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lundi 23 juin 2014

IRAK-EIIL : LE NOUVEAU DANGER QUI GUETTE ISRAËL



IRAK-EIIL : LE NOUVEAU DANGER QUI GUETTE ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


ISIS : EIIL en anglais
            
          Le conflit de Syrie a fait émerger une nouvelle organisation terroriste EIIL (État Islamique d’Irak et du Levant) qui est en train de supplanter Al-Qaeda. Ce groupe extrémiste islamiste sunnite s’est fixé comme objectif de créer un califat partout où il se propage et, en particulier, dans les pays musulmans à gouvernance faible. Il surpasse toutes les autres organisations par sa force, sa brutalité et son fanatisme et a transformé le conflit politique en une guerre de religion chiite-sunnite.



Une armée irakienne décapitée

Ces djihadistes ont réussi à s’implanter à l’est et au nord de la Syrie et à l’ouest et au nord de l’Irak. Ils avaient d’ailleurs réussi à capturer Mossoul, la deuxième ville d’Irak. C'est la première fois que les insurgés sunnites prennent le contrôle d'une province entière. Après Mossoul, deuxième ville du pays, l'EIIL se dirige vers la région limitrophe de Salaheddine. La débâcle irakienne a permis aux Kurdes de s’emparer de la base stratégique de Kirkouk occupée par les Américains jusqu'à la fin 2011, et de se déployer sur la totalité du Kurdistan.
Miliciens EIIL

Depuis le départ des États-Unis, les chiites iraniens avaient investi le pays par Hezbollah interposé jusqu’à en prendre le contrôle total en installant un gouvernement fantoche à leur solde. Mais les djihadistes tentent à présent d’éliminer les dirigeants chiites actuels en les déstabilisant par une campagne d’attentats aveugles qui ensanglantent le pays avec une cruauté impitoyable.
            L’armée régulière irakienne est incapable de se défendre car elle a été décapitée par les Américains dans le cadre d’une stratégie totalement inconsciente. Les meilleurs officiers ont été exclus de l’armée sous prétexte qu’ils étaient suspects de sympathie avec l’ancien régime de Saddam Hussein. Désorganisés et sans cadres expérimentés, les soldats irakiens fuient à l’arrivée des miliciens de l’EIIL en abandonnant leurs armes, leurs munitions, leurs véhicules et même six hélicoptères Black Hawk. Les djihadistes ont par ailleurs profité pour investir les banques et confisquer plus de 500 milliards de dinars (430 millions de dollars).
            Ce résultat était pourtant planifié dans les textes puisque les villes de Falloujah, Ramadi et Samarra étaient déjà tombées entre les mains des insurgés. Ces prises ont été précédées par des vagues d’attentats contre des civils qui ont mis en condition une population soumise à un déchainement de violence. Le succès rapide des miliciens de l’EIIL surprend mais à l’analyse il résulte de l’enrôlement par les djihadistes de tous les mécontents des régimes précédent et actuel, en particulier des anciens officiers sunnites de Saddam Hussein qui connaissent parfaitement le terrain et qui ont décidé d’en découdre avec le régime chiite de Nouri Al-Maliki. Après avoir combattu contre le Hezbollah et l’armée syrienne, les djihadistes ont lancé leurs miliciens à la conquête de l’Irak mais ils sont freinés par un adversaire de taille, les Kurdes d’Irak, bien armés et combatifs, qui n’ont pas l’intention de leur abandonner un petit bout de leurs terres.

Des combattants déterminés


Djihadistes français

            L’EIIL est dirigé par un djihadiste irakien, Abou Bakr Al-Baghdadi qui peut aligner sur le terrain 5.000 combattants en Syrie et 6.000 en Irak. Parmi eux de nombreux islamistes étrangers venus de France, de Grande-Bretagne, du Maroc, de la Tunisie et de Tchétchénie. L’EIIL a réussi à incorporer des jeunes français illuminés, candidats au djihad, qui obtiennent leur «titularisation» après avoir réalisé des actions sanglantes et cruelles consistant surtout à égorger et couper les têtes de soldats de l’armée régulière syrienne. Ces volontaires intoxiqués à la recherche de sensations, massacrent sans pitié et s’en prennent aux minorités alaouites et chrétiennes en détruisant leurs mosquées et leurs églises. Ils se financent grâce aux revenus des puits de pétrole des villes syriennes conquises et aussi par les prises d’otages.
Bûcher de cigarettes

