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mardi 31 janvier 2017

La gauche opte pour la révolution et la défaite



LA GAUCHE OPTE POUR LA RÉVOLUTION ET LA DÉFAITE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 

            
Les héritiers de Rocard

          La démocratie a parlé et Benoît Hamon a été élu avec une majorité confortable de près de 59% des votants pour représenter la Gauche à l’élection présidentielle. Avec Jean-Luc Mélenchon, deux candidats de la gauche extrême vont s’affronter pour, en fait, finir par se neutraliser. Ils prônent l’anachronisme et le retour vers l’illusion dans un monde qui avance trop vite. Ils feront un acte de présence à la présidentielle pour être balayés avec leurs certitudes. Ce vote ouvre un boulevard pour les deux autres candidats, François Fillon et Emmanuel Macron, qui vont aller à la chasse aux orphelins d’une gauche libérale.



            Certes quelques pointures socialistes, les mêmes spécialistes habituels du retournement de veste, vont rejoindre le candidat Macron mais il n’est pas certain que cela suffise à lui donner les clés de l’Élysée. Il est entouré de jeunes scouts inexpérimentés qui n’ont pas les codes du combat politique et qui sont démunis face aux géants de la politique. Ceux qui comptent sur l’effondrement de François Fillon ignorent tout du comportement politique de l’opinion publique et des militants. 
          Les affaires n’ont jamais bloqué l’ascension d’un candidat à une élection car l’intérêt suprême d’un parti résiste à tout raisonnement logique. Jacques Chirac et ses affaires « abracadabrantesques » ont consolidé sa position. Nicolas Sarkozy a été à peine effleuré par ses casseroles. Plus près de chez nous, les nombreuses affaires qui plombent Benjamin Netanyahou le maintiennent malgré tout au pouvoir depuis plusieurs années.

            Dans l’urgence, la droite ne peut pas changer de candidat qui comptera sur son élection pour bénéficier d’une immunité pendant cinq années au moins. Elle ne peut pas non plus se déchirer alors qu’elle est aux portes du pouvoir. Elle unira ses forces pour gagner et fera taire les accusations contre Pénélope. D’ailleurs on constate déjà qu'une barrière de sécurité s'élève autour du candidat. Aucun homme politique n’a montré de velléités à se présenter à la place de Fillon, même les plus acharnés comme François Baroin qui a prêté allégeance au candidat de son parti, parce qu’il sait que toute dérive sera fatale à sa carrière. La puissance du parti les Républicains, avec ses députés sortants, ses sénateurs et ses élus locaux, aidé par les centristes, le rendent invincible face à une opposition constituée de trois clans de gauche qui se déchirent et à une extrême-droite qui n’a pas suffisamment acquis ses lettres de démocratie pour parvenir au sommet.
            Le résultat exceptionnel de la primaire de gauche prouve que le parti socialiste va se souder autour de révolutionnaires démodés qui vont faire taire les récalcitrants au moyen de distribution des investitures aux élections législatives. Seuls rejoindront Macron ceux qui compteront sur leurs propres forces pour être réélus, comme le maire de Lyon. L’hémorragie du PS vers En Marche restera limitée. Les dirigeants socialistes évaluent à quelques dizaines les défections tandis les plus optimistes chez Macron misent sur le départ d'une quarantaine de parlementaires qui ne seront pas certains d’être réélus car ils ne disposent au second tour d’aucune réserve de voix. 
        Rejoindre Macron n’est pas une chose facile pour les députés PS. Philippe Doucet, proche de Manuel Valls, a expliqué le dilemme : « ça n’est pas si simple que ça. D’abord parce qu’on ne sait pas ce que pense Emmanuel Macron. Et puis par ailleurs, quand vous êtes un député socialiste élu par des électeurs socialistes avec des militants socialistes, vous avez aussi des comptes à rendre à vos propres militants et à vos propres électeurs». 
          Les autres savent que leur avenir politique dépendra du bon vouloir du PS, c’est-à-dire de l'investiture décidée par les caciques du parti. Macron récupérera alors les recalés des investitures. Il est certes vrai qu'il attire les jeunes et les nouveaux électeurs mais il n’a pas encore les moyens de peser sur les candidatures aux législatives même s'il présente, comme il a promis, 577 candidats à l'Assemblée. Les bons sentiments n’ont jamais rempli les urnes. Seuls les Centristes auraient pu faire bouger l’aiguille de la balance mais ils préfèrent eux-aussi la sécurité avec les Républicains plutôt que l’aventure avec un jeune dirigeant sans troupes. La morale n’a jamais été le fort des hommes politiques qui préfèrent aller à la soupe plutôt que défendre des principes moraux.

