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samedi 2 juin 2018

Le dilemme des entreprises françaises en Iran



LE DILEMME DES ENTREPRISES FRANÇAISES EN IRAN
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright ©  Temps et Contretemps
            
Tour Azadi

          Les entreprises françaises sont les entreprises qui seront les plus pénalisées par la réintroduction des sanctions contre l’Iran. Cela explique d’ailleurs la réticence du président Macron à mettre fin à l’accord sur le nucléaire de 2015 et les prises de position anti-israéliennes auprès des organisations internationales afin de ne pas indisposer son «partenaire» iranien.



            De nombreuses entreprises françaises fonctionnent en Iran et ont fait du secret de leur activité économique une politique commune. Mais les entreprises qui pourraient être tentées de contourner le rétablissement des sanctions risquent gros. Les Américains sont formels, toutes les sociétés françaises qui commerceront avec l’Iran seront sanctionnées. D’autre part, le principe américain d’extra-territorialité leur interdit aussi de vendre à l’Iran des produits qui comportent plus de 10% de composants américains. C’est pourquoi, aucune d’entre elles n’accepte de publier le détail de ses activités et encore moins les décisions qu’elle prendra au lendemain de la mise en application des sanctions. Le secret est total afin de tenter de passer à travers les mailles du filet américain. D’ailleurs on ignore dans le détail les sociétés qui sont présentes en Iran, aussi bien les grands groupes que les PME spécialisées.

            Total est présent en Iran depuis 1954 dans les activités pétrolières et gazières. Il avait cessé ses activités à la suite des sanctions puis avait repris normalement ses activités en 2016 en multipliant de nombreux projets de production et d’exploration. Total, qui a investi cinq milliards de dollars dans le champ gazier de South Pars (SP11), devra renoncer à l’exploitation du plus grand gisement de gaz naturel du monde à moins d’obtenir une dérogation américaine qui ne sera certainement pas donnée. Il a d’ailleurs communiqué le 16 mai 2018 : «Total ne pourra pas continuer le projet SP11 et devra mettre fin à toutes les opérations qui y sont liées avant le 4 novembre 2018, à moins qu’une dérogation propre au projet ne soit accordée par les autorités américaines, avec le soutien des autorités françaises et européennes. SP11 est un projet de développement de gaz domestique, destiné à répondre aux besoins du marché intérieur iranien pour lequel Total a mis en œuvre volontairement une politique s’assurant qu’aucun des prestataires ne participant au projet ne soit affilié au corps des Gardiens de la révolution, apportant ainsi une contribution aux objectifs de politique étrangère visant à restreindre la sphère d’influence de ce groupe». Il sera difficile à Total de se passer des banques et de l’actionnariat américains. Bien sûr, la société ne sera pas en danger puisque Total précise que «le désengagement en Iran n’aurait pas d’impact sur son objectif de croissance de production de 5% en moyenne par an entre 2016 et 2022».


            Le spécialiste français de l'énergie Engie (ex-GDF Suez) va se désengager de ses activités d'ingénierie en Iran d'ici au mois de novembre afin d'éviter les sanctions américaines contre les entreprises présentes dans ce pays. Isabelle Kocher, directrice générale, s’est adressée à ses actionnaires : «Engie n'a pas d'infrastructures en Iran, ni d'activité qui nécessite des investissements.  En revanche, nous avons des équipes d'ingénierie qui travaillent pour des clients dans ce pays. Nous avons 180 jours pour mettre fin à ces contrats, ce qui nous mène au mois de novembre prochain, et évidemment ce sera fait».

Accor à Téhéran

            AccorHotels avait poursuivi son expansion en Iran avec deux nouvelles implantations particulièrement stratégiques, l’ouverture d’un hôtel Ibis et d’un Novotel à Téhéran avec la société iranienne Aria Ziggurat, propriétaire des établissements et filiale de la société iranienne.  AccorHotels est devenu le premier groupe hôtelier international à s’implanter en Iran.