Ils font preuve d’un intégrisme poussé au paroxysme, allant bien au-delà des préceptes pourtant déjà rigides d’Al-Qaeda puisqu’ils imposent des règles strictes interdisant les cigarettes, le football, la musique et les femmes non voilées. Ils ont publié leur objectif unique : «Promulguer la loi d´Allah à travers le monde, étendre l´influence de la charia et déraciner les lois de la jungle des terres musulmanes». Ils se comportent déjà en véritable État en appliquant leurs propres taxes dans les régions conquises et en contrôlant trois postes-frontières entre la Syrie et la Turquie. Ils ont pris le 21 juin le contrôle du poste-frontière irakien d'Al Kaïm, à la frontière irako-syrienne, après avoir pénétré dans la ville voisine, Al Kaïm, en chassant les forces de sécurité. Cette prise est de taille car elle permettra désormais le passage de matériel militaire des territoires qu'ils contrôlent en Syrie vers l'Irak.

           Les Américains, avec les grands moyens dont ils disposaient, avaient presque éradiqué l’EIIL à la fin de 2011 mais, à leur départ, le premier ministre Al-Maliki a fait preuve d’incompétence et de maladresse en révoquant de l’armée et du gouvernement les sunnites qui n’ont pas eu d’autres choix que de rejoindre l’EIIL. C’est ainsi que Tariq al-Hashemi, vice-président sunnite d'Irak, a fui à l’étranger en 2012 pour rejoindre l’opposition.

            L’EIIL progresse partout et ses miliciens se sont emparés de la plus grande partie de Tal Afar, ville stratégique du nord de l’Irak. Ils profitent de l’ambiguïté de la position de certains pays comme la Turquie qui autorise une libre circulation aux combattants de l’EIIL pour traverser la frontière turque. Le Koweït et le Qatar laissent leurs citoyens financer officiellement les djihadistes sunnites, en fermant les yeux sur les carnages qui ont fait plus de 5.000 morts cette année. 
          À chaque occupation de villes, l’EIIL libère les prisonniers en les forçant à rejoindre leurs rangs comme à Mossoul où 12.000 combattants expérimentés ont gonflé les effectifs d’EILL sous la contrainte et la violence après avoir été recrutés sous l’étendard noir du djihad. Pour l’exemple et pour montrer leur détermination, ils ont crucifié le 8 juin trois jeunes hommes et enlevé des dizaines d’étudiants kurdes, des journalistes et des travailleurs humanitaires quand ils n’ont pas décapité leurs adversaires. "Des centaines de soldats ont été décapités, pendus, à Salaheddine, Ninive, Diyala, Kirkouk et les zones où se trouvent les terroristes de l'EIIL" a déclaré Qassem Atta, porte-parole du Premier ministre Nouri al-Maliki pour les affaires de sécurité.

Des Kurdes tenaces
Troupes kurdes


            Les Kurdes, bien armés et bien équipés, sont les seuls capables aujourd’hui de s’opposer à ce déferlement de violence. Ils ont d’ailleurs bloqué le 12 juin la progression des  miliciens à Kirkouk. Les Occidentaux restent passifs devant cette menace et surtout devant le retour des mercenaires dans leurs pays avec pour mission de mener des attaques locales au nom du djihad. D’ailleurs l’assassin du musée de Belgique est précisément un vétéran de la guerre de Syrie qui a été entraîné dans des camps à l’est de la Syrie.
Al-Maliki avec Rohani

Le premier ministre irakien n’est pas à la hauteur de sa mission difficile et il ne dispose d’aucun soutien de la part des Occidentaux parce qu’ils le trouvent incompétent et trop engagé vis-à-vis des Iraniens. Il ne dispose d’aucune assise populaire qui pourrait lui valoir de l’indulgence. Et pourtant seuls les Américains ont estimé qu’il fallait armer l’Irak en lui vendant des avions F-16 de combat pour les aider à repousser l’agression de l’EIIL avec le risque de les voir tomber entre les mains djihadistes. Mais ils refusent de s’impliquer directement dans les combats alors que leurs drones seraient les seuls efficaces sur le front.
Nous examinons les situations en Irak, Ukraine, Syrie et Iran et bien sûr nous sommes concernés par le kidnaping des trois enfants.

