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mercredi 6 juin 2018

Le libre arbitre par Jean SMIA



VERS UN MONDE OÙ LE LIBRE ARBITRE SERAIT PRÉDÉTERMINÉ

Le billet d'humeur de Jean SMIA


           
          Depuis des siècles, les plus grands philosophes ont supposé que libre arbitre et déterminisme étaient antagoniques. Le libre-arbitre pose la volonté comme cause première de nos actions. Ce sentiment, nous l'éprouvons tous les jours, nous sentons notre autonomie, nous nous croyons libres. Aujourd’hui la question se pose de l’influence des algorithmes quant à la malignité et la perfidie des informations qui nous parviennent.


         
          Des systèmes informatiques dictent nos parcours numériques et sélectionnent ce que nous avons à savoir.  Quels sont les moyens pour qu’ils ne nous enferment pas dans des mondes d’informations prédéfinies destinées à prendre le contrôle de notre libre arbitre et à orienter nos opinions ?
            En effet, non seulement les GAFA et les media hiérarchisent les événements et les contenus, mais de plus certains sont supprimés, d’autres ne sont même pas remontés dans les fils d’actualité et d’autres enfin sont diffusés sans en vérifier la véracité. Et ce n’est pas le RGPD (Règlement Européen sur la Protection des Données) qui va y changer quoi que ce soit. L'existence du libre-arbitre fait partie des grandes questions métaphysiques et philosophiques.
            Bossuet (1627-1704) a écrit que «le libre arbitre est la puissance que nous avons de faire ou de ne pas faire quelque chose». Selon Descartes : «le libre arbitre est la principale perfection de l’homme». Mais encore, Descartes avait déjà subodoré ce qui se passe aujourd’hui : «Si à un instant, la roue du monde s'arrêtait et qu'il y eût là une intelligence calculatrice omnisciente pour mettre à profit cette pause, elle pourrait continuer à calculer l'avenir de chaque être jusqu'aux temps les plus éloignés et marquer chaque trace où cette roue passera désormais».(Principes de la philosophie, 1644.)

            Enfin, si nous nous croyons libres, dit Spinoza, c'est parce que nous ignorons les causes qui nous font agir. L'idée du libre-arbitre en est donc réduite à une illusion qui proviendrait de notre ignorance ou de la nature des informations perçues : «Les hommes se trompent lorsqu'ils pensent être libres et cette opinion consiste en cela qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés».
            Ainsi pour amalgamer les trois : il suffit d’une «calculatrice omnisciente» pour créer des «causes par lesquelles ils sont déterminés» afin que les hommes décident de «faire ou ne pas faire quelque chose».
            J’ai l’impression que nous y sommes, non ? De plus, politiquement, cette prédétermination démocratique ne s’oppose pas du tout à la prédétermination théocratique. Seules les zones géographiques d’influence restent à définir.


2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Pour ne m'en tenir qu'à votre remarque sur "le contrôle de notre libre arbitre par les GAFA", Valeurs Actuelles signale la publication d'un livre de Scott Galloway, intitulé "The Four" sous-titré : "le règne des quatre" - les "quatre cavaliers de l'apocalypse" comme les appelle l'auteur - et d'expliquer que bien que ces sociétés soient devenues les plus puissantes de la planète, l'une est un détaillant refusant de payer la TVA, une autre est un groupe informatique détenant des informations sur des actes terroristes, une troisième analyse des milliards de données avant avant de les vendre, et la dernière détient 90% du secteur des media. Ce qui fait dire à l'auteur : "Le vol est une compétence essentielle des entreprises en forte croissance".

Alors oui, nous y sommes, mais cela commence à se voir, et même, ne dirait-on pas que ceux "qui ne sont rien" s'en soient rendu compte aussi ?

Cordialement.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Je pense comme Spinoza que le libre arbitre n’est qu’illusion et que nous sommes ballottés, selon les circonstances, de tempêtes en ouragans déterminés par l’événement dont nous préférons supposer en être maître. Merci monsieur Smia, votre article donne à réfléchir.