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jeudi 2 février 2017

La Russie devient envahissante au Moyen-Orient



LA RUSSIE DEVIENT ENVAHISSANTE AU MOYEN-ORIENT

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps 

           
          
          Tandis que les candidats français à la présidentielle, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, mais aussi Emmanuel Macron, prônent des relations apaisées avec la Russie, Donald Trump s’engage lui-aussi dans une diplomatie pacifique avec Moscou. Pour le président américain : « Avoir une bonne relation avec la Russie est une bonne chose. Seuls les gens stupides, ou les imbéciles penseraient que c’est mal ! Les deux pays devraient travailler ensemble pour résoudre certains des grands problèmes pressants de ce monde ». Mais pendant que les Occidentaux manifestent leurs bons sentiments, la Russie place ses pions au Moyen-Orient dans une indifférence totale.



Avi Dichter

            Les Israéliens, qui eux-aussi ont établi des relations chaleureuses économiques et politiques avec la Russie, commencent à se rendre compte qu'elle devient encombrante. Avi Dichter, président de la Commission des affaires étrangères et de la défense à la Knesset et ancien chef de la sécurité intérieure (Shabak) a donné son diagnostic imagé et sans nuances : « Ce nouveau voisin n'est pas venu pour louer un appartement, il est venu se construire une villa ». Il traduit ainsi les inquiétudes d’Israël face à une présence, sinon une ingérence, de plus en plus croissante de la Russie dans la région.
            Profitant de sa participation à la signature de l’accord nucléaire avec l’Iran et de son intervention officielle dans le conflit syrien, Vladimir Poutine a peaufiné son retour au Moyen-Orient avec l’objectif immédiat d’être l’acteur de la recomposition politique dans la région. Il est conscient des risques qu’il prend. Il développe pour cela des relations tous azimuts avec les principaux acteurs internationaux. Ainsi, il a consolidé le régime du syrien Bachar Al-Assad, il a opté pour une réconciliation avec le Turc Erdogan et il a renoué des liens avec le président égyptien Al-Sissi.

           Il a aussi décidé d’étendre son influence en Libye en invitant à Moscou, par deux fois en juin et novembre 2016, le général Khalifa Haftar. Ces entretiens ont été suivis d’envois d’instructeurs russes à Tobrouk pour aider le pays dans sa lutte contre les islamistes. Il a enfin fait une entrée remarquée au Maroc, chasse gardée américaine, dans un premier temps par le biais d’échanges commerciaux et énergétiques.
            La Russie s’est aussi placée en médiatrice au Yémen où la guerre civile fait rage depuis 2014. Le gouvernement yéménite internationalement reconnu du président Abed Rabbo Mansour Hadi s'est retrouvé dans l'impasse dans sa lutte contre les rebelles Houthis, soutenus par Téhéran, dont une partie est restée fidèle à l'ancien président Ali Abdallah Saleh. Les forces de la coalition arabe, sous commandement saoudien, soutiennent les troupes gouvernementales depuis mars 2015. Comme la crise syrienne, la guerre au Yémen est un conflit où les intérêts saoudiens et iraniens sont opposés.  La participation de la Russie au règlement du conflit est bien sûr intéressée alors que le Yémen est devenu un échiquier global qui réunit plusieurs acteurs géopolitiques éminents. La présence des pions russes serait bénéfique tant pour la Russie que pour la région.
Conseil du Golfe

            L’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe, déçus par l’attitude américaine de désengagement total du Proche-Orient, a décidé de prendre langue avec Poutine qui profite de combler le vide américain. Mais pour l’instant les deux pays divergent dans leur politique énergétique en ce qui concerne, en particulier, la fixation des prix et des quotas de production du pétrole.
            La Russie a toujours la prétention de remplacer les États-Unis comme actrice internationale incontournable. Mais elle n’est pas l’Amérique. Elle n’a pas la puissance économique pour cadrer avec ses ambitions. Elle n’a pas les moyens économiques pour intervenir simultanément sur plusieurs théâtres internationaux sans mettre en danger sa propre sécurité interne. En effet, les Russes doivent à présent se préparer à contrer les djihadistes du Caucase, partis combattre en Syrie, mais qui reviennent au pays pour continuer leur combat.
Islamistes du Caucase

            Moscou a décidé d’étendre sa sphère d’influence dans toute la région en faisant jouer l’illusion de sa puissance militaire, mais aussi diplomatique. Les pourparlers de paix sur la Syrie, organisés le 23 janvier dans la capitale Astana du Kazakhstan, prouvent que Poutine est à la recherche d’une stratégie globale dans la région. Les délégations des rebelles et du gouvernement syrien ont en effet négocié sous l’égide de la Russie, de la Turquie et de l’Iran.
            Vladimir Poutine tisse la toile politique qui lui permettra de se maintenir durablement dans la région. Pour cela il se donne les moyens militaires avec la modernisation de la base de Tartous en Syrie où il s’installe pour au moins 49 ans selon l’accord signé le 20 janvier. Mais il tâtonne sans tracer de projet final sur ce qu’il compte faire à l’avenir et sur la façon dont sa présence au Moyen-Orient se traduira. Pour l’instant, il s’agit de naviguer à vue, au gré des événements et de l’attitude des Occidentaux.
Amiral Kuznetsov

            Les Israéliens sont suspicieux sur le déroulement de cette introduction en force des Russes au Moyen-Orient, surtout sur le plan militaire. Ils analysent les conséquences du déploiement du porte-avions Amiral Kuznetsov dans l'est de la Méditerranée qui risque de limiter leur puissance militaire dans les opérations menées en Syrie et au Liban. L’État juif n’a aucune volonté d’ingérence contre le régime de Bachar al-Assad mais il tient à contrôler le déplacement de tout armement sophistiqué à destination du Hezbollah. Mais à présent la donne a changé car il doit compter avec les avions de chasse MiG-29, les hélicoptères de combat et les 2.000 fusiliers marins russes du porte-avions.  

            Certaines informations sécuritaires font état d’un affaiblissement du mécanisme de coordination entre Moscou et Tel-Aviv au sujet de la Syrie. En conséquence, il ne fait plus aucun doute que Tsahal a dû revoir sa stratégie à sa frontière nord. Les Russes, qui s’installent pour une longue durée, doivent alors prévoir, pour la défense de leurs bases, l’installation d’équipements sophistiqués qui consolideraient du même coup l’armée syrienne.  
           
Missiles S-300
          Israël se garderait bien de se prononcer ouvertement sur la présence militaire russe renforcée en Syrie. Mais ce silence n’empêche pas la préoccupation des responsables militaires israéliens qui restent surpris par la quantité et la qualité des armements russes en Syrie, pouvant affecter l’équilibre militaire. Tsahal n’est plus maître du ciel et de la mer en Méditerranée. La Russie surveille les mouvements israéliens dans la région et il n’y a aucun moyen d’échapper aux radars russes ni de s’opposer à l’écoute électronique.  
            Israël est désormais exposé dans la région, face aux missiles intercepteurs sophistiqués, et ce pour des dizaines d’années au moins. Alors il joue de la méthode Coué en martelant avec force que la Russie n’est pas un ennemi et qu’il travaille pour éviter les frictions même si les Russes coopèrent avec ses plus grands ennemis, en particulier l’Iran soutien du régime syrien, et coordonne avec eux les opérations militaires sur le terrain. Mais l’inconnu reste l’incapacité d’analyser la stratégie russe à long terme ce qui crée un sentiment d’incertitude dans la région.


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