            Israël s’inquiète évidemment de cette déferlante djihadiste qui grossit aux dépends de l’armée régulière irakienne et qui risque de se rapprocher des frontières du pays. C’est le seul pays occidental qui met sa sécurité à l’ordre du jour. Il s’étonne de l’incurie des services de renseignements occidentaux qui n’ont pas détecté à temps cette déferlante qui ne pouvait pas passer inaperçue car elle nécessitait beaucoup de préparation et d’organisation. À la décharge de ces services, il faut noter que les djihadistes sont difficiles à infiltrer puisqu’ils ne fréquentent pas les lieux de culte musulman habituels.

Israël sur le qui-vive


Tank israélien au Golan

Jusqu’à présent, Israël avait tiré profit du conflit en Syrie parce que l’armée d’Assad subissait le choc des attaques des rebelles et que les miliciens du Hezbollah étaient affaiblis dans les combats face aux djihadistes. Il était donc épargné ce qui lui permettait de ne pas avoir à choisir ses ennemis. Mais il pourrait perdre cette neutralité car cette déferlante risque de se rapprocher des frontières du Golan et pourrait pousser les forces djihadistes, qui commencent à occuper des zones stratégiques limitrophes, à se mesurer aux troupes de Tsahal. Certes l’armée israélienne est capable de repousser toute attaque mais de nombreuses villes seraient à la portée de tir des djihadistes enclins à perturber la vie des citoyens israéliens.
Les Israéliens ont à présent compris que le but des djihadistes était de s’emparer de l’Irak affaibli après avoir imposé sa loi au gouvernement et à l’armée pour ensuite prendre en tenailles la Syrie entre ses forces et celles de la Turquie qui joue ici un jeu dangereux. C’est leur seule stratégie pour constituer le grand État du Levant et du même coup pour se rapprocher dangereusement des frontières d’Israël.
Combattantes kurdes

Israël mise donc sur les Kurdes qui ont été de tout temps des alliés fidèles et qui sont armés, financés et équipés par le gouvernement israélien depuis plusieurs décennies. Il est déjà rassuré sur son front sud depuis l’élimination des Frères musulmans d’Égypte et est convaincu qu’il trouvera une oreille attentive auprès du maréchal Al-Sissi par intérêt commun contre l’islamisme. Il sait qu’il devra frapper fort face aux velléités des djihadistes d’investir Gaza et la Cisjordanie par des actions terroristes.
Le risque reste cependant une entente entre les deux frères ennemis, Iran et djihadistes, qui pourraient se retrouver sur une idéologie islamiste dure qui s’oppose aux Américains et aux Israéliens. C’est pourquoi Barack Obama veut les prendre de vitesse en signant un accord, même bancal, avec l’Iran pour empêcher cette alliance.
Face à cette stratégie du pire, Israël hésite encore s’il doit intervenir contre les djihadistes avant qu’ils n’étendent leurs tentacules dans la région ou bien s’il doit adopter une position de wait and see en mettant tous ses moyens dans ses services de renseignements.


1 commentaire:

Pat Quartier a dit…

Merci pour cet exposé d'ensemble instructif. Ceci dit je reste réservé à la lecture de votre conclusion :" Israël hésite encore s’il doit intervenir contre les djihadistes avant qu’ils n’étendent leurs tentacules dans la région ou bien s’il doit adopter une position de wait and see en mettant tous ses moyens dans ses services de renseignements."
En effet je conçois que l'armée israelienne soit puissante ,ses services de renseignements de haute qualité, mais logiquement comment stopper alors que les USA en sont eux mêmes incapables des djihadistes en Irak, en Syrie,en Jordanie, en Iran ...Seul un "travail" dans un périmetre autour des frontières d'israel apparait réaliste.Sauf à se trouver dans l'obligation d'occuper plus de territoires en Jordanie ou en Syrie pour repousser une frontière pullulant d'ennemis à chasser d'une zone, a l'exemple de ce qui avait été fait au Liban,mis qui a du être abandonné pour des motifs délicats à expliquer ici.