            Dans le secteur de l’automobile, Peugeot-Citroën et Renault détiennent respectivement 30 et 10% des parts de marché. Mais Peugeot a des liens avec Général Motors qui lui impose d’abandonner ses activités en Iran. Le risque est donc grand de voir les entreprises françaises quitter un marché en pleine expansion dont ils détiennent près de 40%. Selon Pierre-Olivier Salmon, chef du bureau d’information du Groupe PSA : «Comme l’ensemble des acteurs économiques, nous suivons l’évolution de ce sujet, y compris la position officielle singulière exprimée par l’Union européenne sur ce dossier. Le Groupe PSA rappelle que ses activités automobiles sont totalement conformes à la réglementation internationale».

            La société Airbus sera la plus pénalisée car une commande de 100 avions pour un montant de 18 milliards de dollars a été enregistrée pour renouveler la flotte iranienne. Trois avions ont pour l'instant été livrés mais Airbus devra renoncer à fournir le reste car plus de 10% des pièces nécessaires à la fabrication de ses avions sont américaines.
            Il existe des dizaines d’autres entreprises françaises dans cette tourmente à l’instar de Danone, Alstom, Boeing France, Veritas, Hyper Market Maf Pars, Schneider Electric Co., SNCF, Thales et Vinci Technologies. Alors pour l’instant, elles évitent de communiquer pour ne pas avoir à confirmer leur implication en Iran. Mais cela pourrait difficilement ne pas se savoir à long terme et elles prennent de grands riosques avec les Etats-Unis. En effet, BNP Paribas avait dû verser une amende de 10 milliards de dollars pour conserver sa licence sur le sol américain. 
          Bruno Le Maire a annoncé qu'il aurait «un entretien téléphonique d'ici la fin de la semaine avec le secrétaire au Trésor américain Steve Mnuchin pour étudier avec lui quelles sont les possibilités pour éviter ces sanctions». Il compte faire valoir les clauses grand-père, à savoir le maintien des droits aux entreprises déjà en place.
            Les sociétés françaises vont donc souffrir et cela prouve que la France et l’Europe ne font pas encore le poids vis-à-vis des Etats-Unis.


5 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Cela prouve surtout que la France et l'UE sont inféodées aux USA, ce que les peuples européens ont de plus en plus de mal à supporter, et ruent dans les brancards chaque fois que l'occasion leur en est donnée.

Très cordialement.

Andre Gotlieb a dit…

Chère Marianne,

c'est ca elles n'ont qu'a être inféodées aux Ayatolas .... quand a moi je sais ce que je préfèrerai entre les deux ....

denis sabrié a dit…

la France et les pays Européens sont inféodés aux U.S.A....Fallait pas collaborer avec les nazis..maintenant c'est avec l'Iran, alors on a les gifles qu'on hérite..ou qu'on mérite..

The Old Dreamer a dit…

Bonnes gens dormez en paix .Je vs regarde, je vs surveille, je suis omniprésent.
Votre Big Brother bien aimé .

Herve23 a dit…

Il est Urgent d'aligner le droit européen sur le droit américain, en ce qui concerne les échanges et les accords internationaux ?

Les mêmes lois qui s'appliqueraient aux Partenaires des USA, s'appliqueraient aux USA, avec la même rigueur et les mêmes montants d'amendes.

J'ai souvenir d'une loi américaine qui obligait les seuls pétroliers à double coque à transporter le pétrole importé vers l'Amérique (suite à un naufrage d'un pétrolier sur les côtés d'Alaska). Tous les pétroliers à double coque ont été réquisitionnés pour le transport du pétrole vers les USA, en conformité avec la toute nouvelle loi ... et nous avons eu 2 accidents de pétroliers à simple coque, 1 sur la France et 1 sur le Portugal.

Si nous avions exigé les mêmes conditions aux pétroliers, les Américains auraient transigé et nous aurions trouvé un compromis.

L'Europe ne se fera que si nous nous faisons respecter, via le Droit et les pénalités colossales appliquées aux groupes étrangers implantés en Europe, qui échappent à l'impôt sur le sol européen.

Les européens n'existent que sur le papier et via le drapeau. Les pays européens qui contourneraient l'esprit européen (Pologne par exemple, qui dès l'entrée en Europe et l'obtention de 3 milliards d'euros d'aide ... a acheté des F15 et F16 américains... pour 3 milliards de $... l'Europe est un "gag" parce que nos dirigeants européens n'ont aucune vision de grandeur et de notre espace économique à défendre et faire épanouir.

Sans parler d'une armée !