeant de direction, réclamait le départ immédiat de ces nouveaux casques bleus ?
- En septembre 1982, suite à l'invasion du Liban par Israël et à l'expulsion de l'OLP du pays, et pour accélérer le retrait des forces israéliennes dans un pays déchiré par la guerre civile, l'ONU mit en place une force de maintien de la paix dénommée Force multinationale de sécurité. Elle comprenait 2.000 soldats français, 1.600 américains et 1.400 italiens, plus un petit contingent britannique.  Deux effroyables attentats aux camions piégés massacrèrent le 23 octobre 1983, en quelques minutes, 241 membres de l'US Army et 58 parachutistes français dans leur quartier général de Beyrouth : quelques mois après, la Force multinationale pliait définitivement bagages, sans gloire ; et le Hezbollah, auteur de ces attentats, pouvait commencer sa méthodique mainmise sur le pays.
Troupes de la FINUL

- Le 11 août 2006, la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l'ONU était censée mettre un terme à la deuxième guerre du Liban, et garantir les conditions sécuritaires associées à un nouveau retrait des forces israéliennes du pays. Elle prévoyait notamment : «l'application intégrale des dispositions pertinentes des Accords de Taëf et des résolutions 1559 et 1680 exigeant le désarmement de tous les groupes armés au Liban ; l'exclusion de toute force étrangère au Liban sans le consentement du Gouvernement libanais ; l'exclusion de toute vente ou fourniture d'armes et de matériels connexes au Liban, sauf celles autorisées par le Gouvernement libanais.»
Depuis, le Hezbollah n'a fait que croitre et embellir, et la FINUL n'a jamais entrepris quoique ce soit pour affronter la puissante armée chiite.

En résumé, toute solution à la fois idéale et équilibrée, et pour les Palestiniens de Gaza et pour Israël, disparaitra comme un château de sable si la volonté politique n'existe pas - dans les gouvernements occidentaux comme dans leurs opinions publiques - de résister à la violence par la violence. Et on peut, malheureusement, douter de cette volonté.

1 commentaire:

AMMONRUSQ a dit…

Tout le problème est là,personne pour faire en sorte que la démilitarisation soit effective,c'est pas l'europe et encore moins les états-unis.
Il va bien falloir trouver une solution et pas au détriment d'Israël ce serait trop facile .