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mardi 19 juin 2018

Réchauffement des relations entre Israël et le Bahreïn



RÉCHAUFFEMENT DES RELATIONS ENTRE ISRAËL ET LE BAHREÏN

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps

Roi Hamad Ben Issa Al Khalifa

Israël a été invité par le Bahreïn à participer à Manama à une conférence internationale sur «le patrimoine mondial» qui se tiendra du 24 juin au 4 juillet. A ce jour, le Bahreïn n’a aucune relation diplomatique avec Israël. Le royaume justifie cependant l'invitation en précisant «qu’il s’agit d’une conférence internationale organisée par l’UNESCO et que Bahreïn en était le seul hôte d’autant plus que tout membre de l’ONU peut participer à cette conférence».


Cheikh Khaled Ben Ahmed Al-Khalifa

Ce geste de réchauffement des liens entre Israël et le régime de Manama prouve que les deux pays sont sur la voie d’une normalisation. Cela s’explique car le Bahreïn est un proche allié de l’Arabie saoudite. Il ne manque pas par ailleurs de soutenir ouvertement Israël et surtout Tsahal. Ainsi, en réaction aux frappes israéliennes contre la Syrie, le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Cheikh Khaled ben Ahmed al-Khalifa, avait affirmé qu’Israël avait le droit de se défendre : «Tant que l’Iran perturbe le statu quo dans la région et considère qu’il peut attaquer à sa guise les autres pays avec ses troupes et ses missiles, tout pays de la région, y compris Israël, a le droit de se défendre en détruisant les sources du danger».

Le Bahreïn fut le premier pays du Golfe à prendre position en faveur d’Israël. Jamais un responsable de haut niveau de ces pays ne s’était déclaré aussi ouvertement. Cela est d’autant plus marquant que le quotidien bahreïni Akhbar Al-Khalij, le plus lu dans le royaume, en avait fait sa une. L’Orient-le Jour avait relevé ce défi : «Bahreïn a brisé un tabou après les frappes israéliennes contre des positions iraniennes en Syrie, qui auraient abouti à la destruction de 70 cibles militaires iraniennes». Pour le quotidien libanais : «Le message est clair. Israël et les pays du Golfe partagent la même aversion pour la République islamique d’Iran, le même ennemi».
Jusqu’à présent, le rapprochement entre les États du Golfe et Israël se faisait de manière discrète et non officielle. Mais le ministre bahreïni a donc innové parce que l’Iran est perçu comme une grande menace. L’initiative bahreïnie peut être interprétée comme un ballon d’essai car Manama n’a pas pu faire une telle déclaration sans en référer d’abord à l’Arabie Saoudite. Bahreïn affiche ainsi la nouvelle vision stratégique des pays du Golfe, en réponse à l’influence croissante de Téhéran dans les pays arabes.
Marvin Hayer et Abraham Cooper à Bahrein

La déclaration du royaume ne remet toutefois pas en question la politique des pays du Golfe par rapport au conflit israélo-palestinien. Ils font une nette distinction entre leur position par rapport aux tensions irano-israéliennes et leur soutien à la cause palestinienne. Les pays du Golfe demeurent officiellement fidèles au plan arabe de paix de 2002 du défunt roi Abdallah d’Arabie saoudite,  qui implique une reconnaissance d’Israël en contrepartie de la création d’un État palestinien sur la base des frontières de 1967.
Un certain instinct de préservation de la dynastie régnante a précipité la concrétisation du rapprochement avec Israël. L’axe Washington/Tel-Aviv/Riyad contre Téhéran a poussé  Bahreïn à se ranger derrière ceux qui menacent le moins ses intérêts. Le retrait américain de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien satisfait les Israéliens et les Saoudiens. Il est donc politiquement payant pour Manama de dénoncer l’agressivité de l’Iran pour renforcer sa relation avec Riyad et Washington.
Bahreïn est cependant atypique car c’est un pays dirigé par la seule dynastie sunnite à régner sur une population majoritairement chiite, dont une partie se soulève périodiquement.  Cela justifie ainsi l’emballement répressif du roi al-Khalifa contre les  cellules terroristes affidées de Téhéran. Bahreïn se range donc derrière Donald Trump qui a justifié le retrait de l’accord nucléaire par la «politique régionale iranienne de soutien au terrorisme».

Depuis 2017, le régime de Manama a multiplié ses actes en vue de normaliser ses liens avec Israël. Le dernier acte fut sa participation, avec les Émirats arabes unis, à la course cycliste organisée par Israël pour célébrer le 70e anniversaire de sa création. A la suite de quoi, en mai 2018, Bahreïn a été le théâtre de manifestations en soutien aux Palestiniens. À al-Juffair, de jeunes bahreïnis ont défilé dans les rues menant à la base militaire américaine et y ont allumé d'immenses feux pendant deux jours consécutifs. Les policiers bahreïnis ont sévèrement réprimé ces manifestations. Les forces de sécurité avaient investi le 16 mai, plusieurs habitations à Sitra, à Manama, à Shakhura, à al-Diya et à Abu Saiba pour interpeller des meneurs. Cela implique que la décision de Manama ne fait pas l’unanimité et que le royaume prend des risques, peut-être calculés.

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