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dimanche 8 juin 2014

LE DÉFI RISQUÉ DE MAHMOUD ABBAS



LE DÉFI RISQUÉ DE MAHMOUD ABBAS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


Mahmoud Abbas et son premier ministre

Israël ne peut rien contre la constitution d’un gouvernement d’unité nationale entre le Fatah et le Hamas.  D’ailleurs Benjamin Netanyahou n’a pas utilisé la sanction suprême du blocage des fonds à l’Autorité et s'est contenté de réduire les relations aux seuls besoins sécuritaires. Certains estiment qu’il serait peut-être judicieux de ne pas faire de procès d’intention et de juger la nouvelle équipe uniquement sur les faits.
Il est clair que le gouvernement palestinien, qui comporte huit anciens ministres et le même premier ministre, reste à l’image de Mahmoud Abbas qui a réussi à minimiser, pour l’instant, l’influence du Hamas dans le choix des ministres. Les quelques personnalités de Gaza ont obtenu des postes de seconde catégorie ne leur permettant pas de peser sur le cours des événements.



Occidentaux unanimes

Il est évident que Benjamin Netanyahou n’a pas été suivi par les Occidentaux dans sa volonté d’isoler les Palestiniens. En effet l'Union européenne et les Nations Unies ont soutenu officiellement le gouvernement palestinien d'union nationale qui a prêté serment à Ramallah. Il a peut-être manqué une occasion de réclamer les conditions imposées par le Quartet, composé des Etats-Unis, de la Russie, de l'Union européenne et des Nations Unies pour des négociations avec le Hamas : la reconnaissance d'Israël, le rejet de la terreur et de la violence, et le respect des accords antérieurs. 
Robert H. Serry

Robert H. Serry, le représentant spécial des Nations Unis pour le processus de paix au Moyen-Orient, a confirmé auprès du premier ministre Hamdallah le soutien de l’ONU après l’engagement ferme du nouveau gouvernement de respecter tous les accords précédents signés par l’OLP. Le représentant a ajouté : «Nous nous félicitons de la nomination d'un gouvernement de personnalités indépendantes et de la déclaration par le président Abbas que ce nouveau gouvernement est attaché au principe de la solution à deux États basée sur les frontières de 1967, à la reconnaissance du droit légitime d'Israël à exister, à la non-violence et au respect des accords antérieurs».
Willian Hague, ministre britannique des Affaires étrangères a abondé dans le même sens : «Le soutien de l'UE au nouveau gouvernement dépendra de l’adhésion à ces principes. La réunification de Gaza et de la Cisjordanie, sous un gouvernement attaché à la paix, est une condition nécessaire pour résoudre le conflit israélo-palestinien conflit ». 
Jen Psaki

Le porte-parole américain du département d’État, Jen Psaki, a publiquement appuyé le soutien de son pays au nouveau gouvernement en justifiant que : «À ce stade, il semble que le président Abbas a formé un gouvernement provisoire de technocrates ne comprenant pas de ministres affiliés au Hamas». Il semble en fait que, par cette décision américaine rapide et non attendue, John Kerry ait voulu marquer sa désapprobation quant au refus des Israéliens de libérer le dernier groupe de prisonniers palestiniens.

Israël isolé

Le premier ministre israélien semble donc dans une position difficile et il ne peut pas ignorer la prise de position claire des Occidentaux. Mais Mahmoud Abbas est face à un défi plus grand puisqu’il a pris le risque d’intégrer le Hamas parmi le concert des pays démocratiques. S’il parvient à étouffer ses concurrents dans un baiser de la mort, il aura réussi. 
Il avait déclaré en privé à des journalistes et hommes d’affaires israéliens en visite à la Mouqata que sa collaboration avec les forces israéliennes était «sacrée» : « La relation de sécurité, et je le dis devant tous, la coordination de la sécurité est sacrée. Et nous allons continuer, que nous soyons en désaccord ou en accord sur la politique».  Effectivement les services de renseignement et la police de l’Autorité continueront à travailler en étroite collaboration avec l’armée et le Shin Bet, service de sécurité intérieure.
Ismaïl Haniyeh signant l'accord

Cet engagement de Mahmoud Abbas met en relief les contradictions profondes existant entre le Hamas et le Fatah. D’ailleurs le leader Ismaïl Haniyeh a rappelé lors d’un rassemblement dans la ville de Rafah que le fait de s’associer avec Abbas ne signifiait pas l’abandon de la résistance : «La réconciliation palestinienne vise à unir le peuple palestinien contre l’ennemi principal, l’ennemi sioniste. Elle a pour but de suivre le choix de la résistance et de la fermeté». En revanche il a confirmé qu’il se pliera à l’accord et remettra l’administration de Gaza au nouveau gouvernement.

Le Hamas à la déroute

Mais il n’avait pas le choix. Le nouveau gouvernement peut en effet sauver le Hamas d’une crise financière dramatique et du lourd fardeau de la gestion de Gaza. Mahmoud Abbas pourrait alors en profiter pour affaiblir le mouvement islamique et provoquer des crises internes qui le feront éclater. Le Hamas paie ainsi les conséquences de la fermeture quasi-permanente du passage de Rafah avec l’Égypte des généraux et de la destruction de plus de mille tunnels de contrebande qui assuraient sa trésorerie.
Al-Maliki ministre des affaires étrangères


Le président de l’AP peut se targuer d’avoir fait reculer le Hamas sur trois grands portefeuilles ministériels : le ministère des Affaires étrangères, le ministère des affaires religieuses qui n’a pas été confié au candidat présenté par le Hamas, et enfin le ministère des affaires des prisonniers liquidé sous la pression américaine. 

Mahmoud Abbas sera jugé sur sa capacité à organiser des élections présidentielles et législatives à la fin des six prochains mois et à neutraliser les islamistes dans leur fief de Gaza. Et s'il arrivait à obtenir à Gaza ce que deux guerres n'ont pas réussi à modifier ? Vaste programme qui nécessite cependant la neutralité totale d’Israël sous réserve que les djihadistes n’échauffent pas le front du sud. S'il échoue, il sera balayé par tous ceux qui rêvent de prendre sa place, Mohamed Dahlan en particulier. Wait and see. 

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