            L’opinion publique a souvent la mémoire courte et les appareils politiques ont les moyens de l’aider à enfouir dans les tiroirs de l’Histoire les accidents politiques de leur candidat. La première réunion publique du 29 janvier du candidat Fillon a montré qu’il peut faire front avec tous les militants de son parti. Les Français n’ont pas encore la culture politique anglo-saxonne qui force un candidat pris en flagrant délit de chapardages de mettre fin à sa candidature, ce qui fait dire au quotidien britannique The Independant : « la fraude est une affaire d'habitude dans la politique française. La facilité avec laquelle les représentants élus peuvent ignorer des accusations bien documentées selon lesquelles ils remplissent leurs poches de fonds publics n'a rien de fantastique en France ».
            L’effondrement programmé de la gauche va libérer de nombreux postes et sinécures. Alors, nombreux sont ceux qui estiment que le devenir d’un demi-million d’euros envolés est un détail quand on sait que d’autres sommes seront distribuées aux politiciens méritants, muets et aveugles, récompensés pour leur bonne volonté. Les Républicains ont besoin de se refaire une santé politique et financière et ils ne peuvent pas laisser passer cette chance. Ils continueront donc leur chemin jusqu’au bout avec leur candidat, malgré les accusations sauf si la justice met un terme à cette unanimité. 
            Le perturbateur Macron devra attendre son tour, le temps de faire un peu plus ses preuves. Quand on analyse les résultats de ces primaires, on constate que le PS avait besoin de renouveau. Macron a eu tort de ne pas concourir au sein de la primaire qui lui aurait certainement assuré la victoire et le leadership d’un parti qui attendait le personnage charismatique pour le transformer en mouvement social-libéral. Le PS était prêt à se réformer sous sa direction mais son départ a effacé tous les espoirs d’une révolution de l’intérieur.


            Écrasé entre les Républicains qui ne lui feront pas de cadeau et qui mettront en marche leur armada politique contre lui car ils partagent une part de son électorat et un PS qui rejoindra aux législatives Jean-Luc Mélenchon pour sauver quelques sièges de députés à l’Assemblée nationale, Macron ne fera pas le poids. Comme Balladur, il n’a pas assimilé l’importance de s’appuyer sur un parti et sur ses fonds légaux distribués par l’État. Sa candidature indépendante aura du mal à s’attaquer au populisme protectionniste, identitaire et autoritaire prôné à la fois par l’extrême-droite et l’extrême-gauche. Il a choisi un chemin compliqué peuplé d’embûches. La minuscule élite socio-libérale sur laquelle il s’appuie n’est pas suffisamment puissante pour casser les vieux appareils politiques qui ne lui feront aucun cadeau. 

12 commentaires:

Bruno LEVY a dit…

Je ne partage pas toujours les analyses de Jacques, mais ses opinions sont toujours intéressantes.
Il prédit un effondrement d'un Macron sans parti, et une implosion du parti socialiste.
Cela me semble non seulement probable mais nécéssaire: Cette gauche qui ne sait faire la "révolution" que par l'assistanat a miné la France.
Macron est effectivement sans parti donc sans vrai colonne vertébrales. Il est aussi trop proche idéologiquement du socialisme qui a défait la france (que dis je il en a été partie activement prenante) pour pouvoir la réformer. Il sera toujours tenu en otage par l'extrême gauche de laquelle il est d'ailleurs proche sur l'islam politique....
La vraie révolution c'est de s'éloigner le plus possible de cette politique de compromis, tout en ne tombant pas dans l'escarcelle du troisième partie d'extrême gauche : le FN.

Alain Benichou a dit…

Je ne suis pas d'accord avec de nombreux points même si cette analyse est très pertinente. Je pense au contraire que Macron a eu 100 000 fois raison de ne pas s'engager dans la galère de la primaire. Le Ps avec Martine Aubry qui tire les ficelles est une magnifique machine a perdre et pour l'avoir oublie Manuel Vals en a été le victime. Meme sans parti EM ira au bout et sera au second tour. Il a su créer un mouvement d’adhésion sans précédent et n'a pas a traîner derrière lui un parti qui est plus un obstacle qu'une aide réelle.Si j'en crois les infos que j'ai il n'aura aucun mal a présenter 577 candidats de haut niveau. Alors a suivre...

Jard a dit…

L'enjeu est l'arrimage soumission à l'Allemagne. Bientôt les partis qui en sont partisan ne pourront plus protéger leur clientèle électorale. Il n'existe en réalité que deux partis, les pro-Allemagne et les pro-France. Les premiers vont s'unir dès que cela sera nécessaire.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Reprenons : la primaire de la Belle Alliance Populaire - magnifique invention de M. Cambadélis - a été organisée pour que Hollande soit le candidat incontesté du PS. Raté ! Car, contre toute attente, Valls - après Montebourg - s'y présente. Le parti envoie alors des scuds pour les dessouder. En deux tours : mission accomplie ! Maintenant il s'agit, pour Hamon de se débarrasser de Mélenchon sur sa gauche, et de Macron sur sa droite ! Je vous accorde que ce sera une autre paire de manches, d'autant qu'on entend déjà que des ralliements, de droite et de gauche, pleuvent chez Macron !
Aujourd'hui, la situation se présente ainsi : Fillon, Macron et Mélenchon sont dans un bateau, mais la seule qui est assurée de ne pas tomber à l'eau, avant le second tour, c'est Marine Le Pen !

Très cordialement.

Jean CORCOS a dit…

Cher Jacques ... d'abord un grand merci pour la première photo, qui est extraordinaire : tous "Rocardiens", pour se retrouver ensuite chacun pour soi ! Ensuite, sur le fond, j'aimerais que tu ais raison, mais hélas je crains que les électeurs aient changé, surtout les jeunes. Il y a un concept nouveau, discuté ici par les journalistes, le "dégagisme" qui fait tomber tous les "anciens" ; il y a l'influence délétère des réseaux sociaux, où on lynche qui ne plait pas : Juppé, puis Valls ont payé cher pour cela ; et enfin, il y a maintenant une France coupée en quatre quarts d'importance inégale, mais surtout trop différents sociologiquement pour travailler ensemble. Bref, je crains un "scénario patinoire" pour la Présidentielle, et les Législatives qui suivront.

andre a dit…

Macron ( 21 %) est loin devant Hamon et Melenchon ( 15 et 10) . IL talonne Fillon (22) .
Au second tour IL écraserait Le Pen et battrait Fillon .
Soyez plus prudent avec les analyses et prévisions.
André M Tribune juive

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ André,

On sait ce qu'ont donné les sondages qui encore n'avaient pas prévu la victoire de Hamon. Il vaut les oublier.

Je ne fais pas de prévisions mais des analyses fondées sur le faits et non sur le petit doigt mouillé. Cela ne veut pas dire que mes articles soient des textes sacrés et donc l'erreur est humaine.

Véronique Allouche a dit…


Il semblerait que Macron se soit servi des fonds de l'Etat pour financer son parti si l'on en croit les révélations d'un récent livre (L'enfer de Bercy). Mais rien à ce propos dans l'article.
Marine Le Pen quant à elle, est accusée d'emplois fictifs par le Parlement Européen.
Mais toujours rien dans cet article.
Au fond, il est de bon ton d'aller vers la cible Fillon dont les média n'émettent aucuns doutes sur sa culpabilité avant même le rendu de justice.
Que penser de ces journalistes, faiseurs et tombeurs de rois.....

Marianne ARNAUD a dit…

Soyez rassurée, chère Véronique, car outre le fait que la confiance des Français envers leurs media se dégrade régulièrement, année après année, il y a tout à parier qu'après l'enquête préliminaire, les "petits pois" n'oseront pas mettre François Fillon en examen. Mais si par improbable cela devait arriver, croyez-vous que nous pourrions assister à ces manifestations monstres de la "patrie en danger", qui aboutiraient à l'élection de Macron à plus de 80% des suffrages, comme Chirac en 2002 ?

Cordialement vôtre.

Véronique Allouche a dit…

@marianne Arnaud
Il semblerait que l'acharnement médiatico-juridique prenne des proportions hors du commun en ce moment puisqu'il suffit que l'un des détracteurs de Fillon apparaisse sur les écrans pour qu'aussitôt la justice s'empare de ses déclarations. Je compte sur la vigilance des électeurs pour ne pas mettre la démocratie en danger comme les média s'amusent à le faire.
Enfin pour répondre à votre question, nous n'assisterons certainement pas à des manifestations monstres pour préserver "la patrie en danger", il sera bien plus réjouissant de descendre dans la rue après l'élection. Les français d'extrême-gauche ne sont jamais plus à l'aise que dans l'opposition.
Très cordialement

bernard nival a dit…

Je trouve que le dessin de Plantu qu'on ressort aujourd'hui et qui présente M.Mélenchon (dont je ne partage pas toutes idées )comme un populiste fascisant sur le même pied que le FN est malhonnête et même franchement abject.
B.Nival

Philippe BLIAH a dit…

La revolution prolétarienne ne se faisant jamais par un vote de gauche majoritaire en France, vous pouvez d'ors et déjà en tirer toutes conclusions quant au second choix. Jusqu'a ce qu'un nouveau personnage réapparaisse à gauche ,bourgeoisement rassurant pour la droite, qui opérera une politique dite de gauche, favorisant la droite, apres s'etre amusé a faire voter quelques mesurettes de gauche.